Connexion [s'inscrire]
User :
Pass :
Mot de passe égaré ?

Korn - Take a Look in the Mirror

Korn, c'est un groupe de 5 gens, qui s'est très vite imposé ...
* Tous les articles *

TTC

TTC c'est tout bêtement les initiales des 3 rappeurs de la f...
* Tous les gens *
  Le Joueur du Grenier débarque dans ton salon 1 
... et dans ta chambre, et dans ta cuisine, et dans ta cave, et dans ton jardin... Car s'il y en a un qui est devenu sacrément prolifique ces derniers temps, c'est bien le joueur du grenier.

Un peu d'histoire d'abord. Le Joueur du grenier est à l'origine un adepte du rétro-gaming, cette discipline qui consiste à s'adonner à de vieux jeux vidéos (Usul en parle très bien). Parce que ma bonne dame, on savait y faire avant, c'est pas comme maintenant où tout est nul. La particularité du joueur du grenier est de se concentrer sur les jeux chiants, atroces, débiles, capillotractés... bref vous avez compris le truc (en fait ma bonne dame, on savait pas forcément mieux y faire avant). Telle cette communauté du cinéma qui voue un culte aux plus grands nanars du 7ème art (je ne suis plus le même homme depuis que j'ai vu Vivre pour survivre), le joueur du grenier rend hommage aux plus mauvais jeux de la terre. L’intérêt de l'oeuvre du JdG n'est cependant pas tant dans les jeux en question que dans la mise en scène des vidéos produites. Le jeu vidéo devient littéralement un personnage à part entière avec le déroulement d'une intrigue délirante qui débouche souvent sur une chute absurde. Il arrive régulièrement que la cartouche ou le CD du jeu prenne vie et illustre le duel qui se joue entre le JdG et l'objet du délire vidéoludique.

Est-ce la seule qualité de la réalisation qui explique le succès que connaissent les vidéos du joueur du grenier ? Sans doute pas. Il y a forcément d'autres raisons. Le joueur du grenier a aussi une chemise hawaïenne jaune surréaliste. Mais si on pousse l'analyse un peu plus loin, on remarque surtout qu'il s'appuie sur des ressorts très français et néanmoins très efficaces : l'énervement et le sarcasme érigés en règles de vie (ressorts usés jusqu'à la corde dans la série Kaamelott). Comme dans Kaamelott où les répliques du roi Arthur ont fait école et sont détournés à l'envie, l'agacement du joueur du grenier qui perd patience est devenu un gimmick qui fait mouche chez nous autres français qui aimons bien râler (allez, avouez).

Le Joueur du Grenier (Frédéric Molas pour les gens de la vraie vie) a ainsi accumulé les vues et est devenu un youtuber bankable. Il a alors rejoint la vague des youtubers à succès ; ce qui peut prêter à confusion car le JdG n'a pas tout à fait à voir avec la plupart d'entre eux (par exemple Squeezie qui va tous nous enterrer avec le pullulement incontrôlé de ses vidéos hystériques).

Si on parle du JdG aujourd'hui, c'est aussi parce qu'il s'est passé récemment une petite révolution dans son monde jusque là très calibré. Depuis quelques mois, il a en effet ouvert une nouvelle chaine, le Bazar du Grenier, qui ouvre le champ à tous un tas de nouvelles expérimentations audiovisuelles. Le joueur du grenier était certes déjà sorti des sentiers battus mais il était resté attaché à la démarche initiale de son personnage qui pratique le masochisme à outrance (comme dans la très bonne vidéo sur les tortues ninjas). Désormais, les barrières sont définitivement rompues.


