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L'histoire du faucon Millenium

Millenium, "le film événement" (comme tous les films à leur ...
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Superbus

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  Scarlett Johansson l'introvertie 2 

Under The Skin est de ces films qui sont bien notés sur allociné par la presse mais qui le sont moins par les spectacteurs. Autant dire que c'est suspect. Non, je ne suis pas un aficionado de la théorie du complot politico-médiatique des illuminati qui cherche à nous manipuler à l'inverse de l'honnête peuple qui mange du pop-corn comme un cochon dans les salles. Mais il ne faut pas oublier la tendance de fond des critiques de cinéma qui, à force d'ingurgiter des films qui se ressemblent les uns les autres, fantasment sur le moindre d'entre eux avec un peu d'originalité. Or, souvent, il n'y a pas de quoi pavoiser. Rappelez-vous le traumatisme Tree of Life. Celui-ci était déjà mieux noté par la presse que par les spectateurs sur allociné mais, encore bien plus fort, il a reçu une palme d'or à Cannes. Sisi. Des gens très sérieux se sont dits qu'il fallait récompenser cette production cinématographique alors qu'en vrai, toi comme moi lecteur, nous savons que c'est une belle arnaque. Comme le disait un auteur qui m'est cher : "Tree of Life, c'est comme si une pub pour le parfum avait baisé avec un documentaire sur le Big Bang" (@ackboo sur twitter, 27/01/12).

Mais pas de panique, si l'écart de note entre presse et spectateurs est avéré pour Under The Skin, la note spectateurs n'est en l'occurence pas si mauvaise. Ce n'est pas comme Tree Of Life. Autrement dit, la plupart des spectateurs un tant soi peu exigeants ont apprécié tandis que quelques autres, ceux qui voulaient voir Scarlett faire des galipettes comme chez Marvel, ont quitté la salle avant la fin, énervés. Bref, Under the Skin était clairement un défi pour le journaliste toto que je suis. Au pire, me disais-je, même si le film est mauvais, cela restera l'occasion de revoir Scarlett Johansson (d'aucunes auraient pu dire la même chose pour Brad Pitt sur Tree Of Life... le piège de ce film était décidément terrible). Ni une ni deux j'y suis allé, et je vais maintenant vous conter mon expérience...avec quelques spoilers mais légers. Bande-annonce :



Dès le départ, on a droit à un plan fixe cosmique de plusieurs minutes. Malgré l'inquiétude précédemment écartée d'avoir affaire au syndrome Tree Of Life, il y a de quoi avoir peur qu'il surgisse. Mais non, tout va bien, fausse alerte. On retrouve d'ailleurs assez rapidement Scarlett. Mais pas comme d'habitude. Ce n'est pas la Scarlett rayonnante, la Scarlett femme fatale, la Scarlett espiègle qu'on avait pu connaitre. Là, Scarlett est un peu paf. Elle est même vraiment pâlotte et au fur et à mesure de l'histoire, on finira par comprendre que Scarlett est en train de faire une partie du jeu de rôles Vampire Bloodlines (mais sans les dents). Non pas une simple partie normale, mais carrément une représentation grandeur nature avec un maître du jeu - Jonathan Glazer - complètement bourré. Je ne décrie pas le résultat mais il faut bien concéder que certaines séquences sont vraiment surréalistes (celle de la plage notamment). C'est à tel point qu'on se dit que cela n'a été possible que grâce aux bienfaits de l'alcool. Je spéculerai allègrement en affirmant que Jonathan Glazer, finissant par dessoûler, n'ait pas totalement tout assumé. La preuve en est ce drôle de mec en moto qui vient parfois récupérer le matériel laissé en bazar sur certaines scènes du film.

Alors soit, certaines mauvaises langues évoqueront ces scènes pour dire que ce film est le film de trop de Scarlett. Que ce film n'est qu'un sombre prétexte à Scarlett pour s'initier à la danse contemporaine. Que ce film révèle que Scarlett s'est perdue en route dans le brouillard à force de jouer partout à tort et à travers. Mais attendez ! Justement ! Ce film montre tout cela : il montre littéralement Scarlett en train de chercher sa route. Il montre littéralement Scarlett dans le brouillard. Ceci démontre le symbolisme omniprésent du film qui déborde en permanence au delà de l'histoire. Comme Bruce Willis dans Looper, Scarlett Johansson subit une véritable mise en abime de sa propre trajectoire cinématographique. Mais au delà de Scarlett, c'est du cinéma dont il s'agit, du cinéma en tant que média qui cherche la nature du message qu'il doit communiquer, qui pose la question de ce qu'il doit retransmettre au public, du désir qu'il doit susciter, du degré de manipulation qu'il peut s'autoriser.

On pourrait extrapoler à l'infini sur le symbolisme du film, mais n'oublions pas l'histoire. Son récit est spatial, presque discret, néanmoins hypnotisant. Il raconte une Scarlett qui est froide certes, mais qui n'en demeure pas moins séductrice. Les hommes vont souffrir et elle va les mener droit à leur perte. Elle n'est pas véritablement agressive mais le seul fait de sa présence attise les regards ; ce qui déclenche alors un processus inexorable vers la déchéance. A travers cet état de fait, on perçoit bien le propos du film avec deux dimensions qui s'imbriquent : d'abord le culte de l'apparence, ensuite le piège du désir.

Primo, pour l'apparence, c’est évident. Scarlett se pose là et pour cette seule raison - c’est parti mon kiki - elle devient le centre de l’attention. Quand bien même elle cherche à l’éviter. Bien sûr, le titre du film, "Under the skin", est une allusion directe au phénomène. Le film va essayer de nous montrer à nous spectateurs ce qu’il y a "sous la peau" alors que tous les protagonistes ne le verront pas et ne chercheront même pas à le savoir. Dans Under the Skin, les gens sont assez paumés et plutôt obnubilés par leur seule personne (ah oui tiens comme dans la réalité ?... monde de merde). Under the Skin n'est clairement pas le "Under My Skin" de Madonna qui veut nous faire croire à de la profusion de love à tout bout de champ. Frank Sinatra aura beau s'y mettre aussi et même prétendre qu'il avait été le premier à le dire avant Madonna, il n'en restera pas moins hors sujet.

Secundo, le désir, celui guidé justement par l'apparence. Je ne m'appesentirai pas sur le choix de Scarlett Johansson. Son statut de muse pour réalisateur a déjà été prouvé (Woody Allen si tu nous regardes). Elle est une égérie du désir fort bien trouvée. Non seulement elle va représenter la force du désir qui aveugle à travers le film, mais elle va aller plus loin. Son parcours est une allégorie du désir chez "la jeune fille en fleurs". D'abord distante, elle cherchera à susciter le désir sans aucune implication. Lasse, elle se risquera à la découverte de sa propre sensualité. Rendue vulnérable, elle sera confrontée à ressentir son propre désir jusqu'à la rencontre d'un prince charmant de fortune. L'appel du prince charmant n'est pas explicitement présenté en tant que tel mais il y a une séquence avec un plan qui ne laisse aucun doute possible. On se croirait dans un clip d'Alanis Morissette. Mais comme le disait Telephone à l'époque, le prince charmant aura bien vite foutu le camp.

Malgré la froideur formel, le flim revêt ainsi une parure romantique (au sens littéraire). Outre les pérégrinations de Scarlett, le décor écossais y contribue, autant par les paysages brumeux que par les faubourgs industriels (mais à l'exception des centres commerciaux qui sont décidément tous pareils). L'atmosphère âpre du pays renforce le tout. En écosse, c'est pas la fête tout les jours (mais ça on le savait depuis Trainspotting). Le point culminant est atteint avec un plan de motard qui apparait comme une transposition moderne de la peinture de Caspar David Friedrich, celle illustrant ce vieux mec à la canne sur sa montagne dans un style so "no futur" dans les nuages.

Doit on conseiller ce film ? D'un côté, si l'on en croit Ali Smachi, commentateur émérite sur youtube, on serait plutôt réservé :


Mais ce jeune homme ne serait-il pas lui-même enfermé dans le jeu des apparences ? N'est-il pas voué à l'égarement et à se faire promener par les blondes décolorées rassemblées désormais derrière Alizée ?

D'un autre côté, on peut aller plus loin et se rendre compte que Under the Skin mérite le détour (et trouver que Scarlett Johansson peut être bonne sans être blonde). Under the Skin sera amené à être une pure merveille pour tous les insomniaques qui tomberont dessus par inadvertance et se feront happés par ce songe délicieux. Mais sans aller jusque là, il reste une parenthèse céleste à tous ceux qui voudront bien se l'offrir. Alors un conseil tout de même : ne cherchez pas à voir Under The Skin après un shoot à la caféine. Vous pourriez avoir du mal à vivre le truc et vous retrouvez tels ces motards dans le film qui courent furieusement après le sens du scénario et s'y perdent (il n'y a hélas pas de motarde dans le délire alors que c'est chic les motardes... surtout lorsqu'elles viennent de Dijon).

Le film a des longueurs et il faut pouvoir les apprécier.

Prenons notre temps.
Kylord @ 30/06/14 2 commentaires
  Réactivation des systèmes vitaux 0 
Nous sommes le 4 janvier 2014, il est 19h57, l'atmosphère est plutôt humide à l'extérieur.

Fait marquant : le système de commentaires du site avait été laissé à la dérive suite aux multiples attaques aliens en provenance des tréfonds de l'internet. Il n'avait pas résisté face aux incessants spams "what an amazing website" et "try some pills".

La réactivation du circuit a été réalisée à 19h31.

Nous verrons s'il tient le choc.
Kylord @ 04/01/14 0 commentaire
  Retour vers le futur 0 
Monde de merde n'a pas été très locace en 2013 mais il est toujours là

Il revient en 2014.

Ouvrez les yeux.
Kylord @ 31/12/13 0 commentaire
  La vie est un éternel recommencement 8 
La vie est un éternel recommencement et ce nouveau post en est la preuve : une nouvelle fois, Mondedemerde.net renait de ses cendres. Qui l'eut cru après un an sans article ? Même pas moi, et pourtant, Orelsan a bel et bien laché la une du site. A moins d'un mois de la fin du monde comme l'annonce nos amis Mayas, il était temps. Cela me rappelle que je n'ai pas vu 2012 (je parle du film, pas de l'année). C'est ballot d'avoir manqué à la télé ce qui va nous arriver dans quelques semaines. A moins que 2012 ne soit pas la réalité et soit juste un film tout naze ? Non, je peux pas le croire. Hollywood, c'est pas le genre à raconter des histoires. Quoique, j'ai des doutes... il parait qu'on a un peu surinterprété les dires des Mayas. En tout cas, c'est ce que dit Le Figaro, et le Figaro c'est pas non plus le genre à raconter des histoires. Bref.

Il y a un problème avec la prophétie de 2012. Si la fin du monde est avérée cette année, l'humanité n'aura jamais le temps d'inventer la machine à remonter le temps (quelle ironie). Et donc nos ancètres ne pourront jamais avoir la visite des générations futures... mais, paf, paradoxe temporel : personne n'a jamais rencontré de visiteur du futur, est-ce la preuve que la fin du monde va bien se produire en 2012 ?

Pour élucider ces turpitudes métaphysiques, j'ai décidé d'aller au cinéma et de voir Looper de Rian Johnson. J'aurais pu aussi bien revoir la trilogie de Retour Vers le Futur mais, après avoir appris l'existence de son adaptation en jeu vidéo grâce à l'inénarrable joueur du grenier, j'ai étrangement ressenti le besoin de prendre de la distance. Oui c'est injuste pour les films, et ce malgré les efforts d'Helmut Fritz pour nous en rappeler le bon souvenir.



Les Looper, comme leur nom ne l'indique pas, sont des tueurs à gage. Attention, pas comme on peut l'imaginer façon Luc Besson du genre Leon ou Nikita. Pas non plus à l'américaine style Jason Statham sous acide ou encore Uma Thurman sous schweppes. Encore moins comme Forest Whitaker suivant la voie du samourai. Pas même comme Bruce Willis présent pourtant dans le film et toujours prompt à faire le chacal. Non, les Looper sont des tueurs à gage tranquillou : la mafia du futur leur donne rendez vous dans le passé et leur envoie une victime clef-en-main "prête-à-mourrir". Y'a plus qu'à tirer dessus. Les Looper étant plutôt folkloriques, ils s'adonneront à cette pratique avec des vieux tromblons tout pourris.


