Quand on a envie de glander, aller voir un film sur la glande, c'est un peu le combo suprême. C'est le paroxysme de la fainéantise élevée au rang de chef d'oeuvre artistique. C'est l'état végétatif dans toute sa splendeur. C'est trouver de la spiritualité dans l'inaction la plus totale. C'est tranquille quoi.
C'est dans cet état d'esprit qu'on va fatalement voir Les Barons, une attitude qui est largement suggérée par le facétieux chapeau "glander plus pour vivre plus". On se dit alors qu'on va avoir une version filmée en vrai des Lascars (pas la plus mauvaise vitrine qui puisse être).
Et pourtant, tout est beaucoup plus compliqué qu'un simple détournement de slogan sarkozyste. Déjà, c'est un film belge sur des arabes. Déjà, c'est louche. Faire travailler des empaffés pareils ensemble, ça peut faire que des problèmes. Bon, si y'en avait qu'un, ça irait. Mais là, y'en a carrément quatre à l'écran. C'est même pas Jamel, et encore moins Zidane, donc je t'explique pas le merdier.
Au début, c'est bon enfant. On rigole bien avec la glande et il y a même des purs effets spéciaux pour qu'on puisse se contenter dans notre quiétude béate. En gros, c'est ce à quoi on s'attend si on s'est un tant soi peu attardé sur les teasers à droite à gauche. C'est plein de petits gags idiots avec Julien Courbey qui fait le C3-PO de la bande (ne me parlez pas de Jar Jar Binks, rien à voir). L'obsession du gus est en effet de se faire accepter parmi les barons (même s'il n'a aucune idée de la raison de la chose).
Mais on va voir ensuite que le réalisateur est très pervers car il a caché un autre film derrière ces pantalonnades. Petit à petit l'ambiance va se densifier. D'abord, le héros Hassan va se poser des questions existentielles (alors les arabes auraient une conscience ? Vlà autre chose). Il va être confronté à ses aspirations profondes, le poids des traditions familiales, son estime personnelle.... oula mais, c'est quoi ce délire ? Serait ce donc un vieux film moralisateur ?... Hé bien parfois, on flirte sur le terrain mais là n'est pas le propos essentiel. C'est d'abord un film qui s'en prend au déterminisme. Le sujet est incarné par les confrontations fraternelles qui vont se produire au sein de la bande, chacun étant tiraillé entre un conformisme ancré dans les moeurs et une envie de se faire plez'.
Et Hassan, c'est quoi son trip à lui ? Ben c'est de faire marrer les gens. Ohoh, vous le voyez là le parallèle avec le Jamel Comedy Club ? Dépasser sa condition par le lolage, ça vous parle ? Une fois de plus, tout a une raison. Outre Edouard Baer étonnamment à l'aise en gérant blasé de cabaret de quartier, on retrouve en effet Amelle Chahbi au casting. Comme de par hasard, cette pro de la pose R&B a sévi maintes fois dans le Jamel Comedy Club (et hop, ça nous fait une mise en abime). Pour Hassan, la demoiselle est justement le symbole de la défiance faite au déterminisme. Embarquée dans une histoire d'amour impossible, elle va le provoquer dans ses certitudes. Et c'est vraiment trop mimi.
Les Barons s'affiche ainsi comme un petit film tranquille et pourtant, mine de rien, il aborde des grands sujets peinard. C'est la classe. Il y a bien des passages bidons mais le ton de ce genre de film donne l'avantage de pouvoir faire croire que c'est toujours voulu.
Alors je sais pas pourquoi, mais j'ai eu envie de chroniquer le dernier album de Lofofora et leur "Mémoire de singes". Peut être que l'idée m'est venue au souvenir du clip éponyme qui symbolise tout cela : une atmosphère de fin du monde dans une urgence chaotique avec quand même cette consolation de pauvre fou d'en avoir bien profité et de finir dans un grand show apocalyptique.
Et puis, j'avais loupé la chronique à la sortie et c'est vraiment nul de ma part. C'est d'autant plus vrai que cet album est une synthèse. Oui, je vais encore vous refaire le coup du groupe qui fait son bilan et renoue avec ses origines pour les transcender. Mine de rien, comme Liebe ist fur alle da pour Rammstein, Mémoire de singes est le 6ème album pour Lofofora. De là à développer une théorie fumeuse du 6ème album, il n'y a qu'un pas que je ne sauterai pas pour ne pas faire le chroniqueur vaniteux (même si c'est déjà trop tard).
Mais c'est que j'ai aussi des arguments. On a de tout ce qui fait Lofo dans Mémoire de Singes : la révolte du premier album, la claque de Peuh !, la désespérance de Dur Comme Fer, le fond et la forme de Le Fond et la Forme (hun hun) et le punk de Les Choses qui nous dérangent.
Rappelez-vous !
Chez Lofo, le premier morceau a toujours annoncé le ton. Sur Lofofora, le premier morceau Holiday in France marquait le ton adolescent. Sur Peuh !, Jazz Trash Assassin indiquait la claque à venir (j'insiste mais cet album reste une claque même à la 492329312ème écoute). Au secours annonçait l'âpreté de Dur comme Fer. Le posé premier morceau du Fond et la Forme soulignait la nouvelle production et la tangente qui avait été prise. Les Choses qui nous dérangent de l'album du même nom imprimait bien quant à lui la tonalité punk voulue. Là, Mémoire de Singes rassemble le tout avec un sentiment de détresse et de tension aiguë supplémentaire. Il s'agit bien de "Mémoire".
Lofofora renoue donc avec ses classiques. La religion et le nationalisme auront droit à leur crochet du droit en bonne et due forme. Cela sera Dernier Jugement pour la religion (le jugement dernier ? on appréciera la petite connotation apocalyptique pour assaisonner le tout) et Tricolore pour décrier les turpitudes patriotiques. Dans ce dernier morceau, il y a une petite facétie du chanteur Reuno. Il cite Einstein dans ses paroles avec comme une sorte d'étonnement. On ressent un peu la surprise du gars qui s'est retrouvé dans les propos d'un individu qu'il estimait a priori à milles lieues de lui de par son statut de génie scientifique (et aussi de par sa coiffure).
Rappelez-vous !
Concernant le principe religieux, cela fait longtemps que Lofo a pris ses distances. Dès le premier album éponyme, Reuno chantait "Arrêtez de croire aux divinités puissantes qui détiennent le pouvoir" dans Irie Style. Quant aux nationalismes xénophobes, Amnes History sur Peuh ! a fait figure d'avant garde sur le sujet mais ce n'est que récemment que Lofo y va franchement comme dans Aveugle et Sourd sur Les Choses qui nous dérangent.
Mais ce qui frappe surtout, ce sont la tension et l'écriture qui nous évoquent puissamment Dur comme Fer. Le bourrin Comme des bêtes, le génialissime et électrique Tous les Mêmes sont autant de morceaux qui rappellent furieusement Les Gens ou Au Secours. Le rapprochement est d'autant plus net qu'on retrouve la même contradiction que celle de Dur Comme Fer : à ces textes rêches et mordants, Reuno pose d'autres paroles aux antipodes comme sur Nous Autres ou Trop qui font l'éloge d'une possibilité d'évasion aux sombres décors précédemment décrits. On avait un grand écart similaire sur Dur comme Fer avec Weedo et PMGBO.
Rappelez-vous !
Il y a beaucoup de points de ressemblance dans les textes avec Dur comme Fer. C'est le cas avec La Belle Vie (une sorte de détournement de Plus belle la vie... hum hum). Le propos fait penser à Rêve et crève en démocratie. A l'époque, Reuno décrivait l'existence difficile d'un homme ayant quitté son pays pour venir en occident. Aujourd'hui, Reuno raconte le parcours calamiteux d'une femme aussi expatriée dans le rêve d'une vie meilleure. C'est la même histoire d'espoirs déçus avec peut être encore plus d'amertume qu'avant.