Après des années de frénésie sur les jeux console et en particulier les jeux de plateforme, le JdG s'attaque largement au monde du PC et fait parti de ces rares joueurs qui ont évolué vers l'ordinateur malgré des antécédents importants sur les Playstation et autres Super Nes. Il y a de quoi s'étonner car le fan de consoles reste généralement bloqué sur ses habitudes à l'inverse du joueur PC qui, tel un fan de littérature classique s'égarant malencontreusement sur une émission de télé-réalité, ose parfois s'aventurer sur une console (oui c'est du troll purement gratuit). Ce phénomène extraordinaire nous a ainsi permis de voir le joueur du grenier illustrer avec brio des grands jeux de l'histoire PC tel Command & Conquer ou Theme Hospital (oui bon Teletubbies et Barbie Detective aussi, le JdG reste un masochiste notoire). On le voit aussi nous conter une partie de Spore où il résume à merveille en quelque mot l'objectif fondamental de l'existence sur terre : tuer.

Encore plus surprenant pour un joueur console à la base, il nous raconte une partie de Civilization 5 (pas le meilleur de la série, Civ 4 restera surement la référence, je vous en avais parlé). Si l'idée de départ est plutôt sympa, en particulier le détournement de l'excellente émission du Dessous des Cartes sur Arte, on regrettera pour le coup que le JdG n'ait pas eu recours à la qualité d'écriture et de mise en scène qu'on lui connait habituellement. Le générique du Dessous des Cartes n'a même pas été détourné puisque c'est l'original qui est utilisé. Mais le JdG ne nous a pas pris en traître sur ce coup là car le contrat de départ est clair : ses tentatives de nouvelles vidéos aux styles multiples n'auront pas nécessairement autant de moyens que les vidéos historiques sur les jeux idiots et sadiques. Néanmoins, on ne peut qu'être un peu déçus par certaines publications qui ne consistent qu'à diffuser des parties commentées sans construction ni montage. En d'autres termes : des Let's Play. Certes, les let's play de Bayonetta permettent d'apprécier l'héroine sous toutes les coutures. Mais cette vile pratique reste peu passionnante, même si le JdG ou en l'occurrence son comparse (Sébastien Rassiat) restent à l'écoute fort sympathiques.

Les nouvelles expérimentations du JdG ont donné lieu à un pari qui est lui bien plus audacieux et susceptible d'intérêt : Aventures, un jeu de rôle papier organisé online. Structuré comme une série télé avec des saisons et épisodes, Aventures mets en scène 4 joueurs (dont le JdG) qui vivent des périples animés par un maître du jeu au savoir faire incontestable, MahyarS, un nouveau streamer à présent complètement grisé par le succès. Pour comprendre le principe du jeu de rôle papier, rien de tel que la vidéo introductive du JdG et les 1ers épisodes de la série. Cette mise en lumière de ce loisir qui fait la part belle à l'imagination de chacun est rafraîchissante en ces temps troublés.

Le JdG a cependant les pieds sur terre et a rebondi très vite sur le succès de cette nouvelle série Aventures en lançant des sessions live qui ont désormais lieu régulièrement. Comme à la TV, ce principe du direct live a ses avantages (la spontanéité) et ses inconvénients (les temps morts). L’intelligence marketing du JdG ne s'arrête pas là car il a récemment annoncé une nouvelle saison de jeu de rôle papier qui ne se déroulera plus dans l'univers héroic fantasy mais dans l'univers Star Wars. Prévu pour début 2016 tel un écho opportun à l'actualité cinématographique du moment. Dans le même temps, le JdG a aussi sorti une nouvelle vidéo sous cocaine sur les jeux Star Wars. Heureux concours de circonstance... je n'irais pas jusqu'à évoquer des liens entre Disney et le JdG pour remettre en cause son intégrité. Cet individu a tout de même affirmé avoir voté pour Nicolas Dupont-Aignant. Un aveu si compromettant prouve qu'il est d'une sincérité incontestable et, s'il parle de l'univers Stars Wars au moment de la sortie du film, hé bien, c'est peut être qu'il en a tout simplement envie.