Le confort de la vie moderne : les cibles à abattre sont livrées "prête-à-emporter"



Mais pourquoi se donner du mal à envoyer des gens dans le passé pour les faire assassiner alors qu'on a toujours su si bien le faire dans le présent ? Parce que ça ne laisse aucune trace dans l'avenir (c'est le moins qu'on puisse dire) et c'est plutôt pratique d'un point de vue juridique. Notre bon vieux Philip K. Dick n'aurait surement pas renié cette idée de scénario alambiquée (on l'aurait encore pompé que ça m'étonnerait pas). Le problème qui se pose aux Looper est alors celui de quiconque qui traite avec la mafia : tôt ou tard, on finit par être celui qu'on veut voir mort. Mais le système d'organisation des Looper étant bien rôdé, tout est prévu. Le Looper finit par recevoir la commande de tuer son propre futur à lui. Vous voyez le délire ? Le mec tue son futur, continue de vivre jusqu'à devenir lui même le futur qui se fait tuer par son propre passé. Bref, il boucle ! (d'où looper qui se traduit par "boucleur"). Le vertige.

Cela dit, quand on est un boucleur et que son futur à soi qu'on doit tuer est Bruce Willis, ça bugue (bug, loop... spécial dédicace à tous les programmeurs qui nous lisent). De là s'enchaine en effet moults rebondissements qui vont conduire notre héros de Looper à bien des réflexions sur sa propre existence (de savoir qu'on devient Bruce Willis en vieillissant, ça fait réfléchir). Encore que cela est surtout vrai pour le Looper dans sa version jeunot incarnée par Joseph Gordon-Levitt ; sa version du futur (Bruce Willis donc) étant bien moins encline à revenir sur son passé. A ce sujet, permettons nous une méta-analyse cinématographique : dans le film, le personnage incarné par Bruce Willis apparait comme une réminiscence et se débat dans un univers qu'il peine à maitriser et cela malgré ses certitudes. La scène de dialogue dans le snack est criante à cet égard. Cette trame constitue un parallèle à la trajectoire de l'acteur Bruce Willis lui même qui se retrouve tel un symbole du cinéma d'action américain des années 90 perdu dans les affres des nouvelles dimensions intellos et tarabiscotées qui sont introduites dans les films d'action depuis les années 2000 (Inception, Matrix... pour les plus évidents).



Bruce Willis est limite nervous breakdown avec cette histoire de machine à remonter le temps



Au delà de cette mise en perspective, le film est saupoudré d'allusions cinématographiques qui témoignent de sa nature profondement post-moderne ('oyez). La plus évidente est celle faite à Terminator. La référence va bien au delà de la simple idée du futur lointain qui cherche à modifier le passé pour se préserver. Je tache de ne pas trop spoiler mais on peut dire que les gosses sont aussi un pivot du scénario à la différence près que ceux-ci se révèlent être une véritable plaie vis-à-vis de l'autorité parentale. Un indice sans trop spoiler mais un peu quand même ? Voyez ce clip de M83. Symptomatique d'une époque ?..

Emily Blunt joue quant à elle la Sarah Connor de service. Enfin pas tout à fait. Elle doit elle aussi se débattre avec une trame bien plus emberlificotée que celle de Terminator. Je n'en dis pas plus mais on retrouve ce caractère revêche de la résistante qui n'a pas froid aux yeux. Reste que c'est un plaisir de retrouver Emily Blunt qui commençait déjà bien à me plaire avec sa prestation dans L'Agence (film lui très clairement tiré de de K. Dick). Avec ce rôle dans Looper, elle devient carrément intéressante dans ses choix et la suite de son parcours pourra mériter quelque attention.


J'ai voulu inviter Emily à diner mais elle n'était pas disponible.



Autres références moins attendues, ce sont celles qui sont faites aux westerns. Pour Terminator, c'était peinard. Le futur débarquait dans les années 80 et le décor était déjà en place. C'était plutôt commode en termes budgétaires. Looper aurait pu profiter de la même facilité mais il fallait quand meme un espace-temps qui se soit arrangé avec ce futur qui téléporte à tout va des gens à abattre. Ce ne pouvait pas être le présent de nos années 2000. Le choix s'est donc porté sur une sorte de futur intermédiaire pas si lointain. Les villes y sont tenues par des mafia à la manière de Gotham City. Une atmosphère de western a été ensuite distillée dans ces milieux urbains. Ce qui y contribue le plus sont bien ces pétoires foireuses dont s'arment les looper. La peinture globale est achevée avec les "Gat Men" qui font office de Blade Runner à la solde de la mafia. Equipés eux aussi de flingues pour le moins exotiques, ils tracent les Looper qui sont en l'occurence assimilables à des réplicants.

Force est de conclure que Looper vaut le détour. La logique de la mise en abime voudrait qu'il faille reboucler et le voir une seconde fois pour comprendre de nouvelles subtilités. Et peut être que cette fois, grâce à une inflexion de la trame temporelle, je pourrais proposer un petit italien à Emily. Non ? Bon, ok ok.
Kylord @ 25/11/12 8 commentaires
  Hohé matelot, lève ton verre au Chant des Sirènes 5 

Clips

Raelsan


Plus Rien ne m'étonne


Suicide Social


Orelsan est un mec qui a des allures de Boy Next Door. L'attitude nonchalante et faussement négligée de l'adolescent distrait qu'il ne veut désespérément pas lâcher lui donne un genre qui ne laisse pas indifférent. Entre agacement et connivence, on se tâte. Mais je vais quand même choisir la deuxième voie. Ça me ferait mal de jouer les donneurs de leçon.


Mais Orelsan, avant d'être un type qui fait le buzz (grâce au soutien admirable de fans comme Ségolène Royal), est un rappeur au flow atypique, un rappeur blanc qui réussit, une sorte d'Eminem en terres françaises (arg, je suis encore frappé par la maladie du journaliste qui fait des rapprochements foireux). C'est qu'il louche vers la provocation même si elle est davantage le résultat d'une franchise portée au paroxysme plutôt qu'une volonté délibérée de choquer Michel Drucker et la famille sur le canapé le dimanche après midi. Son nouveau style à base de col en V et de coiffures rigolotes en témoigne, il sait se montrer sage et conciliant.


L'air un peu paumé mais avec un discours qui surfe sur toutes les vagues du moment de façon totalement assumée, à base de placement de produit à gogo, Orelsan symbolise cette jeunesse éprise de consommation de masse mais qui, égarée, est pourtant affamée d'authenticité. Paradoxe ? Complètement, et on va le comprendre au travers du décryptage du deuxième album d'Orelsan, Le Chant des Sirènes, sorti ce 26 septembre 2011.



Je suis sensible au chant des sirènes.


Dès le premier titre Raelsan, Orelsan le transformiste démarre plein d'ambition. Il reprend le récit de son parcours et invite l'auditeur à le suivre dans le délire, dans son échappée de lucidité crue, tel un prédicateur galvanisant son public pour les titres suivants. Mais le désenchantement arrive aussitôt dès le deuxième morceau, le titre éponyme, où le rappeur présente déjà ce qui pourrait ressembler à son propre mythe d'Icare annonçant une précoce fin de carrière musicale : "Mes ex-fans déçus cherchent le Orelsan du début, mais moi-même j’crois que j’l’ai perdu". Même s'il semble évident que la fiction dépasse la réalité, on en apprend des belles comme celle révélée par l'extrait "J’ai la chanteuse du moment en featuring, y’a deux ans je l’aurais sûrement insultée au fil d’une rime". Diantre mais quoi ? qu'est ce ? Je me suis précipitée sur l'internet des jeunes pour comprendre. Et la découverte fut cruelle : Orelsan a chanté en duo avec Jena Lee. Confirmation sur la chanson 2010 : "J’suis pas là pour me faire des amis, j’préfère extorquer des gamines suicidaire featuring Jena Lee". Jena Lee, en effet. Oh my god.


Tel le dérapage d'Orelsan se prenant le mur, il y a alors un titre important puisque reprenant tous les éléments de perte de repères et de fuite en avant qui caractérisent ici le rappeur encore plus que dans son premier album : Plus Rien ne m'étonne. Dans le clip (visionnable juste ici), marques commerciales et produits manufacturés s'enchainent dans le texte comme à l'écran, le tout comme mis en orchestre par un lapin déluré que le jeune Caennais poursuit éperdument. Ah il est loin le lapin blanc de la matrice après lequel Orelsan courait gentiment dans Changement. Ils se tapaient même des bières ensemble à l'époque. Là, le lapin est débilitant et a même viré au violet. Musique au rythme mécanique et name-dropping qui fuse donnent cette sensation d'oppression qui va conduire irrémédiablement - au volant d'une Chevrolet.. - à la rupture finale salvatrice. Orelsan redevenu Aurélien n'a plus qu'à rentrer à pied chez lui à Caen. C'est un aspect nouveau de ce deuxième volet : après avoir suivi le chant des sirènes à l'issue de son premier album, il y a une volonté de prendre du recul et de la distance, défendant même l'idée dans La Terre est Ronde que, "après avoir fait le tour du monde, tout ce qu'on veut, c'est être à la maison". Mais il n'oubliera pas dans l'intervalle de faire de la pub pour la PS3...


Clairement, il y a du nihilisme dans le discours. Ce nihilimse pleinement assumé fait penser à une autre artiste contemporaine : Lady Gaga (lady gogole comme on dit par chez nous). Ça me fait mal de comparer un troubadour que j'apprécie avec cette pouf déglinguée mais il faut reconnaitre qu'il y a chez l'un comme chez l'autre cette façade qui fait parti intégrante du propos. Pour la parenthèse, on remarquera que les deux ont comme autre point commun de rendre hommage à Michael Jackson sans réserve, Orelsan ayant "perdu une partie sa jeunesse le 25 juin" (Raelsan). Qu'est ce que ça veut dire, j'en sais rien, mais ça fait giga-réfléchir. Aussi, reprocher à Orelsan de ne pas incarner un point de vue personnel, c'est comme reprocher à Lady Gaga d'être superficiel. C'est les attaquer sur l'essence philosophique de leur démarche qu'ils revendiquent totalement. "Je suis plus assez naïf pour avoir un point de vue..." (Plus Rien ne m'étonne), "Je prends même plus la peine d’avoir une opinion" (Le Chant des Sirènes) sont en effet les propos avancés par Orelsan. Celui-ci reflète avant tout autre chose une époque et son point de fixation est d'en être un canal d'expression sans filtre et sans filet. Suicide Social est totalement dans cet esprit. On y retrouve pêle-mêle tout ce qui forme les malaises actuels dans la société. Peu importe qui les affirme, peu importe à qui c'est adressé, ce sont des formules clichées qui sont autant de bonnes raisons d'en vouloir à autrui, autant de bonnes raisons d'en finir.



Plus dure fut la chute.

Le nihilisme latent n'est pas de conviction. C'est en tout état de faits qu'il s'impose à Orelsan qui s'en accommode, qui "n'attend pas grand chose de spécial" (Si Seul). Logiquement, la résignation s'installe et elle atteint même la sphère de l'intime. Dans le joliment construit Double Vie, on aperçoit un Orelsan qui tente le compromis avec le sexe opposé (ça change de Sale Pute) mais qui, face aux réalités, fait le constat irrévocable d'une fin tragique inéluctable : "Je sais déjà comment ça va finir : mal !". Ces paroles ne sont pas jetées en l'air car c'est bien cette issue que va matérialiser le morceau suivant tout bonnement intitulé Finir mal. Sans complexe, Orelsan s'aventure alors à exposer une vulnérabilité prononcée. Cet enchainement entre les deux morceaux est le symbole de la cohérence extraordinaire qui est tissée tout au long de l’œuvre. Cette démarche revendiquée est réussie, car l'écoute n'en est que plus stimulée et plaisante.