Mais cela serait bien triste si l'album n'était qu'une recompilation du passé même si habilement réalisée. On a heureusement de nouvelles choses. La première la plus stupéfiante (et pour cause... si vous voyez déjà ce que je veux dire) est cette franche fronde rigolarde envers le monde du travail. King Ju des Stupeflip est invité pour l'occasion dans un véritable défouloir sur Torture. C'est un peu bétasson mais qu'est ce que c'est bon ! Lofo fait preuve du même humour lapidaire sur Employé du Mois qui peut s'écouter avec délectation après tout entretien foireux en entreprise. Pour la petite histoire, le stupéfiant King Ju des Stupeflip a aussi réalisé la jaquette de l'album ; ce qui explique pourquoi Lofofora s'est détaché de ses habituelles pochettes en sobriété à la Daft Punk. On peut dire qu'il a bien servi l'affaire en termes d'avant goût d'apocalypse.
Depuis Le Fond et la Forme, Lofofora est un groupe qui s'offre aussi à l'intime. Il consacre ainsi la fin de l'album à des textes plus intérieurs. Dans Nuit Blanche, Reuno s'attache à garder une dimension poétique malgré la musique toujours aussi chargée d'énergie métale. Peut être que ce contexte lui sert à y "voir toujours mieux qu'en plein jour". Sur 5h43, il s'inscrit là dans une fiction en hommage à son ami Sarkozy (la prophétie annoncée du 6 mai 2008 ne s'est visiblement pas accomplie puisque Reuno est toujours en liberté). A l'image du discours existentiel, la musique est alors plus torturée, moins frontale que les premiers morceaux.
Mais je ne finirai pas cet article sans vous parler du point d'orgue de l'album qu'est le titre Nobody's Perfect. Tiens, voilà de l'anglais qui pointe son nez. Je vous parlais de Rammstein au début de cet article et justement, comme Rammstein, Lofofora joue aussi d'ironie avec l'anglais. Quand Reuno dit que "personne n'est parfait", c'est un sacré euphémisme. Il s'en prend là au déterminisme avec une amertume jamais vue auparavant : "Chacun sa caste ! Tous dans la secte !". Et de rajouter : "Puisqu'on s'y fait, soyons heureux ! Vivons cachés ! Même un jour sur deux !". Le passé nous montre que le parallèle que je fais avec Rammstein et l'anglais n'arrive pas fortuitement. Lofofora n'attaquait-il pas frontalement les USA dans Nouveau Monde tandis que Rammstein s'en est occupé avec Amerika ? "Toutatuneraison", comme me disait un grand ami philosophe.
Avatar sur ton téléphone, avatar dans ton verre, avatar sur ton écran, avatar ta gueule à la récré... Avatar partout. Dans ces conditions, analyser le film en dehors de tout trafic d'influences et sans réflexe réactionnaire à la pression mercantile est un challenge de haute volée. Mais fort de mon impétuosité arrogante, je vais tout de même le relever. Pour toi lecteur chéri (maintenant qu'on se tutoie, tu me permets cette familiarité ?).
Puisqu'on parle de la force marketing accompagnant le film, évoquons d'abord cette première contradiction : pas la peine de chercher midi à quatorze heures pour comprendre que le film se veut le défenseur d'une société en paix avec sa nature environnante, aux dimensions raisonnables et qui respecte des valeurs traditionnelles et ancestrales dans le cadre d'une communion collective pour ne pas dire tribale. Bref : c'est tout l'opposé même des énergies commerciales mises au service des prouesses technologiques du film et de sa distribution. La grande question qui se pose alors est la suivante : sans déconner, est ce que le message est recevable ? Est ce qu'on peut prétendre quelque chose en étant tout le contraire ? Après tout, c'est ce que font les politiques depuis la nuit des temps, me dirait le premier cynique désabusé. Sans contredire le cynique, il est bon de se rappeler qu'un message ne vaut intrinsèquement rien. Il ne vaut que si on sait qui le dit, dans quel contexte et pourquoi il le dit. Il y a donc de quoi rester dubitatif face au message d'Avatar. On s'en passera donc volontiers pour la suite.
Concernant le récit et ses rebondissements, le décor de science-fiction ne nous masque pas la fatale vérité : il s'agit bien d'une sorte d'histoire de Pocahontas moderne (ou de Danse avec les loups si vous aimez bien Kevin Costner). Un bourrin de marine débarque sur une planète qu'il ne connait ni d'Eve ni d'Adam. Il déboule alors chez les indigènes du coin avec ses grosse boots pour petit à petit sombrer sous le charme de l'exotisme de ses hôtes. Puis il finit par défendre leur cause alors qu'il n'était au départ ni plus ni moins qu'un des facteurs déclencheurs de leur déchéance. Pour la petite parenthèse people, le marine est joué par Sam Worthington, un nouveau prétendant aux rôles bourrins qui monte. On l'avait déjà vu dans Terminator : Renaissance où, comme de par hasard, il incarnait déjà un mec qui avait le cul entre deux chaises
L'analogie avec le tragique destin des amérindiens est donc assez évident. Vu comment le film est très édulcoré, cela fait un peu opération "rachat de conscience" mais il y a de quoi avoir des doutes quant à la crédibilité de l'affaire (Y aurait-il un début de tendance du cinéma américain à faire mine de réécrire l'histoire ? Dans le genre, Tarantino se faisait carrément plaisir avec Inglorious Basterds). Par dessus cette trame de fond, Avatar nous ajoute un grand classique de rivalités à l'hollywoodienne : les gentils scientifiques vs les méchants militaires. Le manichéisme est assez violent pour le coup et le grand méchant semble tout droit sortir de "debout les zouzous" (ou un truc du genre).
Je suis très critique jusqu'ici et, pourtant, l'immersion dans Avatar fonctionne à merveille. Si l'histoire est attendue, l'énergie consacrée à la mettre en scène est assez ouf et on est pris dans l'aventure malgré des séquences aux clichés éculés (le capitaliste cupide, la scientifique obstinée...). Lorsque le spectacle est en 3D, il va sans dire que c'est terriblement efficace et cela offre même le luxe de faire taire le vacarme de la plèbe tant le public en salle se fait happer par le film.
Il faut cependant que j'explique le titre de cet article tout comme celui du film. Si le déroulement de l'histoire est bien prévisible, il reste une spécificité : c'est l'avatar. Pour approcher la population locale et être acceptés, les protagonistes humains utilisent des enveloppes corporelles indigènes qu'ils commandent par influx nerveux depuis une cabine. En gros, ils restent couchés chez eux pendant qu'ils contrôlent un avatar qui sauve le monde. L'analogie avec les MMORPG est toute trouvée (avec tout de même la "légère" nuance que l'avatar est bien réel). Elle s'avère fort bienvenue pour le film en ces temps de succès des jeux en ligne massivement multijoueur. C'est encore sans parler de l'esthétique très stylée jeux vidéos.
Tout amateur de MMORPG peut être d'autant plus interpellé que le film délivre un message inédit par rapport au fait de contrôler un autre individu que soi : finirait-on par devenir celui qu'on incarne quitte à délaisser son identité passée ? Avatar choisit sa ligne. Elle est tout l'inverse d'un autre film récent sur le sujet, Clones, où Bruce Willis mettait fin au règne des machines qui faisaient office d'enveloppes corporelles prêtes à l'emploi pour les citoyens. Ces avatars étaient là dénommés de façon plus péjorative : il s'agissait de "clones". Le film de James Cameron explose tous les chiffres et on doit se taper 15h de queue dans le froid pour le voir. L'autre a fait un flop même pas retentissant avec un Bruce Willis pas très convaincant. L'humanité a-t-elle déjà choisi son camp ?
Suivre l’actualité quotidienne au petit bonheur la chance, être à l’affut de scoops (ou être capables d’en inventer), se constituer un background (prononcer « bakgräwounedeu ») de compétences d’enfumette en tout genre, traverser l’Alaska à pied : bien des épreuves attendent le journaliste total. Son objectif, sa mission, qu’il ne perd jamais de vue, est de parvenir à publier un article qui sera l’osmose parfaite entre théories foireuses et humour de merde. Mais parfois, en dépit d’une déontologie marqué au fer rouge dans son cervelet, il commettra l’impensable : il donnera des éléments d’information (mais bien heureusement totalement inintéressants dans la plupart des cas).
Comment le journaliste total en arrive-t-il là ? comment peut il finir par dévier de ses convictions bornées ? Le peuple a le droit de se poser la question.