Si vous ne connaissiez pas encore le Joueur du Grenier, peut être aurez vous envie d'y jeter un oeil et pourquoi pas d'aller jusqu'à tester ce qu'il pratique dans ses vidéos (mais peut-être pas le jeu de la vie). Si je ne vous ai pas convaincu, j'ai quelque ragot pour interpeller votre curiosité. Le JdG a été en effet tellement productif ces derniers temps qu'il en a perdu du poids de façon drastique et tout à fait impressionnante. Mais l'explication de ce régime n'est peut être pas le travail... ce pourrait être une fille. En tout cas, quand je le vois opérer sur Emily is away, ça ne fait plus aucun doute.
Kylord @ 29/12/15 1 commentaire
  Le complot rigolo de Charlie Hebdo 1 
C'est peut être un peu tôt pour faire cette révélation, mais je ne tiens plus, il faut que je le dise, c'est trop énorme. Vous croyez que la rédaction de Charlie Hebdo a été victime d'un attentat le 7 janvier ? Détrompez-vous, c'était tout simplement une grosse blague.

Vous vous rendez compte ? L'équipe de Charlie Hebdo, en faisant une bonne farce le 7 janvier, a fait sortir dans la rue, le dimanche 11 janvier qui a suivi, près de 4 millions de français. Je ne parle même pas du bordel que tout cela a généré dans le monde entier. A cette occasion, même les Etats Unis ont découvert qu'il y avait, en France, des journalistes qui n'étaient pas conciliants. Ils ont été tout chamboulés (surtout quand on leur a dit qu'on pouvait faire des caricatures de toutes les religions sans censure, le truc de ouf).

Mais je perçois un léger scepticisme dans l'assemblée. Certains n'arriveraient pas à croire que le gigantesque bazar provoqué ces dernières semaines serait le résultat d'un gros canular. Et pourtant si. C'est tellement évident. Regardez bien.

Regardez le contexte. Charlie Hebdo allait mal. Moins de lecteurs, des problèmes financiers, Charb le rédac chef faisant le tour des investisseurs pour sauver le journal. Pas la grosse fête. Il fallait faire un gros coup pour sortir de ce marasme.

Mais on parle de Charlie Hebdo là. Ils allaient pas faire un pauvre photo montage de Julie Gayet avec François Hollande pour sauver la mise (même si ils auraient pu mettre une perruque rousse à Julie Gayet pour faire classe). Il fallait de l'inédit, tout en tachant de rester provocateur. Il fallait frapper fort avec un message puissant et surtout iconoclaste.

Le gros coup qui a été retenu, c'est d'aller chercher des islamistes bas du front. Ceux-là n'étant pas les derniers pour jouer aux cons, c'était l'occasion de créer l'événement avec ces débiles et, en même temps, de démontrer par A+B que ces zigotos sont complètement à côté de la plaque. Ils l'ont fait avec brio puisque ceux qui ont été choisis ont prouvé, sans le savoir, qu'ils étaient capables de faire de leurs soi disant ennemis des martyres.

Une fois les hurluberlus choisis, il fallait une mise en oeuvre grandiose. Et là c'est très fort.

D'abord au niveau du timing, il fallait jouer serré. Eviter de se télescoper de façon ambiguë avec une autre actualité (le ramadan par exemple), ne pas non plus faire du marketing grossier en sortant le grand jeu le lendemain du nouvel an, tel le premier pyromane venu enflammant les poubelles de son quartier. Cela dit, le début d'année, cela restait intéressant. Quelques jours après la Saint Sylvestre, lorsque les gueules de bois sont passées pour comprendre ce qui est en train de se passer.

Il fallait ensuite préparer le terrain, glisser subtilement quelques messages pour que le citoyen bienveillant mais un brin naïf soit, rétrospectivement, fort interpellé par l'ironie du destin. Honoré a glissé une allusion subtile en dessinant le terroriste du moment nous adressant ses voeux. De son côté, Charb, qui ne pouvait s’empêcher d'aller dans la provocation franche, a peut être manqué de finesse, non sans sarcasme, car le dessin qu'il a publié peu avant les attentats était une preuve un peu trop évidente du coup qui s'annonçait :



Mais n'oublions pas le cœur du sujet. Ce coup monté n'aurait pas été aussi bon s'il n'avait pas servi à illustrer toute la bêtise des islamistes radicaux. Et là, c'est grandiose. Les compères de Charlie Hebdo ont fait la totale :
  • ils ont réussi à convaincre les policiers qui les protégeaient de s'associer avec eux. Parmi eux, Ahmed Merabet, un policier de confession musulmane. Cela a permis de démontrer que les islamistes sont prêts à dézinguer n'importe qui (même s'ils tombaient sur le prophète, ils seraient pas gênés). Qu'on ne nous fasse plus croire à une pseudo guerre de religion, de civilisation ou que sais je encore.