Orelsan est peut être bien souvent tenté par le fatalisme absolu, un sursaut d'empathie lui échappe parfois comme dans La Petite Marchande de Porte-Clefs où il raconte les affres de l'existence d'une petite chinoise bien malmenée. Déjà conteur dans Perdu d'avance avec Un Gros Poisson dans une Petite Mare où il s'en tenait à des considérations locales, sa vision est désormais internationale et mondialisée. Bien sûr, le texte est dur, froid et les expressions de compassion ne sont là que pour être tournées en dérision. Le tragique du récit s'oppose à la petite musique faisant figure de berceuse dans une douce et atroce ironie. Orelsan ne voudrait pas trop avoir "l'impression de faire la morale" car ça "l'énerve" (La Morale). Mais on voit bien que, quelque part, il cache un coeur gros comme ça (...non ?).


Mais si Orelsan s'épanche dans de sombres turpitudes d'un côté, ça ne l'empêche pas de kiffer de l'autre. Sur 1990, il se fait plaisir en se rappelant au bon souvenir du hip hop des nineties, tout en se la donnant sur l'égotrip 2010 en faisant "du rap comme il veut" (20 ans de kiff autrement dit). Le Chant des Sirènes donne aussi lieu à des rapprochements inattendus comme Des trous dans la tête dont la construction fait furieusement penser à celle utilisée par Tryo dans Désolé pour hier soir, certes dans une version plus trash et radicalisée. Pour l'anecdote, parmi les autres petits kiffs qui font sourire, on retrouve chez Orelsan le constat évoqué par Emily de Metric sur Handshakes : "T'as besoin d'une voiture pour aller travailler, tu travailles pour rembourser la voiture que tu viens d'acheter, tu vois le genre de cercle vicieux, le genre de truc qui donne envie de tout faire sauf mourir vieux" (La Terre est Ronde). Voilà un gage de l'aptitude du rappeur à la lucidité élémentaire et à la perception de l'absurde.


Voilà, on papote, on joue sur les mots, on écoute de quoi il cause Orelsan et on en oublierait presque qu'il y a aussi et surtout de la musique. C'est du hip hop en l'occurence et on retrouve les structures en boucle propres à l'exercice. Assez tournées vers le son électro, faisant place parfois aux claviers, elles n'en restent pas moins éclectiques et variées. Des gros beats de 2010, de Mauvaise idée (avec des "bips" façon Norman-fait-des-vidéos) ou de Ils sont cools (mais un peu casse couilles aussi là), on imagine facilement à l'opposé Elisa Tovati & Tom Dice s'inviter sur La Morale. Le producteur Skread, qui bosse entre autres pour Booba, officie aux manettes. Euh what's the fuck ??! Booba ?... Ça commence à être compliqué de soutenir Orelsan au vu des drôles de connexions dans le monde musical que j'accumule dans cet article. A moins que je me trompe sur le compte de Booba. Souffrirait-il tout comme Orelsan d'une image illégitime, la subtilité de son oeuvre serait-elle injustement méconnue ? Ok, je suis prêt à me remettre en question et écouter plus en avant les dernières productions de Booba.... * écoute en cours *......euh...... Booba, non merci. C'est juste pas possible. Skread doit être un mercenaire de la musique et Orelsan sait tirer parti habilement de ses compos. C'est la seule explication que je peux trouver à ce lien entre Booba et Orelsan.


Alors qu'il avait "presque abandonné le son avant de faire sa deuxième livraison", Orelsan propose en fin de compte un Chant des Sirènes envoutant. Si le premier album Perdu d'avance impliquait logiquement ce deuxième album ("Orelsan a-t-il perdu finalement ?"), celui-ci complique les choses pour la suite puisqu'il se termine par l'implacable Suicide Social pour conclure alors sur la mort, celle qui "viendra quand même". Il existe un autre rappeur qui avait choisi de finir son album phare de façon aussi radical : c'était Fuzati avec Vive la vie....et on attend toujours la suite.

Kylord @ 17/10/11 5 commentaires
  The Office VS The Office 9 
ou comment appréhender différentes cultures d'entreprise à travers une adaptation télévisuelle

Attention - Post avec des spoilers à tous les étages

Sur la planète, de nombreux gens sont des "actifs". En France par exemple, il y a grosso modo 28 millions d'actifs. Ça fait du monde, mine de rien. Ça en fait des gens qui remuent. Mais qu'est ce qu'ils font au juste ? On ne sait pas trop mais ils sont "actifs". Ils font des trucs. Ils se meuvent, bougent dans un sens ou dans un autre, ils s'agitent et on leur donne des sous pour ça. Possiblement vous en êtes un (ou alors vous êtes un "inactif"... bref une grosse loque... un peu comme mondedemerde.net ces derniers temps).

Le pire dans tout ça, c'est qu'un actif peut le rester trèèèèèès longtemps. Il commence à bouger et il n'en finit plus de gesticuler. Il y a quelque temps, on avait un concept qui permettait aux gens qui ne s'arrêtaient plus d'être actif de stopper tout ce foin. Ça s'appelait la retraite. Mais un petit nerveux drogué à l'hyperactivité a fait appel à un grand mytho à lunettes pour en finir avec cette drôle d'invention. Maintenant, les actifs, ils vont le rester à vie. Comme ça, les actifs, en collectant toujours plus de slips et en faisant ainsi toujours plus de profits, évitent que les inactifs qui ont des sous donnent des sous aux inactifs qui n'en ont pas. Parce que les inactifs qui ont des sous deviendraient actifs pour le coup, et ça leur foutrait bien les boules.

Bref, tout ça pour dire qu'il y a beaucoup de gens actifs, que cela ne risque pas de changer et que tant de gens actifs, ça interroge. On se demande bien ce que ça peut leur faire d'être actif à tous ces gens-là. Pour cela, les anglais - qui sont pas les derniers pour la déconne quand ils veulent bien s'y mettre - ont créé une série dans les années 2000 : The Office. En un comme en cent, l'Entreprise. Les auteurs Ricky Gervais et Stephen Merchant (ce dernier mêle le stéréotype anglais et le cliché de l'auteur branché de façon assez stupéfiante) ont fait appel aux procédés de la télé-réalité et à un humour cruel saupoudré d'une touche de Monty Python pour illustrer le monde du travail. Le résultat est tout simplement brillant.... et les américains se sont forcément jetés dessus comme les gros voraces qu'ils sont pour en faire leur propre version sous l'oeil avisé des auteurs d'origine. Une fois n'est pas coutume, ils en ont fait une recette à succès car la production américaine vient d'achever tranquillou sa 7ème saison.

Nous avons donc The Office (UK) vs The Office (US). La subtilité so british contre les gros sabots de la cavalerie USA. Le docu-fiction humoristique contre la comédie de bureau bon enfant. Dans les deux séries, les fondamentaux sont les mêmes (avec des histoires qui frôlent le copier coller au départ de la série US) et pourtant le sens de l'interprétation diffère radicalement. C'est révélateur d'un choc de cultures même s'il ne faut pas oublier qu'il y a plusieurs années d'écart entre les deux séries (les écrans CRT affichant "It is now safe to turn off your computer" dans la production UK, c'est émouvant). Toutes les différences ne sont donc pas à mettre au grief de la seule question spatiale (Europe / USA) mais à mettre aussi au compte de la question temporelle (Britney Spears / Justin Bieber) comme en témoigne dans la version US les références aux réseaux sociaux chers à notre ami Louis-Serge Real del Sarte.

Cela étant, j'en viens à mon but final : révéler au grand jour les différences entre les deux productions à travers la revue les troupes de chacune des déclinaisons. Non pas pour voir qui c'est le plus fort de l'éléphant ou du rhinocéros, mais parce que chaque personnage nous en apprend un peu plus sur les spécificités des mœurs de la société qu'il représente et que la comparaison rend la chose encore plus évidente. C'est encore sans compter que cette galerie d'employés de bureau parlera sans aucun doute au petit actif surexcité qui est en chacun d'entre nous.

Le directeur régional

===> David Brent vs Michael Scott <===
Le manager responsable de la succursale du groupe de papier mise en scène est en quelque sorte le fil rouge de la série. Ses frasques, entre gestion calamiteuse des équipes et égocentrisme maladif, impulsent le rythme de chaque épisode. D'emblée, sur ce personnage fondamental, les américains impriment leur marque : si David Brent (incarné par Ricky Gervais) et Michael Scott (interprété par Steve Carell) élèvent tous deux la bêtise à un niveau extraordinaire, le manager américain se distingue par un narcissisme encore plus marqué que son homologue anglais. Chez l'américain, l'exubérance de ce trait va jusqu'à l'outrance auquel s'ajoute un potache bien gras avec les innombrables blagues à la con qui vont avec ("That's what she said"). D'accord, David Brent se défend bien aussi mais lui se retient parfois même si c'est clair que ça l'emmerde (et cela grâce à une interprétation de la frustration de Ricky Gervais tout à fait remarquable). Tout cela illustre bien la retenue européenne face à un Michael Scott prêt à tout et presque sans limite. Il faut dire que le manager version UK est plus partagé car il est animé un peu plus par la volonté de se faire passer pour un maitre à penser (comme en témoigne son illustre conférence sur du Tina Turner ou ses lectures de la figure culturelle locale). Autre différence : réalisme oblige, David Brent est bien plus perfide et suscite moins la compassion que son équivalent américain qui, même s'il tente des saloperies, est tellement prévisible et à côté de ses pompes qu'il en est absolument pathétique. Les deux compères se réunissent de toute façon complètement quand il s'agit d'illustrer fort bien ces valeurs universelles que sont les instincts naturels du petit chef (comme ne rien faire à part plomber les équipes ou monter les uns contre les autres). Ils valident ainsi ce principe ancestral des organisations dans les entreprises : « Les gens les moins compétents sont systématiquement affectés aux postes où ils risquent de causer le moins de dégâts : l’encadrement. ». Encore qu'en l'occurrence, les dégâts restent dévastateurs.


La déléguée du siège

===> Jennifer Taylor Clarke vs Jan Levinson <===
Alors là c'est clair et net : les américains ont fait partir ce personnage complètement en vrille. Pour résumer, la déléguée du siège est la boss du directeur régional et lui transmets les directives des hautes autorités du groupe. Allure stricte et ultra professionnelle de rigueur. Si Jennifer l'anglaise, bien que foncièrement affriolante et pourtant sans rapport aucun avec la sérieuse Jennifer Ayache, affiche une sévérité sans faille, la distance glaciale de Jan Levison n'est en vérité qu'une carapace qui va rapidement craqueler pour révéler une personnalité instable (ainsi que des seins énormes, notez). Alors bon, je voudrais pas voir le mal partout mais quand même : n'est ce pas du sexisme de la part des auteurs américains que d'avoir amené le seul personnage féminin avec des hautes responsabilités à devenir émotionnellement très perturbée voire carrément psychotique ? Le statut d'autorité dans le groupe sera ainsi très vite ramené à une figure masculine en la personne posée de David Wallace, CFO du groupe (Chief Financial Officer, 'oyez).



Le vendeur cool

===> Tim Canterburry vs Jim Halpert <===
Voici un personnage essentiel à la série : le vendeur décontracté et facétieux. Que ce soit Tim d'un côté ou Jim de l'autre, ils servent à mettre en relief les exactions du directeur régional par leurs réactions ou mimiques. En un sens, c'est un peu comme si les auteurs de la série intégraient l'avis critique de leur propre récit dans l'histoire, du genre : "vous avez vu ce qu'on a fait faire au chef dans notre scénar ? ben ouais c'est vraiment débile, et Jim le fera remarquer pour nous". Mais si ce rôle est identique dans les deux séries, l'interprétation diffère. L'américain apportera ainsi sa cool attitude à base de vannes typiques façon Bruce Willis après avoir abattu 200 terroristes ("Dire que j'avais vraiment pas envie d'aller au boulot ce matin"). Tim accentuera le comique des situations bien plus en subtilité avec parfois simplement un comportement de distanciation ironique avec ce flegme si typiquement britannique. Mais il y a une autre différence très marquée dans le développement de chacun des personnages : si Jim est peu motivé dans son taff, cela n'est pas aussi marqué que chez Tim qui est sans aucune espèce d'ambition, préfère vivre chez ses parents par confort financier et va jusqu'à proposer de lui-même son pire ennemi pour devenir le nouveau manager de la succursale à sa place (si ça, c'est pas du sabordage...). Aux Etats-Unis, au pays du culte du développement personnel, raconter une telle façon de gérer sa carrière était inconcevable. Pour commencer, Jim ne vit donc pas chez ses parents mais en coloc'. Ensuite, il ne sera pas contre l'idée de titiller quelques responsabilités à l'occasion voire même progresser dans la hiérarchie en osant même pointer des dysfonctionnement auprès de la direction (le con). La différence de psychologie entre Jim et Tim est ici très révélatrice en cela qu'elle montre l'importance de l'accomplissement par le job dans la société américaine à l'inverse des européens plus critiques. Enfin, Tim et Jim ne s'illustrent pas seulement au travers de leur profession mais aussi à travers leurs sentiments pour la réceptionniste. Là encore, le pauvre Jim a beau se languir amèrement pendant moults saisons (parce que les ricains adorent les soap-opera), il se distingue puisque le positivisme forcené inhérent à la culture US rendra la romance entre Jim et Pam bien moins sentimentalo-tragique que celle entre Tim et Dawn. D'ailleurs, c'est bien Jim, symbole d'une amérique battante et toujours prête à rebondir, qui finira par se barrer face à un Tim à jamais embourbé et hésitant.