Il se trouve que l'interrogation tombe d'autant plus à pic que la rédaction souffre d'un collectif en perte de vitesse pour ne pas dire défaillant. Earl Mayer a disparu à l'étranger pour un motif un peu confus (il serait question d'adopter des wekas), I_am_I n'est pas arrivé au bout de son grand post de 2008 (ce qui, aux prémices de 2010, est fâcheux), Bordel est un peu désorganisée (mais fallait s'y attendre un peu pour une zombie); quant à Dunn, il reste sans doute l'élément le plus efficace dans son domaine, la production de rien, même si nous avons pu assister à quelques accidents bienvenus.
Pour comprendre la situation, j’ai donc commencé à fouiller dans tous ces papiers qui n’ont jamais vu le jour. Tous ces embryons d’article qui pour de sombres raisons demeurées incomprises (« oh il neige, je vais gambader dans les flocons», « je crois que j’ai trop bu… oula….beu *censuré* », « j’écris vraiment de la merde laisse tomber quoi »…) n’ont jamais été diffusées sur ce site. J'ai ainsi parcouru des tas de dossiers empilés, j'ai erré dans les archives, j'ai fouiné dans les poubelles. Oui, lecteur, je vais te révéler l’envers du décor. Oui, lecteur, place aux révélations grandiloquentes, aux paroles perfides, aux médisances encensées et aux sales coups de pute applaudis.
Prenons cette ébauche retrouvée que je tiens présentement dans mes mains (pas du tout en fait, mais mettons nous en situation voulez-vous). Cette chronique faillit éclore un beau jour et puis non finalement parce que voilà (le journaliste total ne cherche même pas d’excuse, il est au-dessus de ça).
Il s’agissait d’un article sur un flim : Suicide Club. Voilà qui vient à point après La Route. Sans oublier que cela tombe aussi à pic en cette période de pointe de l'activité post nouvel an (je sais, je suis atroce).
L’auteur de la chronique, mystérieux personnage se dissimulant sous le pseudo d’I_am_I, l'avait judicieusement intitulée « Fight Suicide Club ». On voit déjà un principe récurrent du journaliste total : étaler ses quelques références de partout pour se la péter à mort. Mais rentrons sans plus tarder dans le vif de cet article inachevé tel qu'il a été écrit par son illustre rédacteur à l'époque (je me permettrai quelques remarques en italique au fur et à mesure dans un souci de décryptage du travail du journaliste total) :
Fight Suicide Club
Enfin un thème vraiment tendance sur mdm, le suicide. Quoi t’es pas encore suicidé ? Pauvre vieux pense un peu à soigner ta hypitude ! Venir te cultiver un peu auprès de l’élite sur monde de merde c’est bien, mais ça ne suffit pas. Un suicide réussi t’ouvrira les portes du show business…
Au moment où l’auteur écrit ces phrases, il ne sait pas à quel point sa clairvoyance tombe juste et était le présage d’un battage médiatique qui allait faire du suicide une banale actualité.
Sinon au pire tu peux mater suicide club. Tiens ça tombe bien ça me fait penser que je l’ai regardé pas plus tard que l’autre soir. Bon, j’ai rien compris. Est-ce que ça va m’empêcher d’en parler? Oui.
Ce passage dénote un grand déséquilibre mental chez son auteur. Vous pourrez noter en effet que le sujet se prétend dans l'incapacité de parler alors que c'est justement ce qu'il est en train de faire. Moi je pense que c'est un ouf. Un ouf malade.
Non en fait, je suis un ouf malade moi. C’est peut-être même pour ça que j’ai envie d’en parler. A chacun sa passion, la mienne c’est de passer pour un con.
Ah, au moins, on est d'accord sur un truc.
Un film bien obscur donc. Genre David lynch à coté, c’est limpide. Enfin j’exagère. Je suis quelqu’un qui exagère. D’ailleurs, il s’agit d’un film japonais, ce qui n’arrange rien pour l’occidental moyen. Bien des aspects du flim ont pu m’échapper pour cause de profondes divergences culturelles.
Ce paragraphe est un des plus cohérents qu'il nous sera donné de voir dans ces lignes. Je vous prie d'apprécier ce moment de grâce en respectant 1 minute de silence.
Un film certes bien foireux par certains aspects, mais aussi touchés par de grands moments de grâce…
(ou suicide circle dans lointain pays d’origine), c’est avant tout un titre qui a de la gueule.
Le moment de grâce aura été de courte durée. Ces deux lignes ressemblent à un melting pot de remarques qui n’ont pas été menées à bout. C'est dommage car
Le japon est secoué par des vagues de suicides collectifs irrationnels. Les flics sont sur le coup mais ils sont un peu paumés. Ils trouvent des sacs de sport plein de lambeaux de peau humaine sur les lieux. On peut y voir une sorte d’analyse de la société japonaise (l’effet mouton, d’ailleurs les plus touchés sont les influençables lycéens).
A chaque fois traîne sur les lieux du drame un sac de sport blanc. A l'intérieur, une longue bandelette constituée de lambeaux de peau mis bout à bout. Tout porte à croire qu'il s'agit de suicides collectifs. Mais les victimes ne se connaissent pas et les flics se perdent en conjectures.
Les deux paragraphes ci-dessus sont à peu de choses près les mêmes mais ordonnés différemment. Nous sommes en train de nous rendre compte de l'exigence intellectuelle du journaliste total qui étudie toutes les possibilités envisageables de formulation de sa pensée afin de publier le meilleur de lui même.
Quelques moments d’anthologie (les lycéens qui sautent du toit du main dans la main sur un coup
Là , le journaliste est allé se chercher un café. Drame fatal pour la cohérence de l’article car la parenthèse demeurera à jamais ouverte.
Soyons clair, moi, j’ai à moitié rien capté.
Drôle de mise en abime, car c’est un peu l’effet qu’on ressent quand on lit les bribes de cet article.
Merci de m’éclairer dans les commentaires ceux qui l’ont vu (c’est la raison qui me pousse à faire cette chronique). A la fois un thriller (des suicides apparemment liés à un site web, des sacs de sport rempli de lambeaux de peau humaine, et des flics perdus)
(pas tout pigé)
Là, le journaliste insiste bien qu’il ne comprend rien. Je sais pas si c’est moi mais le mystère s’épaissit. Concédons que cette démarche de solliciter le lectorat pour trouver réponse à ses propres questions est inédite et aurait fait date dans l'histoire du journalimse.
Un genre de thriller, délicatement parsemé de scènes insoutenables dont on se demande si elles sont bien à leur place (aaaaah nan pas la meuf qui se coupe le bras, non sérieusement un conseil, ne regardez jamais ce flim)
Voilà une preuve, s'il y en avait encore besoin, que le journaliste total est prêt à tous les sacrifices pour accomplir son devoir d'information.
Un film tout de même dérangeant, certaines scènes sont vraiment gores (surtout lorsqu’elles sont accompagnées d’une musique onirique) font mouche, dans le sens insoutenable. (Moi le film je l’ai regardé en 2 fois, une scène en particulier m’a un peu traumatisé. Sûrement un traumatisme enfoui de mon enfance. Alors oui c’est glauque, mais en même temps
En même temps quoi ? On ne saura jamais. Lire cette ébauche est un véritable travail de résistance à la frustration.
De l’horreur, vraiment, qui fait dans la bidoche collée aux murs, pas dans le psychologique. Parfois vraiment peu ragoûtant… Alors je sais ce que tu te dis, ami lecteur, ‘est ce que je dois regarder suicide club ou pas alors ?’. Boah j’en sais rien moi. T’as de ces questions franchement.
Tout ça pour ça.... Après coup, on réalisera que ces phrases sont la conclusion de l’article. Étrangement, elles apparaissent ici, en plein milieu de la chronique. Elles sont cependant un signe que le journaliste est en proie au découragement... le premier signe du destin tragique de l'ébauche...
Dérangeant aussi, cette manie qu’a le réalisateur de passer du 1er degré le plus tragique au second degré burlesque. Notamment cette scène où les horribles punks pervers sortent la guitare et nous offrent une bien jolie chanson (Impossible de ne pas penser au Rocky Horror Picture show) Parait que le réalisateur a tourné un porno gay. Ça se tient.