  • ils ont réussi à convaincre des juifs à s'associer avec eux pour que l'affaire ne se cantonne pas seulement à l'assassinat de "journalistes qui l'avaient bien cherché". Le must est d'avoir prévu, dans l'attentat de l'hypermarché Casher en question, un musulman pratiquant, Lassana Bathily, pour sauver une partie des juifs qui faisaient mine d'être pris au piège. Rien que pour l'idée, ce Lassana a la méga classe. Le message est simple mais limpide : un musulman sauve les juifs, un abruti les descend. Bonus : le musulman en question n'était même pas français.

Une fois les objectifs fixés, il fallait mettre en place l'équipe. Pas trop de participants pour rester efficace, mais suffisamment pour se faire entendre. Il fallait être précautionneux dans le choix des acteurs pour épargner les entourages. Dans la mesure du possible. En priorité, ce sont les icônes du journal qui ont été choisis : Cabu, Honoré, Wolinski qui ont déjà leur plus grande oeuvre derrière eux. Plus délicat a été la sélection de Tignous, mais le gars, un tantinet chafouin, tenait vraiment à être de la partie. Bien entendu, Charb, ne pouvait pas ne pas en être. Il avait annoncé la couleur en 2012 : "Je n'ai pas peur des représailles. Je n'ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. ça fait sûrement un peu pompeux, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux".



L'équipée était déjà sacrément solide mais il ne fallait pas laisser croire que l'événement ne serait qu'une histoire de cancres se faisant punir pour des dessins polissons. Il fallait lancer un cri d'alerte pour dire que le monde va mal, que le fanachisme peut s'en prendre à toutes les formes de puissance intellectuelle, artistiques ou autres. Bernard Maris, économiste de gauche (déjà tu vois le mec qui aime les challenges), s'est portée volontaire. Parité oblige, Elsa Cayat, psychanalyste, a donné le change et a par la même occasion libéré ses patients de tous leurs démons (ben après les gens ils relativisent tu vois). Pour le pied de nez, le correcteur de tout ce beau monde, Mustapha Ourrad, n'a pas voulu que ses protégés partent sans lui. Sa participation revenait à établir à nouveau qu'un arabe se faisait abattre par des islamistes. Puisqu'on vous dit que ce n'est pas une guerre de civilisation.

Mais après stop. Point trop n'en faut. L'organisation avait besoin de survivants. D'abord d'un attaché de presse. Patrick Pelloux était le complice idéal. Déjà très médiatique, un discours cohérent, la parole claire, il avait tout ce qu'il faut pour aller faire le VRP de ce qui se jouait devant nos yeux ébahis. Bien entendu, le fait qu'il soit urgentiste ajoutait à la blague.

Il fallait aussi des artistes pour continuer à œuvrer (pour ne pas planter tout le monde quand même). Le dessinateur Luz s'est porté candidat. Il en profite bien puisqu'il a fait croire qu'il a signé seul la une du Charlie Hebdo suivant le "drame" mais, bien entendu, c'était en fait le résultat des travaux de l'ensemble de la rédaction. Ce trait de génie, à la fois provocateur et œcuménique, avait été élaboré pendant des mois par la rédaction durant la fin 2014.

Enfin, les membres de l'échappée ont pris sur eux de ne pas prévenir tout le monde pour que les réactions soient honnêtes. Ils n'ont pas été déçus. Parmi ceux qui n'ont pas été prévenus du canular, Jeanette Bougrab, compagne de Charb. Le fait qu'une française d'origine arabe, certes athée, certes jolie, soit effondrée par l'assassinat d'un dessinateur qui caricature Mahomet, permet d'éviter les amalgames. Alors d'accord, c'est dure pour elle. C'est cher payé, même pour une politique coupable d'adhésion à l'UMP un soir de cuite.