La réceptionniste

===> Dawn Tinsley vs Pam Beesly <===
Si les récits amoureux de Dawn et Pam prennent des chemins qui divergent (...et c'est énorme), c'est aussi parce que Pam est bien moins fataliste que Dawn. Au fil des saisons, elle apparaitra de plus en plus pugnace et moins prompt à subir les fantaisies de son patron contrairement à Dawn qui ne cesse de les accepter bon gré mal gré. Il y a sans doute une explication à ce caractère plus trempé : si Dawn est plutôt laissée pour compte et passe plutôt inaperçue dans l'entreprise (une collègue le lui fera gentiment remarquer dans l'épisode finale), ce n'est pas le cas de Pam qui fait l'objet de nombreuses attentions (flattée par son patron, jalousée par ses collègues...). Certes, la production anglaise est plus réaliste... mais il ne faut pas oublier pour autant qu'il existe une représentation particulière du travail aux USA qu'on pourrait juger plutôt positive en l'occurrence : le poste occupé par un individu n'est pas un statut comme c'est bien (trop) souvent le cas en Europe mais il est considéré comme un moyen. Il n'y a ainsi pas de petit métier et Pam n'est pas réduite à ses fonctions de réceptionniste.... mais c'est aussi parce que sa vie personnelle est mise en scène bien plus largement que dans la série anglaise. Chez Office version US, on a droit aux mariages, aux diners entre collègues. Les frontières entre monde professionnel et vie privée sont bien moins marquées et cela révèle à quel point les américains se représentent l'entreprise comme un véritable lieu de vie à occuper comme un autre. Michael Scott pousse ce principe à l'extrême en s'employant à perpétrer des incursions dans la vie privée de ses employés et cela à tout bout de champ. A leur grand désespoir... et tout particulièrement celui de Pam.


Le vendeur complètement secoué

===> Gareth Keenan vs Dwight Schrute <===
Ce personnage est un ressort comique récurrent et cela pour trois bonnes raisons : il a les dents longues, il est bardé d'obsessions et il prend tout au premier degré. Bref quasi l'inverse du vendeur cool plutôt dilletant. A partir de là, c'est un régal pour les auteurs de l'utiliser voire même une valeur refuge quand l'épisode est un peu faiblard. Une particularité est à mettre au compte de la production anglaise avec un Gareth Keenan qui est totalement à contre emploi de ce qu'il prétend : passionné de la chose militaire, son physique peu imposant couplé à une élocution craintive le discréditent d'office et le ridicule le suit d'autant plus qu'il veut régulièrement soumettre autrui à ses lubies. Il est intéressant de remarquer que les américains ont choisi de coller un background plus "fermier" à ce personnage même si le dénommé Dwight Schrute se vante aussi à tort et à travers de son titre de shériff volontaire. J'aurais plus de mal à extrapoler vis-à-vis de ce choix mais je pense que les auteurs US ont voulu mettre de côté le débat politique qu'aurait suscité des références à l'armée tournées en dérision, surtout dans un pays où la question militaire relève quasiment du sacré. Pas couillus les scénaristes pour le coup.


La décomplexée

===> Trudy vs Meredith <===
Voilà un personnage très secondaire et pourtant lourd de sens tant il prend une direction bien différente selon le côté de l'atlantique duquel on se place. Le socle est commun : disons que Trudy comme Meredith n'ont pas de scrupules à profiter pleinement de tous les plaisirs de la vie. Mais si l'une, Trudy, s'éclate avant tout et n'est pas méjugée (ses collègues se feront une joie de lui offrir de quoi s'amuser à son anniversaire), Meredith accumule les tares socialement dévalorisantes : alcoolique, mère indigne, pique-assiettes... Et pourquoi les auteurs US l'ont ils accablé de la sorte ? Hé bien pour parler au téléspectateur : dans un pays où le puritanisme fait toujours loi, une femme libérée - et tu sais c'est pas si facile - ne peut pas être très équilibrée. Bon, c'est vrai qu'en déclarant coucher avec des terroristes, elle ne mets clairement pas toutes les chances de son côté. Elle offusquera ainsi à maintes reprises les représentantes du puritanisme à l'américaine que sont Phyllis, la puritaine traditionaliste, et Angela, la puritaine psychorigide tendance schizophrène (sorte d'incarnation sous forme de comptable de l'autre cinglé de Sarah Palin). Constat très symbolique : des personnages comme Phyllis et Angela n'existaient pas dans la version originale et l'une comme l'autre ne manquent pas de faire valoir leur pruderie. C'est particulièrement le cas dans l'épisode de l'exhibitionniste où Phyllis est toute retournée d'avoir vu le loup par inadvertance. De l'autre côté de l'océan, en terre anglaise, quand Trudy baise sur le parking de la boite, on n'en fait pas tout un fromage. En conclusion : quelle bande d'hypocrites ces amerloques.


L'intérimaire

===> Ricky Howard vs Ryan Howard <===
Un panel type d'employés ne serait pas complet sans l'éternel stagiaire qu'on appellera ici l'intérimaire car on est pas chien, on le fait pas bosser 10h par jour gratuitement. Mais intérimaire ou stagiaire, le jeune homme en question est la proie idéale du manager. Profitant de la soumission du débutant qui, par nécessité de se faire une première expérience professionnelle, ne souhaite pas contrarier les autochtones vivant au sein de l'entreprise, David Brent et Michael Scott, en l'absence de contradiction, vont glorifier leur personne encore plus qu'à l'accoutumée. Comme d'hab, côté américain, les scénaristes envoient lourd et Michael Scott va vouloir carrément le prendre sous son aile. Il va essayer de le contrôler à tout point de vue et à tel point que cela va même susciter en lui des envies pour le moins ambiguës... Mais si cette phase d'intégration de l'intérimaire dans l'entreprise est un phénomène intéressant en soi, son parcours par la suite mérite aussi l'attention. Côté UK, on a affaire à un grand dadet qui, même s'il vient là pour faire le taff, n'est pas spécialement emballé et concerné. Quant à Ryan, l'intérimaire américain, c'est une autre affaire et, bon dieu, je vais encore vous dire que c'est très révélateur de la mentalité américaine. D'abord, dans les premières saisons, il fait part régulièrement de son exaspération. A travers son sujet d'études à l'université, il va alors finir par exposer tout ce qui cloche selon lui. Conquérant, tel un féroce winner, il va s'appuyer là dessus pour décrocher un poste à un haut niveau dans la hiérarchie du groupe. Et hop, voili voilou, c'est la magie de l'ascenceur social à l'américaine. C'est t'y pas beau. Mais un ascenceur, ça monte et ça descends. Après moults épisodes cocainés, il va donc repartir vers le bas en 4ème vitesse tel un symbole de la récente crise financière largement produite par une économie américaine carrément surchauffée. L'intérimaire : précaire était son emploi, précaire fut sa réussite.


Les autres

===> ??? vs United Colors of Benetton <===
Il reste bien quelques personnages en équivalence entre série UK et série US mais, à quelques choses près, il n'y a rien d'extraordinaire à noter. Entre autres, Chris Finch le lourdingue est repris par Todd Paker, bien lourd aussi. Je vous le donne en mille, Todd Paker l'américain est le plus lourd des deux. Keith Bishop est repris quant à lui par Kevin Malone. Le personnage original est plutôt respecté hormis que le côté pince-sans-rire du bonhomme est passé aux oubliettes chez les américains (trop subtil sans doute). Il en viendra à faire lui aussi de la grosse vanne et du give me five à la moindre occasion. Pour le reste, la série US, ambitieuse et avide d'un potentiel d'interactions toujours plus important, mets en scène de nombreux autres personnages qu'elle a totalement créés. Il y a bien Phyllis et Angela déjà mentionnées mais il y a surtout tout une ribambelle d'autres salariés qui ont comme particularité d'être issus des minorités visibles. Darryl Philbin pour les afro-américains, Oscar Martinez pour les mexicanos, Kelly Kapoor pour les indiens, c'est un vrai festival. Oscar se payera même le luxe d'être marqué par le sceau d'une deuxième communauté : les homosexuels. J'annonce cela telle une malédiction car c'est effectivement ce qui va les frapper par l'intermédiaire de Michael Scott. Bien inspiré par un David Brent qui ne se ratait pas non plus dans le genre, il va leur balancer à la figure toute la collection des préjugés associés à leur communauté d'appartenance. Tous ces personnages ainsi ciblés sont plus développés dans la comédie US que dans la comédie UK où ils s'en tenaient à des rôles de figurant. Dans cette dernière, on voyait même David Brent se mélanger les pinceaux en confondant un Pakistanais avec un autre (alors tout le monde sait qu'il faut faire super gaffe, ce sont tous des terroristes en puissance !!!!) ; ce qui illustre là une vie sociale professionnelle plus réaliste et cruelle où les employés ne se connaissent pas tous entre eux. A l'inverse, l'importance donnée aux minorités visibles par l'office américaine indique la considération si chère à Hollywood à leur endroit. Mais il faut dire que c'est l'occasion aussi pour les auteurs de réfleter cet aspect si spécifique aux Etats-Unis : la judiciarisation à outrance de la société (mis en évidence par ailleurs avec Roy qui se fait virer direct pour sa tentative d'agression alors que les anglais ont vachement plus de tolérance avec les gnons dans la gueule). Les discriminations raciales ou sexuelles sont un terrain de rêve pour en montrer les délires. Bon c'est pas tout ça mais faut bien se détendre un peu alors il y aura un deuxième noir, Stanley Hudson, une sorte de Danny Glover échappé de l'Arme Fatale, qui ne sera là que pour faire des mots croisés en attendant la retraite.


Si vous avez déjà osé vous aventurer dans le monde du travail, je veux bien mettre ma main à couper si, parmi tout ce beau monde, il n'y a pas un personnage qui vous ait rappelé une expérience vécue (hmm je vais peut être mettre juste un doigt, sait-on jamais).

Bien sûr, tout cela est de l'entertainment (particulièrement côté US) et s'il y avait tant d'animation dans tous les taffs de la vraie vie, la valeur travail, cette valeur qui devient si chère aux politiques quand il s'agit faire passer des réformes dans la douleur, serait sans doute mieux considérée. Les passages où on se fait chier au boulot, à quelques exceptions près (comme Dwight s'occupant à broyer du papier pendant que les collègues errent sur le net sans but), sont quand même pas mal occultés.

Je terminerai cette étude par une considération d'ordre général qui, comme dirait le philosophe Eric Cartman, fait giga réfléchir. N'avez vous pas remarqué que dès qu'on sort du cadre de l'entreprise les personnages n'existent plus dans la production américaine ? Jan par exemple va être petit à petit écartée. Tout se passe comme si l'entreprise était LE sujet et cette sacralisation est totalement confirmée par cet épisode où Michael Scott se couche devant la société mère et cela même au dépend de sa propre compagne. On le qualifiera de "brave type" à cette occasion (ce n'est même pas ironique). Je sais pas pourquoi mais j'imagine trop pas ça chez nous. D'ailleurs, les anglais, à l'inverse de leurs confrères américains, ne délimitent pas exactement le périmètre à l'entreprise. Même lorsque les personnages la quittent dans l'épisode finale (David Brent qui se lance dans la chanson ou Dawn Tinsley en périple aux Etats-Unis), on les suit encore. L'entreprise est ici plus une affaire de contexte que de sujet.