Alors que le reporter I_am_I arrivait au bout de son article, on se rend compte qu'il lui restait des anecdotes à placer. Mais il n’a vraisemblablement pas envie de chercher à les replacer l'air de rien dans le corps de l'article. Alors il les laisse à la fin pour maintenir l’architecture déstructurée de l’ensemble. C'est du journalisme total.
En fait, il s'agit peut-être d'une espèce de socio-analyse sur le problème des suicides au Japon. C'est gore, il y a une trame de thriller derrière, des passages à prendre au second degré et une ambiance malsaine, si bien qu'au final on se demande un peu quel est le message que le réalisateur voulait faire passer.
Voici une deuxième conclusion (qu’en conclure sur l’auteur ? qu’il aime bien conclure ?)
Il ne s'agit pas non plus ici de faire de ce site un lieu de rencontre pour futurs suicidés. De toute façon, en matière de suicide, les japonais sont les meilleurs. Leur expérience leur donne un avantage certain, toute concurrence serait ridicule.
Enfin, pour terminer l'article, on sent hélas le journaliste vraiment en banqueroute car ces quelques lignes sont en fait extraites d'un autre article, le tout premier paru sur MdM. Oui, c'est du vol et du plagiat. Cela étant dit, on ne sait pas vraiment précisément quel était le but de cette copie si ce n'est de combler de façon complètement désordonné un article qui n'en demandait pas tant. On remarquera toutefois que ce cross-over conclut simultanément l'article sur le film et notre enquête sur les coulisses du journalisme au sein de la rédaction de mondedemerde.net. Voilà qui est opportun. A vous les studios.
Voilà le message de fin d'année : l'amour est là pour tous. C'est beau. En tout cas, c'est ce que dit Rammstein avec Liebe ist für alle da. Cette revendication de leur sixième album a le mérite de détonner dans le paysage mercantile de Noël.
Mais que vaut ce dernier album des six allemands ?
Hé bien, après le mélancolique Rosenrot, ils signent là un opus en force avec un retour à l'énergie en bloc qui fait penser à leurs débuts. Le prélude Rammlied, l'éponyme Liebe ist für alle da, l'excellent Waidmanns Heil, le moins bon Mehr et l'étrange B******* sont autant de morceaux qui déménagent carrément, riffs saignant à l'appui. Saignant me semble le mot adéquat surtout lorsqu'on pense à la pochette mettant en scène les bouchers de Rammstein autour d'un cadavre. Tout premier degré serait mal placé mais, visiblement, c'est l'Allemagne qui a le plus de mal à appréhender la chose car c'est elle qui les censure tout particulièrement (mais tout ceci a une logique : s'il y a provoc, c'est qu'il y a une gène à provoquer.... et s'il y a gène, c'est qu'il y aura forcément censure...).
En tout cas, les rockeurs aiment décidément bien festoyer autour d'un bon steak humain. On se rappellera le clip Sick Sick Sick des Queens of the Stone Age qui donnaient lieu aussi à un joli banquet du genre (mais là c'étaient eux qui se faisaient bouffer). Cela fait toujours une suggestion d'idée pour le repas de Noël.
Dans une démarche plus introspective, le groupe se penche particulièrement sur son propre cas dans cet album. Cela fait penser à l'étape Take a look in the Mirror chez Korn (et je ne dis pas ça uniquement pour ressortir mes vieilles chroniques). Il y a bien sûr le punchy Rammlied qui fédère les membres dans leur quête musicale. Mais il y a aussi le moins évident Haifisch, superbement original et intéressant à décrypter. Aux sonorités Dépeche Modienne (sisi), le chanteur Tidd Lidemann use et abuse de métaphores pour évoquer les états d'âme de lui et ses comparses dans leur parcours existentiel d'artistes. Par exemple, il parlera de "6 coeurs qui brûlent" comme les 6 membres du groupe... mais aussi comme les 6 albums qu'ils ont sorti jusque là. En partant de cette vision, on peut alors s'attarder sur le refrain :
Und der Haifisch der hat Tränen
Et le requin a des larmes
Und die laufen vom Gesicht
Qui coulent de son visage
Doch der Haifisch lebt im Wasser
Mais le requin vit dans l'eau
So die Tränen sieht man nicht
Aussi les larmes ne se voient pas.
Avec un peu d'imagination, le "requin", c'est la provoque de Rammstein, qui revêt des dehors agressifs, et "les larmes qu'on ne voit pas", ce sont celles des clowns tristes que sont les membres du groupe. C'est très psychologique.
Mais recentrons-nous sur la musique car elle mérite bien aussi notre intérêt. Comme je le disais, Rammstein revient à des valeurs sûres de riffs énergiques. Waidmanns Heil ou Rammlied constituent des piliers de l'album avec des lancements dignes de Links à l'époque de Mutter. Cela, Rammstein le fait tout en continuant à développer leur tryptique à succès : solennité, puissance et contrôle. Ich Tu Dir Weh en est une belle illustration et le groupe ne s'y est pas trompé en choisissant le morceau pour en faire leur deuxième clip.
A propos de clip... cela m'amène au premier sorti qui a fait son petit buzz. C'est en effet Pussy qui a été choisi. L'habillage du titre (ou plutôt son déshabillage) est plutôt explicite à l'instar du sens des paroles. Mais justement : AMES PRUDES S'ABSTENIR ! NE REGARDER PAS LE CLIP PUSSY ! OLALA NON C'EST CHOQUANT ! NE SURTOUT PAS REGARDER !... c'est bon ? tout le monde a vu ? J'en fais des caisses mais le clip mis à disposition ici est bien censuré. En plus, la qualité de la vidéo est dégueulasse, son y compris (ne vous perdez pas en conjectures sur la baisse de la qualité de production chez Rammstein).
En concert, lors de leurs mégashows, Pussy permet au groupe de montrer à quel point il est content de voir son public. Cela devient particulièrement intéressant quand tout le monde se met à chanter "You've got a pussy, I have a dick, so what's the problem ? Let's do it quick".
Ce ton employé dans Pussy rappelle fortement l'ironie d'Amerika de l'excellent album Reise, Reise. On remarquera pour le coup que le groupe utilise l'anglais quand il se veut terriblement ironique ; ce qui peut faire penser à de la défiance vis-à-vis de la culture anglo-saxonne. Cette correspondance de ton avec une langue n'est pas propre à la langue de Shakespeare. Le français a aussi sa part belle. Mais autant pour l'anglais il s'agit d'ironie, autant pour le français il s'agit de faire dans la dramatique romantique. Dans Liebe ist für alle da, il y a tout un morceau dédié à une romance parisienne, Frühling In Paris avec des vrais bouts de français dedans. C'est quasi du mélo. On se souviendra que le français avait été utilisé dans une même veine sur Reise, Reise avec Amour. Voilà ce que nous, français, symbolisons aux yeux de Rammstein. La dramatique romantique. C'est émouvant.
Rammstein ne parle pas cependant d'amour qu'à la française. Dans Liebe ist für alle da, il en est aussi question en version 100% allemande. De façon prévisible, c'est alors plus carré mais il n'empêche que Tidd Lindemann ne sait pas trop ce qu'il raconte. Un coup, y'a de l'amour pour lui. Un coup, y'en a plus. Il est pas très clair.
Au final, ce nouvel album de Rammstein est quand même un peu court et il y a bien quelques morceaux de moindre saveur. Par exemple, Mehr n'est pas spécialement brillant musicalement même si les paroles ont une portée intéressante puisqu'elles décrivent ce besoin d'en vouloir toujours plus (dans quelle mesure s'agit il d'amour ici ? hm hm...). Mais globalement, le tout est une bonne surprise particulièrement si on s'attendait à du trop réchauffé. Entièrement dédié aux multiples voies que prend l'amour, il en évoque même certaines formes inédites comme celle employée par Joseph Fritzl (pour ceux qui resituent le bonhomme...) et dont il est fait allusion dans Wiener Blut.
En hommage à la féérie des fêtes de fin d'année, Rammstein nous envoie même un ange de Noël....
Attention, article qui dévoile pas mal de trucs mais c'est con si tu le lis pas, tu vas rater tous les trucs super intéressants que je dis (hé ouais je te tutoie maintenant tavu, c'est moderne).