La suite... hé bien vous connaissez la suite. Le plan s'est déroulé sans accroc et avec une précision d’orfèvre (Le complot juif orchestré par Nintendo et la princesse Peach parait facile à déjouer et bien peu imaginatif à côté). Rien de tout ce que vous avez pu entendre n'est du au hasard. Un antisémite décédé dans un hypermarché Casher ? des tueurs de journalistes morts dans une imprimerie ? un pigeon se soulageant sur le président de la république le jour de la marche solennelle ? Voilà de l'humour bien con dont on reconnait les auteurs. Bien joué les gars.

Cela étant, les journalistes de Charlie Hebdo ont été surpris et dépassés par leur succès. Le résultat est allé au delà toutes les espérances. Tout le monde est tombé dans le panneau et à un point sans commune mesure (BFM TV la tête la première). Il parait que les auteurs du gag n'en reviennent toujours pas.


Alors je sais, en général, c'est moins drôle quand on explique la blague. Mais là, elle a été déroulée avec une telle maestria qu'il fallait la déflorer. Il s'agissait aussi de rendre à césar ce qui appartient à césar. Avec toutes les théories du complot foireuses qu'on voit surgir (désormais on sait pourquoi il y a tous ces théories idiotes), il était temps de rétablir la vérité.

Maintenant, pour achever ce gigantesque canular, Charb, Cabu, Wolinski, Honoré... bref toute la clique ne devraient plus tarder à revenir.



Enfin normalement, ils devraient revenir.



Merde.
Kylord @ 02/02/15 1 commentaire
  Scarlett Johansson l'introvertie 2 

Under The Skin est de ces films qui sont bien notés sur allociné par la presse mais qui le sont moins par les spectacteurs. Autant dire que c'est suspect. Non, je ne suis pas un aficionado de la théorie du complot politico-médiatique des illuminati qui cherche à nous manipuler à l'inverse de l'honnête peuple qui mange du pop-corn comme un cochon dans les salles. Mais il ne faut pas oublier la tendance de fond des critiques de cinéma qui, à force d'ingurgiter des films qui se ressemblent les uns les autres, fantasment sur le moindre d'entre eux avec un peu d'originalité. Or, souvent, il n'y a pas de quoi pavoiser. Rappelez-vous le traumatisme Tree of Life. Celui-ci était déjà mieux noté par la presse que par les spectateurs sur allociné mais, encore bien plus fort, il a reçu une palme d'or à Cannes. Sisi. Des gens très sérieux se sont dits qu'il fallait récompenser cette production cinématographique alors qu'en vrai, toi comme moi lecteur, nous savons que c'est une belle arnaque. Comme le disait un auteur qui m'est cher : "Tree of Life, c'est comme si une pub pour le parfum avait baisé avec un documentaire sur le Big Bang" (@ackboo sur twitter, 27/01/12).

Mais pas de panique, si l'écart de note entre presse et spectateurs est avéré pour Under The Skin, la note spectateurs n'est en l'occurence pas si mauvaise. Ce n'est pas comme Tree Of Life. Autrement dit, la plupart des spectateurs un tant soi peu exigeants ont apprécié tandis que quelques autres, ceux qui voulaient voir Scarlett faire des galipettes comme chez Marvel, ont quitté la salle avant la fin, énervés. Bref, Under the Skin était clairement un défi pour le journaliste toto que je suis. Au pire, me disais-je, même si le film est mauvais, cela restera l'occasion de revoir Scarlett Johansson (d'aucunes auraient pu dire la même chose pour Brad Pitt sur Tree Of Life... le piège de ce film était décidément terrible). Ni une ni deux j'y suis allé, et je vais maintenant vous conter mon expérience...avec quelques spoilers mais légers. Bande-annonce :