De toute façon, que cela soit la série britannique ou américaine (la première est plus pertinente, la seconde plus moderne), elles sont hautement recommandables d'autant plus en cas d'entrée imminente dans le monde du travail (mais garde, version originale absolument obligatoire sinon c'est le massacre). The Office vous permets d'appréhender toutes les ficelles de l'entreprise très rapidement et cela est grandement plus efficace que de se faire exploiter dans moults stages. Bon, je ne suis pas sûr que ça soit aussi payant dans le CV...
Kylord @ 21/04/11 9 commentaires
  Tuons le temps en chroniquant Paramore 3 
Piégé dans la glace, le froid et les bouchons lyonnais (les embouteillages, pas les restos), je reste tétanisé dans mon véhicule automoteur et me morfonds à la pensée d'un terrible constat : je n'ai pas publié d'article en novembre et c'est un faux pas retentissant dans le rythme journalistique mensuel que je m'étais juré de suivre sur cette année 2010 par contrat tacite avec vous, mes très chers lecteurs que j'aime et particulièrement toi qui admires tant Jennifer Ayache.

Il est urgent de se ressaisir notamment pour occuper le temps de cerveau disponible de tous les jeunes gens empêtrés dans l'oisiveté et dont tu fais sûrement parti lecteur. Je me sens investi de la mission d'apporter constamment de la nouvelle matière à vous tous, utilisateurs de moteur de recherche prospectant sur des sujets tels que "marre de ce monde de merde", "merde au monde", "la population merdique qui m'entoure", "existence de merde", "on vit dans un monde de merde", "nous somme la merde de ce monde", "vous me flattez mais poursuivez"... (je n'invente évidemment absolument rien).

A vrai dire, jeune personne, ou même toi, moins jeune personne (tu as su de toute façon rester fraiche comme te le suggères fort subtilement la campagne de Virgin Radio (je n'ai pas encore compris la raison de faire passer ce message sur du Lilly Wood & the Prick qui ne dit rien de moins que "we're a waste" (comprendre "nous ne sommes qu'un gros gachis"))), cela tombe bien que tu sois là car je veux te parler d'un groupe que tu connais peut être. Pour raviver les quelques flammes de mon inspiration agonisante, j'ai en effet décidé de m'en remettre à une étincelle insaisissable : la petite Hayley Williams de Paramore. Ce petit bout de femme rougeoyant d'1m55 (j'ai mesuré, ça fait pas haut) est une pile électrique scénique et ça fait plaisir.

Il est temps d'en parler avant qu'il ne soit trop tard. C'est que la petite Hayley semble emprunter une pente dangereuse. Après avoir déjà osé des folies capillaires sur le terrain de la blondeur extrême et des images de synthèse chatoyantes, la voilà qui exhibe des cheveux roses sur un morceau à l'excellence très relative. Cela commence ainsi et on sait comment cela se termine. C'est un signe avant coureur de la fin des temps et tu dois bien te demander lecteur pourquoi j'évoque ce soit disant groupe Paramore. Cela te semble être une bande de zikos émos tape-à-l'oeil peu enthousiasmante.

Pour que tu me comprennes lecteur, il faut revenir à l'album de référence sur lequel je vais m'étendre : RIOT ! Derrière ce titre qu'on pourrait traduire en français par "Révolte ! révolte !", on pressent la rébellion adolescente revendiquée. Chez les mecs, quand on se lance dans ce registre, on s'en prend souvent au système et à la société qui n'a que des problèmes. Chez les nanas et donc dans notre cas présent, c'est souvent plus personnel. Il s'agit davantage d'une question d'affirmation individuelle, d'indépendance déclarée, de "jefaikeskejeveudabord". Tout le défi consiste alors à ne pas sombrer dans le ridicule et se voir cantonner dans une pose ne volant pas plus haut que celle de Christelle Bazooka (ou, encore pire, paroxysme de l'horreur, celle de Jena Lee). Autant dire qu'avec RIOT !, on pouvait craindre le pire surtout quand on voit la dite Hayley Williams entourée d'une bande de musiciens émo-rock à mèche trop stylés. Et pourtant, malgré les gros clignotants et tous ces signaux d'alerte, cet album de Paramore dépote. L'énergie déployée par l'étincelle chantante est totalement convaincante. Elle a une puissance vocale indéniable, une pêche incroyable et elle complète le tout avec un headbanging parfaitement maitrisé . Les zikos ont l'air idiots mais ils envoient et le rythme rock & roll est là. L'exemple emblématique est assurément le titre Misery Business sur lequel Haley Williams s'éclate littéralement.

En même temps, ce Misery Business illustre les contradictions latentes desquelles Paramore ne se détache jamais complètement. Le groupe ne peut s'empêcher de faire appel aux clichés de l'adolescence de façon un poil caricatural. Pour commencer, le clip prend place dans un lycée au milieu des pom-pom girls. Déjà, tu vois le tableau. C'est à partir de là que surgit l'arrogant personnage qui incarne la cible des attaques présentes dans le texte. Si Hayley s'en prends à lui, c'est qu'il s'agit d'une jeune femme qui n'est vraiment pas gentille du tout, ouh ça non. Celle-ci ose les pires ignominies (à savoir couper les cheveux d'une fille à son insu ; ce qui est la tragédie existentielle suprême de la gente féminine par excellence), embrasse les garçons dans les couloirs (olala c'est vraiment pas bien du tout ça), jette les handicapés par terre (Didier Super aurait approuvé)... en fait, cette figure de pouffiasse serait presque sympathique si elle n'était pas maquillée comme une voiture volée. La chanteuse le fera justement remarquer à la fin en tentant plus ou moins d'essuyer la peinture du visage de la belliqueuse personne. Mais euh... à ce propos, Hayley n'est-elle pas aussi ensevelie sous des kilos de maquillage ? C'est l'hôpital qui se fout de la charité et c'est révélateur de la contradiction permanente d'une soi-disante rébellion contre des symboles pourtant tout à fait intégrés.

Mais n'est ce pas signe qu'on s'en fout au final ? La contradiction est tellement évidente qu'elle semble assumée : on ne se préoccupe pas tant de la direction prise. Hayley exprime ce qu'elle ressent et peu importe la cohérence. Le sens véritable est là. Le symbole est utilisé mais pas défendu. Illustrant la pop punk, Paramore s'inspire de l'ambiance punk, mais il n'y a aucune franche revendication là dedans et encore moins d'idéologie. C'est léger, voire même festif. Hayley Williams a du coffre et un timbre habité pour l'incarner et cela suffit au plaisir du rock qui entraîne. For a Pessimist, I'm Pretty Optimistic, That's What You Get, Hallelujah en sont autant de très bonnes démonstrations. Elles expliquent pourquoi Paramore dépasse les habituels régiments de rock émos américains. Ceci n'empêche pas aussi de réussir sur un registre plus introspectif comme sur Crush Crush Crush. Bon, il y a bien quelques ratés, le groupe se laissant aller parfois à des titres bétassons et monotones pour meubler entre les nombreux tubes (When It Rains, We Are Broken).

Avec du punch rock à revendre, ne livrant pas de message dérangeant ou tendancieux, Paramore a visiblement de quoi plaire aux investisseurs et aux marchés. Aux US, c'est le cas et ça cartonne. Chez les anglais, cela fonctionne aussi. Mais en France, non, ça ne passe pas tout à fait. Le public de dépressifs chroniques que constitue majoritairement la populace française n'est pas vraiment rentrée en phase avec la musique de Paramore. Une autre explication à ce malentendu pourrait se trouver dans cette éclate rock engagée par Hayley Williams et ne faisant pas écho au modèle de soumission de la femme française contemporaine. Sans déconner, c'est encore un état de fait qui montre que le féminisme moderne a du plomb dans l'aile (les icônes les plus récentes sont Simone Veil et Françoise Sagan, non ? outch). Paramore est alors obligé d'utiliser des subterfuges indécents pour percer : le groupe a participé avec Decode à la BO du premier Twilight (le seul volet ayant un peu de sens, les suivants n'étant que de sombres histoires de chippendales déguisés), éclipsant même les autres contributions de poids lourd comme celle de Muse.

L'ironie du sort fait que le constat d'échec en France n'est pas aussi catégorique. Hayley Williams a fini par infiltrer les radios françaises par le biais.... du rap. Quand je disais qu'elle était sur une pente dangereuse, là voilà qui poursuit le destin de Gwen Stefani en jouant les princesses Leia du dimanche. Nous avons en plus clairement affaire à un assemblage préfabriqué typique de maison de disques : on construit deux pistes et on alterne deux artistes qui n'ont rien à voir sur le même morceau. Cela permet ainsi d'optimiser les ventes afin de préserver les 15 à 20 % de profit exigé par les actionnaires (c'est la crise 'oyez). Notez comment BoB le rappeur et Hayley ne sont jamais sur le même plan dans Airplanes. L'arnaque des artistes jouant ensemble sans même s'être rencontrés devient un grand classique : Zaho et Justin Nozuka nous ont fait le coup, Ours et Lilly Allen de même. Même Didier Super a usé de ce fallacieux procédé avec les Rois de la Suède. Voyez comment il n'est jamais filmé avec les autres chanteurs le fourbe ! Quel vendu je rêve... mais achetez sa BD, lui au moins nous raconte comment il fait pour nous escroquer.

Il est temps de conclure et de lancer un appel solennel en ce 5 décembre 2010 : Français, Françaises. Sachez dire non à vos anti-dépresseurs. Entrez en résistance. Chacun a en son pouvoir de faire en sorte que les fonds sonores inopinés de demain ressemblent davantage à Paramore qu'à Jena Lee. Franchement on s'en porterait pas plus mal.
Kylord @ 05/12/10 3 commentaires
  International Worldwide Music Male Pouf Contest (*) 12 
Aujourd'hui est un grand jour. Aujourd'hui je mets fin à l'exclusivité dont jouissait jusqu'à présent la gente féminine. Aujourd'hui des titres poufs vont être distribués à des mecs. Des hommes. Des mâles. La période automnale étant propice à célébrer la pouf (on a toujours en mémoire les envahissantes poufs d'été auxquels se joignent les non moins présentes poufs de rentrée), l'occasion est toute trouvée pour récompenser des poufs masculines. Nous allons en l'occurrence les cueillir parmi les poufs d'excellence que sont les poufs chantantes. Sélection internationale je vous prie.

Ce sacrifice sur l'autel de la parité vient à point nommé pour me permettre de préciser cette notion très floue de "pouf". Elle est forte symboliquement. Elle nous parle. Mais savons-nous vraiment ce qu'elle signifie ? Peut-être même certains d'entre vous ne pensaient même pas qu'elles pouvaient être appliquée au sexe fort. Je mets en branle vos acquis culturels et c'est le monde de vos certitudes qui s'écroule. Rassurez-vous, nous allons reconstruire patiemment les fondations de vos repères sémantiques.

Bref, pouf ? de quoi s'agit-il au juste ? Le grand écart d'interprétation qui est fait systématiquement à la formulation du mot crée bien souvent moultes incompréhensions. Elles se sont d'ailleurs largement entrechoquées dans les colonnes de notre monde de merde. D'un côté, l'amalgame est vite fait entre une personne coquette qui s'apprête et une pouf. Raccourci simpliste qui revient à une vision très superficielle d'un concept bien plus sophistiqué qu'il n'y parait. Ici, nous ne nous sommes jamais fondés sur cette unique disposition pour attribuer un titre pouffien. Foi de journaliste total. Se parer de maquillage ou passer chez le coiffeur pour se teindre en blond - pour ne citer que les lieux les plus communs - ne sont pas des critères suffisants pour devenir une pouf accomplie. L'un peut être un préalable à l'autre mais n'est en aucun cas une condition sine qua non.

A l'autre extrême, il y a ceux qui déboulent avec leurs gros sabots pour nous expliquer qu'une pouf n'est ni plus ni moins qu'une grosse pouffiasse, c'est à dire une personne qui se fait outrageusement remarquée par son attitude et son style au goût plutôt discutable. Le sort de la pouffiasse est peu enviable en somme. Une foi encore, une pouf peut être aussi une pouffiasse mais pas nécessairement. Certes, les dictionnaires, oublieux de leur retard systématique de 10 ans sur la société et de leur incapacité à suivre une langue vivante, nous rappellent sommairement que, dans l'élan de normalisation abusive qui leur est propre, le mot pouf n'est que l'abréviation de pouffiasse. Mais lorsque je qualifie ma prochaine de sombre conne, est-ce je veux dire pour autant que c'est une connasse ? Meuh non, que nenni, connasse, ça n'a carrément rien à voir. Et c'est pareil pour pouf avec pouffiasse.