Voilà une nouvelle adaptation de bouquin, celui du même nom : La Route de l'amerloque Cormac Mc Carthy (auteur déjà adapté avec le pas dégueu No Country For Old Men). Cette fois, j'ai vu le film, mais pas lu le livre. Je n'ai pas trop de scrupules à faire les choses dans cet ordre car tout portait à croire que l'œuvre était très orienté sur l'ambiance (rien à voir avec un polar et son importance du fait). Parfait pour une transposition réussie sur grand écran et au vu de quelques critiques glanées à droite à gauche, la transposition l'était, réussie.
Alors quid de l'histoire ? C'est un père et son fils débarqués dans un univers apocalyptique. C'est vraisemblablement la suite logique à 2012 (mais je n'irai pas voir cette immense entreprise de racolage actif, j'en fais le serment ici même). La seule chose qui leur reste, c'est un infime espoir de survivre et ils vont tacher de s'y accrocher.
Les œuvres qui font giga réfléchir sur la condition humaine, vous savez, j'adore ça. Avec La Route, j'ai bien pris mon pied. Outre les conneries habituelles "la famille c'est important" et "on est rien sans pétrole", il y a trois grands thèmes bien particuliers qui sont développés avec subtilité tout au long du film. Un deux trois, les voilà :
- D'abord, l'affrontement entre la réalité vécue et l'idéalisme utopique. C'est le père qui incarne le principe de réalité en rappelant constamment sa famille aux préceptes de survie. Le comble est qu'il cultive un look à la Jésus : la barbe fine, les yeux clairs, la maigreur provoquée par la faim. C'est tout au plus une version un peu plus musclée. Mais ce parallèle avec le fils de Dieu est sans doute voulu : le père développe un sens aigüe du sacrifice. Avec un peu d'imagination, on retrouve même la scène du banquet. De l'autre côté, le gamin incarne l'idéalisme. Le comble est que son paternel le compare à Dieu. Le père a donné la vie au gamin mais c'est le gamin qui donne vie au père en tant que représentant divin sur terre (putain c'est beau ce que je dis). Mais tout n'est pas si simple. Si du gamin rejaillit un idéalisme forcené, c'est parce qu'il est d'abord initié par son père (genre tu 'ois, la métaphore de Jésus qui rachète les hommes au yeux de Dieu).
- L'autre thème, c'est la paranoïa. Dans un tel monde de merde, tout le monde se suspecte en permanence. Chacun voit en l'autre un survivant prêt à tout pour repousser l'échéance de son dernier soupir. Dès lors, c'est un beau merdier plein d'enculés, entre Mad Max et La Nuit des Morts-vivants. Dans ce contexte, le rapport gamin idéaliste/père réaliste prend toute son ampleur. Ils vont être sans cesse en confrontation :
Le gamin : "mais le monsieur il a faim, faut l'aider, c'est trop triste"
Le père : "à quoi ca sert de donner à manger à un gros enculé ???!!"
Mais ce qui est intéressant aussi, c'est la perte de lucidité engendrée par cette paranoïa exacerbée. Le film donne de belles illustrations qui montrent comment parfois la paranoïa peut rendre très con. Paradoxalement, il montre aussi qu'elle peut sauver la vie.... c'est tout le dualisme de l'existence (ce film fait vraiment giga réfléchir). Un exemple très révélateur est l'impression qu'ont la plupart des survivants d'être suivis en permanence : la question "pourquoi vous me suivez ?" posée à tort et à travers à la moindre personne qui apparait donne un caractère absurde aux rencontres. Le comble veut que les seules personnes qui en suivaient d'autres étaient en fait bienveillantes.
- Le troisième thème, c'est la légitimité du suicide. Il y a tout un débat latent sur le caractère personnel de cet acte individuel et la juste volonté de s'autoterminer lorsque les conditions de vie deviennent insupportables (et par extension, ne s'agit il pas aussi de la légitimité de l'avortement ? (j'extrapole trop ce soir, c'est ouf)). Alors c'est sûr, rien à voir avec cette idiote de Kirsten Stewart qui veut mourir juste parce que, voilà, Robert, il est parti gnagnagna (faut pas t'étonner ma vieille, il est célèbre maintenant, il va se faire plein de gonzesses). Sur La Route (toute la sainte journée), le père va même enseigner le suicide à son fils malgré son obsession de survie, c'est dire à quel point il en considère la juste nécessité.
Donc voilà, si vous aimez les films qui font giga réfléchir, La Route est faite pour vous. Faut pas croire, La Route a aussi d'autres avantages. Si vous aimez les décors passionnément gris, elle peut vous plaire. Ça marche aussi si vous aimez les fesses de Vigo Mortensen. Là je m'adresse au lectorat féminin : enfin il y a une justice après tous ces instants pouf même si le profil est un peu maigrichon pour le coup. Plus globalement, Vigo Mortensen est très bon mais, je sais pas pourquoi, j'ai l'impression qu'on se tape ses fesses à chacun de ses films. Il aurait un côté pouf que ça m'étonnerait pas.
Attention : article qui dévoile plein de trucs (mais pas la fin)
Après Millenium les livres, voici venu l'heure de Millenium, le film. Me voilà dans le cas où je connais le bouquin avant le visionnage. Il me sera donc techniquement impossible d'être sans a priori vis à vis du déroulement de l'histoire. D'ailleurs c'est le problème de toutes les adaptations dans un sens ou un autre. Impossible d'être dans l'inconnu à la fois pour le film et le livre. Jamais je ne saurais ce que ça fait de voir le film sans rien savoir préalablement. Quel terrible constat. C'est un peu comme quand on se rend compte qu'il est impossible de se voir les yeux fermés. Ce sont les grandes tragédies de la vie.
Quoiqu'il en soit, mon sens critique sera acerbe, ma verve impitoyable, d'autant plus que le film était sorti au moment où je lisais les bouquins et je me demandais au fur et à mesure comment l'interprétation avait été faite et tout et tout. Je suis donc sur les starting block pour critiquer à bâtons rompus.
Cela étant clarifié, posons désormais la situation de départ : les livres originelles m'apparaissent comme un cadeau pour un réalisateur. La dynamique et la construction de Millenium, avec les différentes trames qui se développent en parallèle, sont élaborées de telle sorte que la mise en scène est déjà pré-conçue. De nombreux passages possèdent notamment en préalable une haute valeur cinématographique.
Seulement, il reste les deux grands problèmes classiques et difficiles à résoudre pour les transcriptions de polar sur grand écran : restreindre fatalement le nombre de rebondissements sans altérer le fil scénaristique et faire le ménage inévitable dans les personnages mis en valeur à foison (et beaucoup sont blonds ; ce qui est assez troublant, mais c'est la Suède, faut s'y faire). Cela dit, l'adaptation cinématographique ne fait pas la folie de vouloir reprendre les trois bouquins en un seul film. Il ne s'agit ici que du premier tome, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes. Le défi n'en reste pas moins ardu.
Le premier choix qui a été fait se constate rapidement : la partie journalisme total, à mon grand désespoir en tant que représentant foireux de la cause, a été largement éludée. C'est assez cocasse quand on sait que le nom de la trilogie Millenium est en fait le nom du journal dans l'histoire. Pourquoi ce choix ? Il semble que le réalisateur ait voulu faire un polar pur jus. Ainsi, tout ce qui n'était pas directement raccroché à l'intrigue policière du premier tome a été écarté dans la mesure du possible. Mais c'est fort discutable : c'est écarter ce qui fait la particularité des livres et c'est aussi enlever toute l'ironie du ton, la dimension de recul et de distance que confèrent les problématiques du journal (notamment l'aspect anti-fasciste).
Outre ce choix destiné à diminuer le nombre de pages du scénario pour faire plaisir aux requins de la production, le réal a choisi d'être hyper fidèle à la narration du livre. En partant de ce principe, il aborde même un maximum de passages descriptifs et il se retrouve alors dans la délicate situation que, à ce train là, il aurait aussi bien pu faire trois films pour le premier tome. Pour éviter le drame, il choisit une bonne vieille technique éculée bien connu chez les films de sportif : la technique du montaaaaaaaaaaaaaage. Plusieurs fois, cela lui sera bien utile. Mais bon, c'est frustrant pour tout le monde : celui qui a lu le livre aimerait bien aussi retrouver le détail du passage, et celui qui n'a rien lu n'est pas sûr de bien comprendre ce dont on parle.