Dès le départ, on a droit à un plan fixe cosmique de plusieurs minutes. Malgré l'inquiétude précédemment écartée d'avoir affaire au syndrome Tree Of Life, il y a de quoi avoir peur qu'il surgisse. Mais non, tout va bien, fausse alerte. On retrouve d'ailleurs assez rapidement Scarlett. Mais pas comme d'habitude. Ce n'est pas la Scarlett rayonnante, la Scarlett femme fatale, la Scarlett espiègle qu'on avait pu connaitre. Là, Scarlett est un peu paf. Elle est même vraiment pâlotte et au fur et à mesure de l'histoire, on finira par comprendre que Scarlett est en train de faire une partie du jeu de rôles Vampire Bloodlines (mais sans les dents). Non pas une simple partie normale, mais carrément une représentation grandeur nature avec un maître du jeu - Jonathan Glazer - complètement bourré. Je ne décrie pas le résultat mais il faut bien concéder que certaines séquences sont vraiment surréalistes (celle de la plage notamment). C'est à tel point qu'on se dit que cela n'a été possible que grâce aux bienfaits de l'alcool. Je spéculerai allègrement en affirmant que Jonathan Glazer, finissant par dessoûler, n'ait pas totalement tout assumé. La preuve en est ce drôle de mec en moto qui vient parfois récupérer le matériel laissé en bazar sur certaines scènes du film.

Alors soit, certaines mauvaises langues évoqueront ces scènes pour dire que ce film est le film de trop de Scarlett. Que ce film n'est qu'un sombre prétexte à Scarlett pour s'initier à la danse contemporaine. Que ce film révèle que Scarlett s'est perdue en route dans le brouillard à force de jouer partout à tort et à travers. Mais attendez ! Justement ! Ce film montre tout cela : il montre littéralement Scarlett en train de chercher sa route. Il montre littéralement Scarlett dans le brouillard. Ceci démontre le symbolisme omniprésent du film qui déborde en permanence au delà de l'histoire. Comme Bruce Willis dans Looper, Scarlett Johansson subit une véritable mise en abime de sa propre trajectoire cinématographique. Mais au delà de Scarlett, c'est du cinéma dont il s'agit, du cinéma en tant que média qui cherche la nature du message qu'il doit communiquer, qui pose la question de ce qu'il doit retransmettre au public, du désir qu'il doit susciter, du degré de manipulation qu'il peut s'autoriser.

On pourrait extrapoler à l'infini sur le symbolisme du film, mais n'oublions pas l'histoire. Son récit est spatial, presque discret, néanmoins hypnotisant. Il raconte une Scarlett qui est froide certes, mais qui n'en demeure pas moins séductrice. Les hommes vont souffrir et elle va les mener droit à leur perte. Elle n'est pas véritablement agressive mais le seul fait de sa présence attise les regards ; ce qui déclenche alors un processus inexorable vers la déchéance. A travers cet état de fait, on perçoit bien le propos du film avec deux dimensions qui s'imbriquent : d'abord le culte de l'apparence, ensuite le piège du désir.

Primo, pour l'apparence, c’est évident. Scarlett se pose là et pour cette seule raison - c’est parti mon kiki - elle devient le centre de l’attention. Quand bien même elle cherche à l’éviter. Bien sûr, le titre du film, "Under the skin", est une allusion directe au phénomène. Le film va essayer de nous montrer à nous spectateurs ce qu’il y a "sous la peau" alors que tous les protagonistes ne le verront pas et ne chercheront même pas à le savoir. Dans Under the Skin, les gens sont assez paumés et plutôt obnubilés par leur seule personne (ah oui tiens comme dans la réalité ?... monde de merde). Under the Skin n'est clairement pas le "Under My Skin" de Madonna qui veut nous faire croire à de la profusion de love à tout bout de champ. Frank Sinatra aura beau s'y mettre aussi et même prétendre qu'il avait été le premier à le dire avant Madonna, il n'en restera pas moins hors sujet.