Si ce n'est déjà fait, je vous suggère donc urgemment d'en finir avec le schéma erroné "coquet -> pouf -> pouffiasse" avant de finir par traiter tous vos congénères de grosses pouffiasses. Vous partez comme ça et vous finissez par vous en prendre à tout ce qui bouge y compris aux animaux (en commençant naturellement par les chats mais vous n'auriez pas complètement tort en l'occurrence, les chats sont un peu des pouffiasses). Cela serait quand même assez pathologique. Cela dit, malgré toute ma vigilance, je concède volontiers avoir moi même parfois mélangé les notions dans l'emballement lyrique propres aux instants poufs. C'est dire si l'exercice de justesse est complexe.

C'est que nous savons désormais ce qu'une pouf n'est pas. Mais qu'est ce alors ? Il faut nous plonger dans le sens du mot au quotidien pour découvrir sa véritable nature. Quand nous vient-il ? C'est très simple : quand une personne focalise immédiatement l'attention par de vils et faciles procédés visant à mettre en scène son narcissisme, une pulsion irrépressible monte en nous et nous fait nous écrier intérieurement "mais quelle pouf !". La dimension de spectacle public est très importante chez la pouf. Elle sait mêler comédie et racolage afin de s'assurer les égards. Peu importe les raisons, qu'elles soient valables ou non. Etre pouf, c'est d'abord se donner les moyens d'avoir de l'audience et donc, souvent, de faire du business.

L'autre aspect pour compléter la notion de pouf est son caractère avenant. Du moins se doit-elle de s'afficher ainsi. On peut être certes agacé par la pouf et sa capacité à générer tant d'attention à la légitimité contestable. Mais en elle-même, la pouf n'est pas très contrariante. Ce n'est pas un hasard si l'autre sens du mot pouf sert à définir ce support molletonné dans lequel nous pouvons nous affaler en abandonnant ce qu'il peut bien nous rester de dignité. Pour résumer, une pouf est aussi par définition confortable. Mais il ne faut pas pour autant la confondre avec la potiche - autre notion pouvant porter à confusion - qui n'est certes pas contrariante non plus mais qui n'a aucune propension à se mettre en scène.

Mais j'interromps ce cours de pouf philosophie car j'entends pointer quelques houhoutements. Ok, j'admets, nous manquons de matière première. Passons donc illico aux travaux pratiques. Voici les grandes poufs masculines de la musique de l'année 2010 !



Catégorie Révélation pouf
Robert Francis est LA grande révélation pouf de cette année 2010. Bon dieu ce qu'il nous a gavé de son Junebug le salaud. C'est seulement au cours de ces dernières semaines que sa diffusion démarrée en début d'année a commencé à cesser. Et pourquoi je vous le demande ? Je vous le donne en mille : parce que Robert est une grosse pouf ! Son clip est une véritable compilation. Le coup des poses tourmentées ou faussement introspectives avec les "I remember everything", qu'est ce que c'est pouf ! Robert Francis utilise une technique en vogue ces temps chez les poufs qui est de faire dans le vintage. Les concurrentes féminines ont donné notamment dans le registre fifties (je pense à Christina Aguilera, Beyonce et.... Jennifer Ayache). La différence est que Robert nous la joue non seulement vieille école mais il le fait dans une approche country très spécial. Chemise de bucheron et chapeau de paille sont au programme. Voilà la preuve qu'on peut adopter une pouf attitude très prononcée derrière un style faussement négligé. Il est clair que tout cela est en réalité parfaitement soigné. L'éternelle barbe de 3 jours est un signe qui ne trompe pas. Je ne parle même pas du torse à moitié exhibé les 3/4 du temps y compris lors de quelque interview où l'animatrice Olia Ougrik tombe complètement dans le panneau. Môssieur Robert épate la galerie car il est soit disant capable d'expulser la spiritualité qui le submerge à travers son instrument. Mouais... (le problème avec les instants poufs masculins, c'est que ça me rend jaloux et aigri). Robert Francis est donc notre espoir pouf et il semble bien tenir la ligne avec son dernier clip justement intitulé Keep On Running dans lequel il nous fait le coup du noir & blanc pseudo romantique (mais quelle pouf !).



Catégorie Pouf Grand Public
James Blunt a débarqué de façon fracassante chez les poufs masculines avec You're Beautiful et c'est cela qui lui vaut d'officier dans la catégorie grand public. Clamer un message de l'ordre du "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" est une déclaration suffisamment puissante pour gagner ce prix bien mérité. Nous pourrons remarquer que Christina Aguilera a appliqué le pendant féminin de l'exercice avec son propre Beautiful. Christina a toujours cherché à aller sur tous les terrains et le grand public n'y a pas coupé. C'est une grande malade celle-là. Récemment, elle a même cherché à contrer Lady Gogole sur son propre terrain au festival du plagiat fétichiste. Quel fiasco ceci dit. Mais je m'égare dans les ébats de la compétition féminine (ouais je sais, ça fait deux fois). Revenons à James et décortiquons l'impact pouf du clip Beautiful. C'est quand même un mec qui, pendant 3 minutes, se déssappe devant nous en fixant la caméra avec ses yeux bleus comme un ciel de printemps ensoleillé. Le niveau pouf de la séquence est assez démentiel. Je ne sais pas si vous vous rendez compte. Je ne crois pas avoir en tête d'équivalent féminin. Il faut dire qu'il y a une cruelle injustice car la prétendante féminine aurait beaucoup plus de mal à rester dans la catégorie grand public avec un tel concept. Il faudrait qu'elle précède tout cela de toute une pédagogie sur la présence naturelle des seins. Je t'explique pas le bordel en commençant par les Etats-Unis. Concernant le numéro de James Blunt, on se rappellera quand même que Chris Martin, chanteur de Coldplay et éminente référence pouf, avait pudiquement ouvert la voie avec Yellow (le coup de la ballade sur la plage... sérieusement...). Il restera toutefois cette année dans l'ombre de James Blunt car il est en nette baisse de régime. C'est bien James Blunt le grand vainqueur du titre de pouf grand public. Son dernier single, Stay The Night, toujours sur la plage, est vraiment de la soupe. Y'a pas de doute, on s'est pas trompé de classement.




Catégorie Pouf Rock
Égérie du glam' rock, Brian Molko, leader de Placebo, est un pionnier de la mouvance pouf dont les préceptes ont été fixés par David Bowie. C'est un véritable parcours dont il est question ici. Brian a eu des hauts et des bas. S'il sait toujours manier la pouf attitude et particulièrement quand il se mets à parler français, il n'est plus à l'apogée de l'exercice comme à l'époque où sa seule présence suscitait des "Briiiaaaaaaaaaaaaaaaaaaan" qui n'avaient rien à envier aux pâmoisons similaires déclenchés par un Justin Bieber de sortie. Cette période, mise en exergue avec Without You I'm Nothing et qui a perduré dans les années 2000 jusqu'à Sleeping with Ghosts, était un âge d'or de Placebo avec un Brian au sommet de son côté pouf. Puis l'album Meds est arrivé et ce fut beaucoup moins pouf. Brian n'était pas bien dans son assiette. Alors pourquoi le primer ? En fait, il est revenu avec le dernier album Battle For The Sun que nous pourrions renommer en quelque sorte Battle For The Pouf. A la force du mental, Brian Molko revient sur scène pour faire la pouf et il s'est même octroyé les services d'une petite blonde nommé Steve Forrest pour l'épauler dans cette épreuve (et accessoirement jouer de la batterie). Globalement, il est tout de même plus en retrait comme en témoigne certains des derniers clips où il n'apparait même pas comme le très étrange The Never Ending Why. Cela n'est pas très pouf. Malgré tout, pour son come back et bien sûr pour l'ensemble de son oeuvre, Brian Molko est la pouf rock de notre sélection internationale. Même si les prix pouf n'ont que faire du contenu musical, nous pourrons oser la remarque que nous parlons là d'une pouf qui fait de la zik vraiment pas dégueulasse.



Catégorie Pouf R&B
Et voici l'inévitable catégorie R&B. Le R&B en musique, c'est un peu comme l'athlétisme en sports : il n'y en a que pour les ricains gonflés aux stéroides. A ce titre, aux USA, le R&B est une catégorie poids lourds pour nous générer tout un tas de grosses poufs mâles ou femelles. Usher est le pilote de la mouvance masculine. Il est certes bien concurrencé notamment par un Enrique Iglesias en fulgurante progression. Mais Usher a clairement un pas d'avance sur ses camardes de cordée. Se mettant en scène de façon totalement mégalomaniaque dans chacun de ses clips, il sait appliquer cette stratégie bien connue dans le milieu qu'est le featuring à tout va. En fait, Usher chante avec tout ce qui bouge et si possible toutes les autres poufs. Parmi tant d'autres collaborations, on peut évoquer celles avec Alicia Keys ou Beyonce. Usher a aussi déjà fait un duo avec le Enrique suscité. Plus récemment, il s'est mis en scène avec Will I Am dans le morceau OMG ; ce qui est la réaction naturelle provoquée par l'écoute du titre (c'est beau tant de lucidité sur son propre travail). Avec ce genre de personnage, le R&B aux USA ressemble un peu à une partouze géante. A force, on ne sait plus qui a chanté avec qui et sur quoi. Aux dernières nouvelles, il voudrait chanter avec Britney Spears et la gogole. Ah quelle grosse pouf ce Usher ! Il est très envahissant. A priori peu concerné par la retraite, il s'assure tout de même d'avoir le contrôle pouffien sur les générations qui arrivent comme le ferait une Madonna. Usher est quand même un soutien actif au phénomène Justin Bieber (oh le con). Bref, y'a pas à dire, Usher remporte le titre R&B haut la main.


Et voilà que cette première cérémonie des poufs masculines se termine. Je vous laisse méditer là-dessus en laissant quelques questions en suspens : Robert Francis fermera-t-il sa chemise un jour ? Est-ce que James Blunt arrêtera un jour de se foutre la gueule du monde avec des morceaux pareils ? Ou encore est-ce que les récentes annulations de concert de Placebo feront à nouveau oublier à Brian Molko son rôle sur la scène internationale pouf ? Et enfin Usher va-t-il piquer la copine de Justin Bieber ? Tout cela, vous ne le serez sans doute pas dans le prochain épisode de ... l'instant pouf !

(*) Concours international des poufs masculines de la musique de tout le monde entier
Kylord @ 18/10/10 12 commentaires
  De l'art de massacrer les histoires 4 
La plupart du temps, l'être humain aime se raconter : ses dernières vacances à truc, comment il connait machin, sa façon de faire du bidule... L'auditoire est bien souvent accablé d'ennui et pourtant, dans une hypocrisie généralisée, chacun prend sur lui et feint une profonde considération. C'est que l'être humain tient à ce que son prochain fasse semblant de s'intéresser à ses récits tout autant qu'il le fait pour ses congénères. Cependant, parfois, on sort du crétinisme latent de ce manège pathétique. Parfois, certains racontent des histoires et c'est véritablement intéressant. Parfois, ce sont des histoires totalement inventées, des fictions, et c'est encore plus captivant. Dans de précieux élans extraordinaires, certains en font même des œuvres artistiques passionnantes. Quand on en arrive à ce stade là, autant dire que c'est la félicité suprême. C'est d'une beauté rare.

Et pourtant. Vient un moment où, on ne sait pas trop pourquoi, une pulsion destructrice enfouie vient tout saccager. On pourrait croire que la sublimation procurée par l'expression artistique suffirait aux auteurs des dites œuvres. Ceux-là pourraient se contenter de l'extase de l'extériorisation créative accomplie. Et pourtant non. Un matin, l'auteur de l'histoire se lève et se dit : "j'ai pas d'idée aujourd'hui alors je vais flinguer mon œuvre". C'est consternant.