Mais être fidèle, c'est aussi s'exposer comme un guedin à la critique des lecteurs car le rapprochement est alors super facile. L'occasion est alors toute trouvée pour comparer les personnages entre leur version pellicule et leur version papier. C'est justement ce que je vais faire. Let's go !
Lisbeth Salander
Commençons par la perle. Noomi Rapace incarne drôlement Lisbeth Salander. On la retrouve, asociale, rude, directe, brillante. Avec un film à sa hauteur, elle aurait pu envisager une reconnaissance du métier tant c'est un rôle-à-oscar (tm). Cela dit, on ne ressent pas autant la blessure telle qu'elle est décrite dans le livre. On la sent moins borderline. Elle revêt même un trait de glamour qui n'est pourtant pas le caractéristique première de sa description littéraire. Moins frêle, elle encaisse assez bien tout ce qu'elle prend dans la gueule ; ce qui n'est pourtant pas évident. De plus, assez prudemment, le film ne prend pas le risque de développer les relations tortueuses qu'elle entretient : on n'en reste qu'à la suggestion. Le personnage est quoiqu'il en soit une réussite : il retranscrit une Lisbeth marquée mais habillée de nuances. La caricature a été évitée. Ouf.
Mikael Blomkvist
Le cas de Mikael Blomkvist est plus délicat. Sur l'écran, il a une distance et un flegme qui ne correspondent pas au personnage original. On me dit dans l'oreillette que Michael Niqvist, qui aura eu au moins le bon gout d'avoir le même prénom que son personnage, est assez reconnu dans son pays. Voilà peut être le problème. Dans l'histoire originelle, Mikael Blomkvist, le héros journaliste, est d'emblée remis en cause de toute part. En opposition, son intransigeance qouasi obsessionnelle, ses questionnements continuels en font un personnage piqué à vif. Ce n'était probablement pas en phase avec un acteur établi comme Michael Niqvist.
Erika Berger
L'analyse va être simple : le personnage d'Erika Berger, la rédac chef aux moeurs libérés, a été complètement sacrifiée. OMG. Personnage fondamental dans le livre, elle est zappée à l'instar de toute l'équipe du journal qui est pourtant censé être le filet de sécurité pour Mikael Blomkvist. C'est donc un pan entier de la psychologie de ce dernier qui disparait étant donné sa complémentarité initiale avec Erika. C'est aussi enlever le caractère féministe latent à l'univers car Erika Berger en est clairement une représentante en force. Directive mais sensible, habile diplomate mais prête à en découdre, c'est une véritable icône de la gente féminine. Rien de tout ça dans le film. En plus, l'actrice, une blonde bien fadasse, ressemble trop pas à ce que je m'étais imaginé. Erika Berger = tout faux.
Henrik Vanger
Le syndrome qui a touché Mikael Blomkvist frappe aussi ici. Originellement, Henrik Vanger est un patron d'empire industriel à la retraite. Fort de cette expérience, il est doté d'une puissante force de conviction pour arriver à ses fins. Le vieux est aussi charmeur et sa prestence est renforcée par une autorité naturelle. Certes, il est vrai que c'est un personnage usé physiquement. Mais de là à en faire un vieillard sénile et peu amène comme le fait le film... Cela concoure à fausser le jeu car on comprend moins bien alors pourquoi tout le monde se laisse si vite impliquer par les problèmes de ce papy un peu à l'ouest.
Nils Bjurman
Là c'est mieux. Nils Bjurman est bien un gros salopard des familles. Cependant, le film ne se donne pas le temps de cultiver la perversité entre l'image publique bien proprette qu'il se donne et la nature profonde de son être bien médiocre qu'aura tôt fait de débusquer Lisbeth Salander. L'avocat apparait plus rapidement comme un gros abruti qui débarque avec ses gros sabots. C'est dommage car les passages liés servent à révéler la personnalité de Lisbeth au travers de ses réactions plutôt... radicales.
Le mot de Jacquot
Non seulement Mikael Blomkvist affiche une mine déconfite à l'écran, mais il se découvre aussi très prude. Au fil des pages des trois tomes de l'oeuvre de Stieg Larson, on s'était habitué à le voir très réceptif aux hormones femelle. Mais là, on sait pas ce qui se passe, il est tout ranplanplan et il a l'air vraiment choqué la seule fois où il se fait solliciter. Il a peut être oublié de prendre son Actimel (héhé oui les petits amis, Jacquot ne perd pas le nord et n'oublie pas de faire un clin d'oeil aux collègues !)
Jacques S.
A vouloir raconter un maximum de rebondissements et travailler l'énigme du meurtre, c'est la psychologie des personnages qui a subi des coupes sévères dans l'adaptation. Pour les personnages secondaires, c'est toutefois moins choquant pour le peu qu'on en voit. Du solide professionnel Dragan Armanskij à l'angoissée Cecilia Vanger ou le bonhomme Martin Vanger, de l'affable Dirch Frode à Plague le gros nerdz, les interprétations sont justes. Mais il faut dire que les caractères en question ont des développements moins complexes. La seule surprise parmi ces personnages sera le commissaire Morell qui fera des apparitions récurrentes alors que ça n'était pas prévu. Cela colle avec le ton du film : l'intrigue policière étant mise sur le devant de la scène, quoi de plus normal que de nous coller le commissaire.
D'un livres assez original, on a donc fait une superproduction suédoise qui n'a rien de bien extraordinaire si ce n'est d'avoir conservé la personnalité de cette héroïne inédite. Je suis quand même sévère puisque je n'ai pas vu passer les 2h30 de film ; ce qui est plutôt bon signe. Millenium s'inscrit cependant dans la catégorie de livre pour lequel il vaut mieux ne pas voir la conversion au cinéma avant de l'avoir lu. Ce n'est pas toujours le cas notez : j'ai vu plus d'une fois les films du Seigneur des Anneaux et je vis plutôt bien le fait de n'être toujours pas arrivé au bout du bouquin.
Millenium, "le film événement" (comme tous les films à leur sortie, c'est bien foutu quand même), sort ces jours-ci en DVD. Je vais donc vous parler... des livres. Ah ben ouais, je vous ai bien feinté là. Je n'ai pas vu le film et ne le ferai pas avant la rédaction de la dernière ligne de cet article pour la beauté de l'authenticité de la magnificence de l'intégrité de mon propos de critique littéraire hors de toute influence cinématographique.
En fait, Millenium aurait été plus rapidement l'objet d'études si j'avais su plus tôt que cela racontait l'histoire d'un journaliste total qui travaille dans un magazine suédois totalement underground qui va contre les vents et marrées des idées reçues et des raisonnements dogmatiques. Oui, tout à fait, vous avez raison : c'est à peu de choses près MdM sans l'aspect de technologie de pointe propre à cet espace web.
Tel Mickael Blomkvist le héros du journalisme total suédois pour lequel je me prends désormais (tant qu'à faire), je vais ainsi vous causer des bouquins de la trilogie Millenium. Dès cette première annonce, on remarque deux choses : d'une, que les suédois ont des noms à coucher dehors et que ça va être super chaud de s'y retrouver avec les multiples personnages intervenant dans les trois bouquins (sans parler des villes) ; de deux, qu'évoquer le mot trilogie réveille systématiquement dans notre inconscient des images d'un casque noir qui fait "pssschiiiiiii" avec un petit nain vert qui danse autour avec une épée laser.
Pour le coup, cette association d'idées avec la trilogie Star Wars (la première bien sûr), habilement suggérée par le titre de cette news, n'est pas innocent. Les points communs sont monstres. Premièrement, Millenium a suscité un engouement populaire de ouf (comme Star Wars). Plus de 10 millions d'exemplaires refilés à travers le monde (et je suis sans doute dans la fourchette basse), c'est considérable, surtout lorsqu'on parle d'un livre ; c'est à dire d'un support papier avec plein de petits sigles juxtaposés les uns aux autres qui font mal à la tête.