Secundo, le désir, celui guidé justement par l'apparence. Je ne m'appesentirai pas sur le choix de Scarlett Johansson. Son statut de muse pour réalisateur a déjà été prouvé (Woody Allen si tu nous regardes). Elle est une égérie du désir fort bien trouvée. Non seulement elle va représenter la force du désir qui aveugle à travers le film, mais elle va aller plus loin. Son parcours est une allégorie du désir chez "la jeune fille en fleurs". D'abord distante, elle cherchera à susciter le désir sans aucune implication. Lasse, elle se risquera à la découverte de sa propre sensualité. Rendue vulnérable, elle sera confrontée à ressentir son propre désir jusqu'à la rencontre d'un prince charmant de fortune. L'appel du prince charmant n'est pas explicitement présenté en tant que tel mais il y a une séquence avec un plan qui ne laisse aucun doute possible. On se croirait dans un clip d'Alanis Morissette. Mais comme le disait Telephone à l'époque, le prince charmant aura bien vite foutu le camp.

Malgré la froideur formel, le flim revêt ainsi une parure romantique (au sens littéraire). Outre les pérégrinations de Scarlett, le décor écossais y contribue, autant par les paysages brumeux que par les faubourgs industriels (mais à l'exception des centres commerciaux qui sont décidément tous pareils). L'atmosphère âpre du pays renforce le tout. En écosse, c'est pas la fête tout les jours (mais ça on le savait depuis Trainspotting). Le point culminant est atteint avec un plan de motard qui apparait comme une transposition moderne de la peinture de Caspar David Friedrich, celle illustrant ce vieux mec à la canne sur sa montagne dans un style so "no futur" dans les nuages.

Doit on conseiller ce film ? D'un côté, si l'on en croit Ali Smachi, commentateur émérite sur youtube, on serait plutôt réservé :


Mais ce jeune homme ne serait-il pas lui-même enfermé dans le jeu des apparences ? N'est-il pas voué à l'égarement et à se faire promener par les blondes décolorées rassemblées désormais derrière Alizée ?

D'un autre côté, on peut aller plus loin et se rendre compte que Under the Skin mérite le détour (et trouver que Scarlett Johansson peut être bonne sans être blonde). Under the Skin sera amené à être une pure merveille pour tous les insomniaques qui tomberont dessus par inadvertance et se feront happés par ce songe délicieux. Mais sans aller jusque là, il reste une parenthèse céleste à tous ceux qui voudront bien se l'offrir. Alors un conseil tout de même : ne cherchez pas à voir Under The Skin après un shoot à la caféine. Vous pourriez avoir du mal à vivre le truc et vous retrouvez tels ces motards dans le film qui courent furieusement après le sens du scénario et s'y perdent (il n'y a hélas pas de motarde dans le délire alors que c'est chic les motardes... surtout lorsqu'elles viennent de Dijon).

Le film a des longueurs et il faut pouvoir les apprécier.

Prenons notre temps.
Kylord @ 30/06/14 2 commentaires
  Réactivation des systèmes vitaux 0 
Nous sommes le 4 janvier 2014, il est 19h57, l'atmosphère est plutôt humide à l'extérieur.

Fait marquant : le système de commentaires du site avait été laissé à la dérive suite aux multiples attaques aliens en provenance des tréfonds de l'internet. Il n'avait pas résisté face aux incessants spams "what an amazing website" et "try some pills".

La réactivation du circuit a été réalisée à 19h31.

Nous verrons s'il tient le choc.
Kylord @ 04/01/14 0 commentaire
  Retour vers le futur 0 
Monde de merde n'a pas été très locace en 2013 mais il est toujours là

Il revient en 2014.

Ouvrez les yeux.
Kylord @ 31/12/13 0 commentaire
  La vie est un éternel recommencement 8 
La vie est un éternel recommencement et ce nouveau post en est la preuve : une nouvelle fois, Mondedemerde.net renait de ses cendres. Qui l'eut cru après un an sans article ? Même pas moi, et pourtant, Orelsan a bel et bien laché la une du site. A moins d'un mois de la fin du monde comme l'annonce nos amis Mayas, il était temps. Cela me rappelle que je n'ai pas vu 2012 (je parle du film, pas de l'année). C'est ballot d'avoir manqué à la télé ce qui va nous arriver dans quelques semaines. A moins que 2012 ne soit pas la réalité et soit juste un film tout naze ? Non, je peux pas le croire. Hollywood, c'est pas le genre à raconter des histoires. Quoique, j'ai des doutes... il parait qu'on a un peu surinterprété les dires des Mayas. En tout cas, c'est ce que dit Le Figaro, et le Figaro c'est pas non plus le genre à raconter des histoires. Bref.