Que dire de James Cameron qui se sent habité par le fantôme du marketing et qui, pour cette rentrée 2010, ressort Avatar au cinéma avec - tenez vous bien - mieux que ça - merci - 8 minutes de scènes supplémentaires ? De deux choses l'une : soit le film était amputé au départ d'un morceau de l'histoire et c'est affligeant, soit James Cameron rajoute 8 minutes de démo technologique et... c'est affligeant. Quoiqu'il en soit, je ne m'étendrai pas davantage sur cette production largement évoquée dont les retentissements marketing étaient déjà bien trop néfastes à sa sortie. Mais il y a des œuvres autres qu'Avatar qui ont pâti de ce phénomène de sabotage cinématographique et c'est l'âme meurtrie par tant de gâchis que je m'en va vous conter les grands cas de l'Histoire (celle avec un grand H).

Le cas du jour : Millénium

Rappelez-vous, il n 'y a pas si longtemps, je faisais la chronique du premier volet de l'adaptation cinématographique de la trilogie Millénium. J'y évoquais très attristé comment le film avait manqué l'originalité du livre dont il se targuait d'être l'adaptation. Tout le pan journalistique de l'histoire était balayé sans état d'âme ! C'est d'autant plus dommageable que cet aspect mettait en scène un certain Erik-Hans Wennerstrom, financier véreux prônant l'intégrité avec un aplomb tellement invraisemblable qu'il piègeait la justice et faisait ainsi étrangement penser à un certain Eric (Hans) Woerth (une coïncidence homonymique tout à fait troublante n'est ce pas).

Mais à l'époque, je n'avais pas encore pris connaissance de la stratégie de distribution des films adaptés de l'œuvre de Stieg Larsson. Depuis la sortie du premier film, on a assisté en effet à du grand n'importe quoi :
  • Il y a donc eu d'abord ce premier film au cinéma chroniqué ici même et correspondant aux "hommes qui n'aimaient pas les femmes".
  • Canal+ a alors diffusé en début d'année l'adaptation de la trilogie complète en série télé, le tout en 6 épisodes.
  • Enfin les adaptations des livres 2 et 3 sont sorties dans les salles cet été.
Celui qui aura pu suivre la chose au fil de l'eau sera passé du cinéma à la télé pour enfin se demander perplexe quel était l'intérêt de retourner au cinéma. C'est encore sans compter sur un fait largement préjudiciable aux films sur grand écran : il ne s'agit que de la version charcutée de la série. Ainsi, pour le premier tome, le quidam qui aura découvert l'adaptation sur C+ aura retrouvé l'équivalent de l'œuvre projetée dans les salles auparavant excepté que les passages consacrés à l'enquête journalistique étaient apparus comme par enchantement. En fait, la critique que j'avais faite au départ est rendue caduque car elle était basée sur le cinéma : je ne faisais que donner un avis sur une œuvre bidonnée car tronquée.

Toujours est-il que les faiblesses de l'adaptation sont toujours valables quel que soit le format. Hormis la sombre et fascinante Noomi Rapace, le casting reste faible. Erika Berger récupère malgré tout un peu de la prestance qui devait logiquement lui incomber mais le bâclage des derniers épisodes travestissent de toute façon le personnage. La mise en scène reste en effet atrocement cheap. Il m'a ainsi semblé judicieux d'éviter le tome 3 au cinéma. Le peu d'ambition du réalisateur constaté dans la série doit donner un résultat vraiment cruel sur grand écran. L'aspect Julie Lescaut conféré à la justice, avec une partie policière plus effleurée qu'autre chose, produit un résultat assez foireux tel que seul un téléfilm allemand mal dégrossi sait le faire.

Bon, j'exagère. C'est l'amertume qui parle devant tant de foutage de gueule. C'est que le massacre n'est pas encore fini. Les américains s'y mettent aussi en voulant sortir leur adaptation. A moins d'un miracle, cela ne va que rajouter des pièces à un dossier qui n'en demandait pas tant. Mon dieu, ayez pitié de nous. Plus que jamais en cet instant, je ne saurais que trop vous adresser ce conseil de vieux con : lisez les livres. C'est encore le mieux qui reste à faire.





Les cas historiques : Indiana Jones et Star Wars

Dans le genre "j'ai créé des histoires tellement géniales qu'elles en sont devenues des mythes mais je fais tout pour les saboter car j'ai perdu mon âme", Georges Lucas et Steven Spielberg se posent là. D'aucuns diront que j'exagère à nouveau, mais d'autres, que je sais nombreux, me diront que je suis encore bien trop timoré pour décrire la réalité dans toute sa triste vérité. Les créateurs de South Park, Trey Parker et Matt Stone, sont assurément de ceux là et l'épisode qu'ils ont dédié aux deux producteurs l'expriment clairement (Le Ploblème Chinois, Saison 12, Episode 8 qui fait suite à un premier épinglage dans l'épisode Bérêts Gratos, Saison 6, Episode 9). On pourrait penser qu'ils manquent de subtilité quand ils font passer comme message que Georges Lucas et Steven Spielberg ont violé leurs créations, rien de moins. Mais, au contraire, ils ne font que dépeindre précisément l'atrocité des actes commis par les deux comparses réalisateurs.

Il n'y a bien que les français pour être capables de rendre un césar d'honneur à Harrison Ford en l'affichant dans le volet numéro 4 de la saga d'Indiana Jones (notez au passage que les césars n'auront à aucun moment mentionner Blade Runner dans l'épitaphe adressée à Harrison Ford... à sa place, j'aurais bien les boules). Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal est en effet une auto-parodie grave, hélas même pas drôle (à moins d'en avoir bien dans le pif). On retrouve pèle-mêle tous les clichés de la saga alignés les uns après les autres, sans aucun relief, sans aucune perspective, sans autre lecture que le bête premier degré. Des russes, des indigènes, des extra-terrestres, des artefacts, des poursuites.... ah oops, désolé pour les spoilers, j'ai dévoilé toute l'intrigue. Circulez, y'a rien d'autre à voir (enfin, la fin est presque comique).

Mais Georges Lucas a été encore plus perfide avec Star Wars. Bien sûr, il a osé commettre une deuxième trilogie totalement déracinée de tout ce qu'il avait lui-même développé dans les épisodes originaux 4 à 6, du nouvel espoir au retour du Jedi. Dans les volets 1-2-3 de cette seconde trilogie (je vous refais pas l'explication des premiers épisodes qui sont en fait les derniers sortis), il a justifié la Force avec "le taux de midi-clorien", il a illustré les Jedi sous les traits les plus pathétiques (Liam Neeson, Ewan Mc Gregor, qu'avez vous fait ?...vous vous en foutez ou quoi ?), il a empêtré l'univers de la saga dans un magma de magouilles politiciennes sans queue ni tête.... il a créé Jar-Jar.... il a.... bref... je ne rentrerais pas davantage dans les détails sous peine de tous nous faire périr dans d'atroces souffrances psychiques (mais certains s'y sont quand même frottés comme l'a relevé le justement nommé pastroplesboules.com). Seulement, non content d'avoir produit une pré-quelle catastrophique, Georges Lucas s'est rendu aussi coupable de retouches sévères aux premiers épisodes originaux. S'il n'avait été question que de revoir quelques explosions par-ci par-là, rafistoler quelques X-wing ou Y-wing, on aurait encore pu admettre ce souci esthétique. Toute œuvre peut mériter restauration. Mais balancer tout un merdier de synthèse dans le champ ? "OH MY GOD WHAT IS THE FUCK ?", j'ai envie de dire. J'en resterai même là car c'est bien là toute l'incrédulité dans laquelle on sera plongé éternellement sans jamais comprendre comment Georges a osé faire ça.





Le cas particulier : Cashback

Avec Millénium, nous avons donc vu un cas classique de massacre en bonne et due forme, de ceux auxquels on est hélas coutumier parce que les gens ne respectent rien, vous voyez. Nous avons ensuite vu l'ignominie des carnages opérés sur les univers d'Indiana Jones et de Star Wars, de ceux qui feront à jamais date dans l'histoire car ils ont dépassé toutes les limites connues en matière de sabordage. Mais il y a aussi des cas plus particuliers, les cas où c'est juste dommage. Les intentions étaient réellement bonnes mais voilà, fallait juste pas les concrétiser. C'est le petit plus qui foire le truc. On pourrait pardonner mais, quand même, c'est naze.

Tel est le cas de Cashback. Je vais ainsi rendre au film, à juste titre, la monnaie de sa pièce. Car il m'en a donné trop. Je n'en voulais pas tant. Millénium a été saccagé par découpage à la tronçonneuse, Cashback a été lui torturé par écartèlement. Sans doute un einième dommage collatéral de tous ces spam qui incitent à "enlarge" à tort et à travers. Initialement, Cashback est en effet un excellent court métrage, une allégorie de la société de consommation, pleine de poésie, où l'individu cherche à transcender sa pauvre condition. Des employés de magasin, contraints d'être complices de clients se faisant baiser dans les supermarchés, cherchent à tromper leur ennui. Littéralement. Dépasser le temps, dépasser l'espace, telle est l'équation philosophique qu'ils cherchent à résoudre. L'art, le jeu en sont les variables d'ajustement. La traduction cinématographique qui en est faite est brillante.

Comme des gens de bon goût ont trouvé ce court métrage top super bien, Sean Ellis, son réalisateur, a voulu bien naïvement transformer le court en long. Seulement voilà, il en a fait une comédie romantique convenue et a même dénaturé le message original (quelle grave erreur de rendre tangible le "pouvoir" du personnage central...). D'accord, les deux petits jeunes sont mignons là, à flirter l'air de pas y toucher. Mais d'une peinture réaliste où la poésie était sublimée par son contraste avec le factuel du quotidien, on est allé vers un potache un peu forcé et un romantisme mielleux qui ont infiltré l'œuvre de toute part et ont failli la transformer en vulgaire teenage movie. On retrouve même Zahia dans la version longue ; ce qui prouve bien le caractère superflu de cette production allongée.

Ce n'est pas un hasard si l'affiche du film est tirée du projet d'origine. L'illustration d'une beauté glaciale mise à nue fait surtout sens par rapport aux éléments du court métrage. On notera au passage que ce type de promo passe comme une lettre à la poste alors que le symbolisme est quasi le même que celui utilisé par le tapageur Saez avec l'affiche de son dernier album. Saez, celui qui accuse, s'était fait lui illico censuré. Comme quoi, pour montrer des filles nues en train de faire les courses, il vaut mieux se faire nommer aux oscars plutôt que de jouer les provocateurs dans le métro.

Pour achever ce cri de révolte que je lance à nos frères opprimés par les sabotageurs cinématographiques, je vous propose de revenir aux fondamentaux et vous offre Cashback dans les meilleures conditions qui soient, c'est à dire en version courte originale sous titrée (certes, pour la qualité vidéo, mesquine ironie, le mieux est encore de se procurer le DVD du film pour mater les bonus) :



N.B. : en terme de massacre filmique, on peut faire aussi très simple et rester très efficace. Le doublage peut être une arme redoutable comme c'est le cas dans 30 ROCK qui en fait sacrément les frais (et dire que je pensais qu'on touchait le fond avec Millénium). Tina, en VF, tu es vraiment à côté de tes pompes. En VO, tu es parfaite.
Kylord @ 11/09/10 4 commentaires
  Non mais je rêve ou quoi ? 16 
* Attention Attention, les lignes qui vont suivre ont été exposées à de fortes turbulences en spoilers. Nous avons mis en place un système d'alerte pour vous mettre à l'abri, dans la mesure du possible, de fâcheuses révélations. Toutefois, si vous entreprenez la lecture de cet article, sachez que vous le faites à vos risques et périls *

Et voici le retour de Dicaprio... dans le même rôle que dans Shutter Island (coïncidence tout à fait "étrange", le DVD de ce dernier vient de sortir). La tête dans le guidon, obsédé par le passé, hanté par les souvenirs et miné par les problèmes de famille... Les composantes du personnage central de Inception sont les mêmes. La transition a du être assez aisée pour le petit père Caprio. Cela dit, j'interviens ici pour relativiser sa performance qui est encore encensée partout comme toujours. Ce n'est pas parce que les Matrix ont marqué le coup (de façon décroissante) que la prestation de Keanu Reeves est devenue pour autant une référence à copier. L'expression monobloc caractéristique est ainsi de mise chez DiCaprio comme elle l'était chez Keanu Reeves. Cette manie de froncer les sourcils et de faire un petit ride au milieu du front pour avoir l'air de faire des choses importantes m'apparait un peu facile. Cela étant dit, le personnage est ici marqué par la fuite en avant et le manque de discernement dans l'action ; ce qui convient là pas trop mal à Leonardo Dicaprio... en tout cas mieux que le rôle de schizophrène censé être psychologiquement très ambigu qu'il incarnait dans Shutter Island. Pour achever la comparaison avec le film de Scorsese, Inception joue de la même façon avec le spectateur en lui faisant douter de la réalité des faits en permanence. Et là aussi, jusqu'à la fin...(j'en profite pour appuyer la thèse concernant Shutter Island comme quoi la révélation finale comporte des ambiguités tout à fait volontaires).