Deuxièmement, le livre relève peut être du polar mais l'ampleur de l'histoire et la multiplicité des enjeux en font un récit aux nombreux thèmes. Le scénario s'inscrit dans un embroglio politico-financier-économico-policier-médiatico-romantique qui parle un peu de tout sauf peut être de cyclimse (comme Star Wars).
Troisièmement, le format de la trilogie ne se limite pas au simple découpage de l'histoire en trois parties. On est vraiment dans le développement de l'intrigue type de la trilogie à la Star Wars. Le premier tome prend des personnages chacun de leur côté pris dans leurs petites affaires mais dont les chemins vont se croiser pour petit à petit traverser ensemble une aventure initiatique aux proportions grandissantes. Le deuxième tome, "L'empire contre attaque" de la trilogie, est, comme son équivalent science-fictionnelle, la partie sombre de l'ensemble. Ça barde pas mal. Quant au troisième tome, c'est le gros délire, ça part dans tous les sens, et vers la fin, on attend plus que le débarquement des Ewoks en Suède. Bon j'exagère un poil, mais le troisième tome reste assez délirant.
Enfin - c'est surement le plus énorme mais vous pouvez détournez le regard pour éviter ce léger spoiler... vite tournez la tête ! - on retrouve un élément psychologique de comparaison criant avec Star Wars : on a quasiment droit à la situation symbolique du "je suis ton père".
Le mot de Jacquot
En marge de cet article, rendons hommage à l'auteur Stieg Larson qui fait parti de cette caste de gens qui, une fois l'œuvre de leur vie réalisée, crèvent comme des merdes. On pensera entre autres à Ulrich Mühe (La Vie des Autres et couic) ou Heath Ledger (Batman The Dark Knight et couic). Ces gens là ont le sens du marketing événementiel. Rest In Peace les gars ! Et n'oubliez pas : Internet est la pire saloperie que l'humanité n'ait jamais inventé ! (sauf quand y'a du fric à se faire dessus et ça je m'y connais).
Jacques S.
Je pourrais continuer longtemps à sortir des analogies avec Star Wars tellement, sous le couvert du thriller contemporain, Millenium est une aventure épique mêlant des trajectoires individuelles avec des affaires politiques aux enjeux au sommet. Il reste cependant une similitude à noter qui a son importance : il s'agit de la distinction entre les gentils qui sont très gentils et les méchants qui font rien qu'à être méchants. Bref, c'est ce bon vieux manichéisme de l'espace avec les Jedi d'un côté et les Sith de l'autre. On pourrait croire que je caricature mais l'auteur Stieg Larson a carrément écrit des phrases du style "Mais Mickaël Blomkvist savait qu'il était du côté des gentils", non sans une certaine ironie. C'est peut être ce dernier point qui fait d'ailleurs la différence avec Star Wars. Stieg Larson n'hésite pas à prendre du recul sur les situations qu'il crée et à se moquer de ses propres personnages. Ce n'est clairement pas le point fort de Stars Wars qui aurait pu en pâtir si, à l'époque, elle n'avait pas profité d'un Harrison Ford bien inspiré et d'un Yoda un poil taquin. Mais le sujet n'est pas Star Wars, je m'égare.
Puisqu'on aborde les points où Millenium se distingue, on pourra bien évidemment noter les couvertures des bouquins qui ont fait leur part de marketing avec cet aspect mêlant titres mystérieux et gothisme à la famille Adams (la première couverture est éloquente). Au delà de ça, il y a un parti pris féministe assez notable dès la lecture des chapeaux des chapitres qui nous font état de statistiques sur les violences faites aux femmes (Tome 1) ou bien nous décrivent les quelques rares cas d'armées féminines dans l'Histoire (Tome 3). Et dans le Tome 2 ? me demanderez-vous à juste titre. Hé bien c'est l'exception qui confirme la règle car les chapeaux d'interlude traitent là de mathématiques.
Cette histoire de maths me fait venir au deuxième point de l'originalité des livres qui est somme toute assez lié à cet intérêt sur la question de la femme. J'ai beaucoup évoqué le cas du héros journaliste Mickael Blomkvist mais le centre de l'histoire est encore plus orienté autour de l'héroïne Lisbeth Salander. C'est une femme qui sort des sentiers battus ne serait que par le fait qu'elle s'intéresse aux mathématiques (n'est ce pas). Mais c'est aussi un personnage très controversé. Elle est souvent ambiguë et le manichéisme du bouquin s'arrête finalement à elle. Elle a sa propre morale en dehors du système et c'est assez intéressant de voir qu'il y a toujours motif à s'interroger sur ses choix en se demandant "non mais attends, je cautionne ou pas là ?". Son indépendance morale rejoint fortement sa défiance vis-à-vis de la justice. C'est sans doute une des raisons qui en font un personnage à succès car rejoignant dans notre subconscient la confiance toute relative que nous avons dans les autorités judiciaires.
Le scénario s'articule ainsi autour de Lisbeth Salander et de son parcours existentiel. Quel va être le destin de ce petit bout de femme au passé trouble ? Telle est la question que soulève progressivement l'intrigue. Ce personnage sans concession va passer son temps à chercher des emmerdes mais, malgré tout, elle pourra bénéficier de soutiens... masculins. Là encore, c'est un point inédit qui revêt l'histoire d'un éclairage féministe : ce seront des hommes qui tacheront d'aider tant bien que mal une héroïne qui les enverra ballader au gré de ses envies.
Allez, ce livre reste un policier alors, pour le suspense, je ne m'épanche pas davantage sur l'histoire. Cela dit, vous l'aurez compris, Millenium ne fait pas parti de ces succès incompréhensibles.
« Personne n'est innocent. Il n'y a que des degrés de culpabilité. »
L'hiver arrive, les virus sévissent, il faut du vitalic ! Nan bon ok, cette accroche est nulle. Bien entendu, Vitalic n'est pas un produit pharmaceutique permettant aux labo de se faire un max de fric sur nos corps fragiles (le marché est quand même déjà bien chargé). C'est en réalité de l'électro bien décadente comme il faut. Encore que. Voilà que le nouvel opus nuance la donne.
Oui, je le déclare ici même devant vous : l'album sur lequel j'ai une abondante envie de m'épancher, Flashmob, le successeur de OK Cowboy (du tegzas), marque une évolution dans l'électro de Vitalic. Les psychoses hypnotiques propres à La Rock 01 ou les parties de poney (oui oui rappelez vous, les deux morceaux de ponay) ont laissé place à des morceaux moins entêtants et plus légers. Vitalic sévit désormais moins dans la transe et va même sur du disco-danse comme sur Terminateur Benelux. On dirait presque du Chemical Brothers. On a aussi du tout gentil comme One Above One où la voix domine l'instru (!).
Mais pas de panique : Vitalic garde cette marque particulière qui est de mêler sonorités simples et coquettes avec du gros son bien lourd (Station Mir 2009 l'illustre bien). L'aspect décadent de la démarche est préservé. L'accent a été davantage porté sur le cosmique planant que la transe extatique, voilà tout. Typiquement, on ne retrouve pas du bien méchant comme l'était My Friend Dario (qui se la racontait pas mal dans le premier album faut bien le dire).
De l'autre côté, il y a cependant des trouvailles propres à Flashmob dont une que je trouve finement utilisée et dont je m'étonne qu'elle ne soit pas reprise davantage chez d'autres. Il s'agit de l'utilisation de la voix, non pas pour le chant, ni même le phrasé, mais juste pour en extraire les intonations ; ce qui donne une ambiance très stylée aux morceaux. C'est d'autant plus vrai que la signification est rendu imperceptible par le travail du mix.
Le morceau qui l'illustre le plus magnifiquement est le single Poison Lips dans lequel le chant diffus reste incompréhensible si ce n'est les quelques intelligibles "Poisons Lips" entonnés. Voilà assurément une bien belle représentation des lèvres de vipère en question. Le tout est mêlé à des phases de basses jouant un galop de choual qui créent une atmosphère très hypnotique. Sans que l'orchestration soit faramineusement complexe, ce morceau est vraiment bien foutu. Il amène rapidement l'auditeur à une aspiration profonde vers la décadence ; gage de la totale réussite de l'entreprise artistique.