Mais replaçons-nous dans le contexte d'Inception : faisons un petit plongeon dans un univers science-fictionnel où nous pourrions pénétrer dans les rêves d'autrui et habiter des subconscients étrangers. Cela se passerait un peu comme dans Matrix (décidemment) : on vous endort, on vous cable et pouf vous voilà téléporté dans un rêve avec d'autres gens. Cependant, ce n'est pas qu'une soupe inconsciente d'éléments incontrôlés mais la projection structurée d'un rêveur désigné. Si ce rêveur en question est super fort, il peut même devenir architecte du rêve et en contrôler la physique comme dans... Matrix. A partir de là, Dicaprio incarne un mec chargé d'aller voler des secrets industriels en piquant les idées des gens dans leurs rêves. Pas très fairplay. Pour d'obscurs motifs, il serait même tenté de faire l'opération inverse en leur inculquant des idées malgré eux. C'est ce qui s'appelle justement l'inception. Voilà qui est taquin.


"Haha je suis Leonardo Dicaprio et j'ai une petite idée derrière la tête"


La grande réussite du film est dans le ficelage du scénario et la magistralité de la mise en scène. Pour ces deux raisons, on peut déjà dire qu'il s'agit d'une oeuvre majeure de Christopher Nolan (il a plus qu'à faire acte d'espérance et se suicider). Cela en fait même une œuvre majeure du cinéma tout court. Je m'explique : l'intrigue se met en place progressivement en tissant peu à peu toutes les problématiques liées au principe des rêves pouvant être infiltrés et déconstruits. Le tout se déploie avec un déversement d'informations en bordel à tel point qu'on se sent totalement désorienté et on pense qu'on va rapidement perdre le fil. Ce sentiment est d'autant plus fort que les strates de narration sont multiples (il y a les informations des rêves et celles de la réalité). Pourtant, si des éléments échappent inévitablement, on se rend compte qu'on est pris irrémédiablement dans le jeu des rêves et que, finalement, on tient les grandes lignes. Peu importe les détails... enfin... cela n'est vrai que dans un premier temps seulement car j'ai fini par avoir l'étrange impression qu'ils étaient en fait la clé de l'histoire. Quêter les indices peut alors être l'objectif de nouveaux visionnages du flim. C'est très fort commercialement.

Au niveau du montage, Christopher Nolan est un peu de la même école que l'autre branque qui a réalisé 21 Grammes et Babel, Alejandro González Inárritu. Ces deux-là aiment découper leurs films dans tous les sens avec plein de niveaux de compréhension différents et c'est un sacré bordel qui irait jusqu'à paumer les acteurs eux-même que ça m'étonnerait pas. Bref, les sacs de noeuds inextricables, ils kiffent leur race ; ce qui d'ailleurs me les rend naturellement sympathiques. Christopher Nolan poursuit ici le délire entamé avec le tortueux mais néanmoins excellent Memento, à la différence près que le critère de difficulté pour suivre l'action ne se situe plus dans le découpage temporel (encore que) mais dans le découpage spatial ou, plutôt, pour être tout à fait exact, dans le découpage psychique car les différents lieux parcourus ne correspondent à vrai dire qu'aux différentes projections du subconscient. On pourra au passage noter justement le côté très terre-à-terre des rêves : même dans les abimes les plus reculées des songes, les décors sont assez convenus et sans véritable dépassement de la réalité comme on le vit tous dans nos délires oniriques les plus inavouables (enfin je ne fais qu'imaginer que ça peut être délirant chez la plupart des gens, j'ai jamais vérifié chez d'autres personnellement). Ce qui pouvait se justifier dans Matrix (les machines sans imagination ne pouvaient construire qu'une reproduction très basique du connu) l'est plus difficilement ici.


"Euh les mecs... j'ai pas lu le scénario, c'est gênant ?"


*********** WARNING ! SPOILER SPOTTED ! **************

Mais justement, comme Matrix, nous sommes dans la superproduction hollywoodienne et non plus dans la quête personnelle peinarde de Memento. Zyva que ça pète de partout. Une des façons de jouer le coup à fond a été notamment de symboliser la défense de l'esprit aux intrusions extérieures par des grands malades en kalashnikov, un peu comme les agents protecteurs de la Matrix, les monsieur Smith (je suis atteint d'une maladie grave, l'analogite aigue, qui me fait faire des comparaisons partout). Cependant, via ces procédés, à la manière de Matrix (encore), on pourra ainsi apprécier (ou pas si on méprise le peuple qui n'aime que les badaboum) cette méthode cherchant à amener le grand public sur des thèmes autrement plus sophistiqués que les conneries habituelles. Mine de rien, ce sont des questions fondamentales de philosophie qu'on évoque là : l'identité, bien sûr, avec la question de la vérité de la mémoire et des souvenirs qui la composent mais aussi, bien plus corsé, la profonde question métaphysique de la réalité de l'existence. La capacité de conscience dans les rêves ne ferait-elle pas tout relativiser jusqu'à la réalité elle même ? A partir du moment où on peut être conscient dans un rêve, qu'est ce qui diffère de la réalité ? N'y a t il pas tout simplement plusieurs plans de réalité ? C'est un coup à se mettre à douter de tout : d'abord de la vérité de l'histoire qui nous est montrée (le film ne raconte-il pas tout simplement un rêve ?), ensuite du rôle du cinéma dans la société en tant que mise en forme consciente de rêves de réalisateurs pour influer sur la réalité (le film "inception" n'est il pas lui-même une "inception" , zyva la mise en abime !), et enfin carrément de nous spectateurs vis-à-vis de la réalité de notre présence dans la salle (quelles sont les preuves de la réalité qui m'entoure ? comment m'en assurer ? zyva je vais devenir dingue). Ce sont des perspectives en cascade qui se dessinent.


*********** WARNING WARNING ! SPOILER INCOMING ! **************

Je n'ai pas encore parlé des personnages secondaires et ce n'est pas un hasard. Ce n'est pas tant qu'ils ne soient pas intéressants, c'est surtout qu'il ne s'agit que de faire-valoir au personnage principal. Ils sont tous là pour apporter une dimension spécifique à Cobb, l'expert en infiltration de rêves joué par DiCaprio. Ils ne sont pas traités en tant que personnage à part entière et j'ai la naïveté de croire que c'est tout à fait voulu car, fort de ce constat, il est m'est venu une grande théorie foireuse : l'histoire ne raconterait en vérité qu'un rêve même lorsque nous sommes supposés être dans la prétendue réalité. Outre la fin du flim qui veut clairement nous mettre la puce à l'oreille, regardons les comparses de Cobb. Sont-ils réels ? N'avez-vous pas remarqué qu'ils ne projettent jamais rien dans les rêves alors que Cobb le fait à la moindre occase ?

Regardons-y de plus près. D'abord, d'un côté, nous avons le taciturne Arthur qui agit toujours sobrement et logiquement ; de l'autre Eames, un créatif un poil sardonique. L'un s'oppose souvent à l'autre de manière assez tranchée. N'est-ce pas là une représentation schématique de la dualité raison/imagination ? Ces deux personnages ne seraient-ils pas en fait que des projections de Cobb ? On peut alors faire le parallèle avec Ariadne la jeune stagiaire qui débarque d'on-ne-sait-où : ne représenterait-elle pas l'innocence, l'enfant qui est en Cobb ? Celui qui est encore capable de s'émerveiller à la moindre découverte ? Et Saito ? Cet homme d'affaires qui se la raconte et qui va toujours droit au but, pragmatique, ne représente-il pas l'adulte en Cobb ? C'est d'ailleurs lorsque Saito va se blesser, lorsque la jeune Ariadne va prendre les commandes, que Cobb va trouver les ressources pour aller jusqu'au bout. A cela, on peut ajouter des petites réflexions censées être dans le réel comme celle du père de Cobb ("Reviens à la réalité", en s'adressant à Cobb) et remarquer aussi que Cobb se bloque entre deux murs dans les rues de la prétendue réelle Mombasa comme s'il cherchait à s'extraire d'un labyrinthe dans un rêve. Ces détails ont de quoi faire douter de la soi-disante réalité.


"T'as vu tous ces gros pâtés que je fais Marion ? Il est cool notre rêve non ?"


********** OULALA MEGA ALERTE ! GROS SPOILER JUSTE LA EN DESSOUS ! ************

Mais alors à qui ce rêve appartiendrait-il ? Là, c'est chaud. Peut-être faut-il aller voir du côté de l'énigme Mal, la femme de Cobb jouée par Marion Cotillard. On notera pour le coup une référence insistante à La Môme avec la récurrence de la chanson "Non, je ne regrette rien" (et faisant parti d'une bande son qui sert plutôt bien le film) C'est ce qui s'appelle rentabiliser un rôle. Mais ne serait-ce pas un indice ? Est ce que cela n'est pas un message adressé à Cobb depuis cette véritable réalité que l'on ne voit jamais ? Ce serait alors un message de Mal pour informer Cobb qu'elle ne regrette pas de s'être suicidée. Elle aurait eu ainsi raison ! A partir de cette interprétation, le film est totalement tragique.

Mais ce ne sont qu'hypothèses et il reste tant de questions en suspens. Je vais finir par me perdre dans les limbes de l'esprit alors je vais plutôt laisser la conclusion de cet article à Kyle, jeune habitant de South Park. Après tout, qu'ai-je de plus réel que lui ? Il est tout aussi légitime pour faire la chute.



Kylord @ 09/08/10 16 commentaires
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Des gens connus

Celui qui est un sale con

A la scène comme à la télé

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Quitte à promouvoir une nouvelle fois un pigiste de la chaîne cryptée, parlons du sale con Pierre Emmanuel Barré qui réalise la performance admirable de célébrer chaque facette de notre monde de merde. Economie, Société, Santé, Sport & Science, Art & Religion, Fait Divers et même Cuisine, tout y passe. Le tout à un rythme exceptionnel quasi-quotidien, même s'il faiblit parfois (il recycle ses chroniques comme par rapport à )


Celle qui est une pute comme les autres

(avec un album pour bientôt)

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Giedre a ouvert les yeux et s'est rendue à l'évidence : les filles sont toutes des putes. Cela tombe plutôt bien vu que les garçons sont tous des salauds (Causeur n'en a trouvé que 343 mais ils ont du mal compter). De fait, le projet visant l'abolition est ridicule. Mais demandons plutôt l'avis à 343 kékés de Sciences Po.


Celui qui kiffe la life

Elle est pas belle la vie ?

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Gaspard Proust, ce cartésien désabusé qui fait penser à Desproges ne serait-ce que par son usage du silence malicieux, n'en reste pas moins un amoureux de la grande aventure de la vie. A tel point qu'il vient le rappeler chaque semaine sur C+ (même si parfois avec quelque réserve). Rien d'étonnant que sa carrière d'acteur se distingue par une prestation lyrique dans l'amour dure 3 ans (du bouquin éponyme faut-il le rappeler).


Celle qui veut tourner la page sur la plage

Ah ouais trop fort le jeu de mot

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Pour oublier Boloss, son précédent attentat musical, Zaho essaie de tourner la page. Mais elle va pas s'en tirer comme ça. Ça serait trop facile. Et c'est pas en gambadant dans le sable que ça va s'arranger. Libre comme une mouette qu'elle dit... ouais c'est ça ouais.


Ceux qui sont bien dans l'ambiance

Vive La Fête en concert partout en Europe

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Vive la Fête Mi Amore, vive la Décadanse. Hé oui, y'a plus de sous alors y'a plus qu'à faire la fête avec Titi dans la forêt et puis c'est tout. Sisi, je t'assure, c'est la vérité. C'est même François Lenglet qui le dit et il est super balaise pour bien comprendre les graphiques.


* tous les people *