Le Vitalic nouveau est aussi plus mystérieux. Les clips auparavant étaient franchement racoleurs : des quaterbacks qui dansaient en slip ou - pire encore ! - des animaux filmés en grand angle. Là, on avait atteint le sommet du coup pernicieux. Parce que c'est vraiment trop facile de sortir des animaux en grand angle à la moindre occasion pour rameuter le chalant. Quoiqu'il en soit, ce temps est révolu. Place désormais aux femmes tourmentées qui errent dans les rues en se barbouillant de rouge à lèvre ou qui vont se refaire les seins avec des paillettes discos. J'espère bien qu'on aura droit à un troisième clip tout aussi onirique.
Mais revenons à l'album. Flashmob est définitivement une nouvelle couleur de Vitalic. Parmi les influences, on pourrait même imaginer que Air soit passé sur quelques morceaux. Le See The Sea en version Blue y fait penser furieusement. Cela dit, la version Red reste fidèle au Vitalic historique. Le DJ s'est sans doute aussi appuyé sur le travail de Katy Perry. Sisi, j'en veux pour preuve le thème du rouge à lèvres de Poison Lips qui s'est largement inspiré de l'expertise de Katy, et les sons de machine à sous dans Your Disco Song qui rappellent étrangement Wake Up in Vegas et les paillettes de son interprête... Pascal a tout piqué à Katy, c'est clair, sauf peut être le style vestimentaire (on voit bien que je cherche à générer du clic sur Katy Perry, c'est bon ?). Vitalic cède même à la tendance branchouillarde de l'électro qui est d'appeler ses morceaux avec des noms de people ringards. Le cas en question est Allan Dellon (à prononcer à l'américaine je présume) qui s'affilie au Vitalic nouvelle vague.
Mais que ces errements critiques ne donnent pas une mauvaise idée du médicament Vitalic. La préconisation de MdM pour cet hiver est formelle : prends des vitamines et vis ta vie sous Vitalic. De toute façon, je ne me fais pas de souci pour tous les malades de France (et dieu sait qu'ils sont nombreux) : Vitalic a déjà remplacé les Air et autre Justice dans les fonds sonores des chroniques et reportages télé qui veulent paraître dans le coup. Peut être même que toi, lecteur, tu as déjà écouté du Vitalic sans le savoir.
Laissez-moi donc vous conter un plaisir taquin, un plaisir bouquin.
Alors que j'errais dans une de mes gares SNCF préférées (un grand classique du journaliste total), j'étais la victime potentielle d'un livre de restauration rapide. Les rangées d'Amélie Nothomb en tête de gondole d'un magasinier (au propre comme au figuré : la photo de l'auteur est imprimé en grand sur chaque exemplaire) ne me laissèrent aucune chance. J'étais condamné.
Pourtant, quand je m'aperçus que c'était la zone d'exposition "Meilleures ventes", j'ai bien tenté de résister. Ma fibre underground ayant soif d'alternatives se sentait vexée. Elle fut cependant vaincue sur l'autel de la curiosité facile. Je m'emparai de l'objet qui avait pour lui d'avoir cet énigmatique 4ème de couverture : "Il n'y a pas d'échec amoureux". Cette concise citation qui peut supposer bien des choses est un choix osé car il donne tout de suite une ambition au bouquin qu'il va être difficile de tenir. Style la grande vérité révélée au travers d'une grande aventure rocambalesque.
Mais quoiqu'il en soit, me dis-je, un Amélie Nothomb, ça reste toujours un brin de douce folie dans ce monde de merde. Ça mérite bien un coup d'œil. Par précaution, avant de valider la transaction financière avec le buraliste, je m'attarde sur la première page. Il y est question de crash d'avion. Ma foi, ce zeste de subversité m'encourage : c'est décidé, je prends. Me voilà avec mon exemplaire Le Voyage d'hiver.
La première impression est tout simplement tactile : diantre, il y a bien peu de pages. Je m'attendais certes à un roman pas bien long mais ce que j'avais devant moi relevait plus de la nouvelle (certes bien épaisse). Cela sera confirmé : 1 heure après, je tournais la dernière page, en vérifiant un poil perplexe si je n'avais pas loupé un épisode en route, l'air un peu ébahi par cette fin brusque.
L'avantage, c'est que c'est efficace, hormis lorsqu'il s'agit de prénoms, dans quels cas Amélie Nothomb s'embarque dans des abimes métaphysiques délirantes. Les protagonistes s'appellent Zoïle, Astrolabe et Aliénor ; ce qui donne en effet matière à spéculation (Amélie Nothomb avait trippé de façon assez similaire dans Acide Sulfurique, un bouquin qui traite de l'évolution de la télé réalité avec cynisme et que je cautionne totalement. L'héroïne s'appelait Pannonique, elle était belle, elle était forte....je ferme la parenthèse). On peut comprendre que des raisons psycho-historiques peuvent être imaginées dans de tels cas mais je suis pas sûr qu'on puisse appliquer le raisonnement aux Gérard par exemple.
Zoïle est agent EDF et rencontre, au détour de ses visites à domicile, deux colocataires : Astrolabe la jolie minette et Aliénor la grande teubé. Se méprenant d'abord à leur sujet, il va tomber amoureux de la première sans que la présence permanente de la "neuneu" lui permette de vivre véritablement sa flamme passionnelle. Ça le véner grave.
On a droit aux grands classiques Nothombesques : elle fait ainsi état de son rejet quasi absolutiste de la médiocrité qui donne au début du livre un passage bien narquois moquant "le principe de réalité". La beauté est aussi un thème latent qui hante le récit, surtout lorsque cela est évoqué en plein trip hallucinogène. Tout ceci développe une vision adolescente et on se doute que c'est ce qui agace les grands intellectuels de La Grande Littérature à qui on l'a fait pas : "c'est pas crédible gnagnagna".
Mais il dit qu'il voit pas le rapport avec la choucroute.
Le talent de Nothomb n'est pas d'être crédible - ça se saurait - mais de développer avec aisance une histoire de personnages à la marge, qu'on sait pas trop ce qu'ils foutent là, et dont elle se sert pour révéler les contours de la nature humaine, le tout saupoudré par un humour pince-sans-rire et ténébreux caractéristique. Bon, dans ce volet là, il arrive que les ficelles utilisées soient assez visibles, d'autant plus qu'on commence à bien connaître la garce (le coup de l'idée amorcée qui ne va pas jusqu'au bout pour faire effet de style... un poil facile je trouve). Mais ma foi est-ce vraiment un reproche ?
Cela dit, dans le genre hôpital qui se fout de la charité, Amélie se pose là : au détour d'un paragraphe, elle en profite pour piquer les éditeurs notamment ceux qui racolent en utilisant les photos des auteurs. Nan mais Amélie, t'as vu ta photo là ? Tu t'es vue quand t'as bu ?
« On en veut jamais autant aux gens que quand ils n’y sont pour rien »
Tuons le temps en attendant la mort. C'est ce que propose le collectif de la Buffalo Corp en signant d'excellents court métrages trippant sur un jeu bête comme chou. Certains en font une expertise alors que d'autres en font un défi à la mort. D'autres encore le détournent en d'espiègles facéties. Mais il y a aussi ceux qui en sont complètement terrorisés. Choix du hasard ou du destin ? Étonnamment, Corynne Charby n'a pas participé.
Celle qui s'est fait connaitre en criant la difficulté d'être glamour alors qu'on fait caca comme tout le monde est aussi une comédienne multi-casquettes pouvant interpréter Rachida, Melissa ou même Malika dans les Barons avec le même naturel.
C'est une sorte de mix entre Liane Foly et Edith Piaf... euh nan, pas du tout... c'est plutôt les Rita Mitsouko qui se seraient mis à faire du Django Reinhardt... hmmm nan... c'est Jennifer Ayache qui aurait remplacé Thomas Dutronc... hmmmm non plus..... en fait, c'est Carmen Maria Vega quoi. De la belle interprétation.
D'abord connue pour être la présentatrice des films faits à la maison, Audrey Vernon s'est reconvertie dans les rôles de femme au foyer (Madame Bauer) et d'épouse oisive (Madame De Goal). Je crois qu'elle aime bien rester chez elle. Un comique tranquille en somme.