Il y a un problème avec la prophétie de 2012. Si la fin du monde est avérée cette année, l'humanité n'aura jamais le temps d'inventer la machine à remonter le temps (quelle ironie). Et donc nos ancètres ne pourront jamais avoir la visite des générations futures... mais, paf, paradoxe temporel : personne n'a jamais rencontré de visiteur du futur, est-ce la preuve que la fin du monde va bien se produire en 2012 ?

Pour élucider ces turpitudes métaphysiques, j'ai décidé d'aller au cinéma et de voir Looper de Rian Johnson. J'aurais pu aussi bien revoir la trilogie de Retour Vers le Futur mais, après avoir appris l'existence de son adaptation en jeu vidéo grâce à l'inénarrable joueur du grenier, j'ai étrangement ressenti le besoin de prendre de la distance. Oui c'est injuste pour les films, et ce malgré les efforts d'Helmut Fritz pour nous en rappeler le bon souvenir.



Les Looper, comme leur nom ne l'indique pas, sont des tueurs à gage. Attention, pas comme on peut l'imaginer façon Luc Besson du genre Leon ou Nikita. Pas non plus à l'américaine style Jason Statham sous acide ou encore Uma Thurman sous schweppes. Encore moins comme Forest Whitaker suivant la voie du samourai. Pas même comme Bruce Willis présent pourtant dans le film et toujours prompt à faire le chacal. Non, les Looper sont des tueurs à gage tranquillou : la mafia du futur leur donne rendez vous dans le passé et leur envoie une victime clef-en-main "prête-à-mourrir". Y'a plus qu'à tirer dessus. Les Looper étant plutôt folkloriques, ils s'adonneront à cette pratique avec des vieux tromblons tout pourris.


Le confort de la vie moderne : les cibles à abattre sont livrées "prête-à-emporter"



Mais pourquoi se donner du mal à envoyer des gens dans le passé pour les faire assassiner alors qu'on a toujours su si bien le faire dans le présent ? Parce que ça ne laisse aucune trace dans l'avenir (c'est le moins qu'on puisse dire) et c'est plutôt pratique d'un point de vue juridique. Notre bon vieux Philip K. Dick n'aurait surement pas renié cette idée de scénario alambiquée (on l'aurait encore pompé que ça m'étonnerait pas). Le problème qui se pose aux Looper est alors celui de quiconque qui traite avec la mafia : tôt ou tard, on finit par être celui qu'on veut voir mort. Mais le système d'organisation des Looper étant bien rôdé, tout est prévu. Le Looper finit par recevoir la commande de tuer son propre futur à lui. Vous voyez le délire ? Le mec tue son futur, continue de vivre jusqu'à devenir lui même le futur qui se fait tuer par son propre passé. Bref, il boucle ! (d'où looper qui se traduit par "boucleur"). Le vertige.

Cela dit, quand on est un boucleur et que son futur à soi qu'on doit tuer est Bruce Willis, ça bugue (bug, loop... spécial dédicace à tous les programmeurs qui nous lisent). De là s'enchaine en effet moults rebondissements qui vont conduire notre héros de Looper à bien des réflexions sur sa propre existence (de savoir qu'on devient Bruce Willis en vieillissant, ça fait réfléchir). Encore que cela est surtout vrai pour le Looper dans sa version jeunot incarnée par Joseph Gordon-Levitt ; sa version du futur (Bruce Willis donc) étant bien moins encline à revenir sur son passé. A ce sujet, permettons nous une méta-analyse cinématographique : dans le film, le personnage incarné par Bruce Willis apparait comme une réminiscence et se débat dans un univers qu'il peine à maitriser et cela malgré ses certitudes. La scène de dialogue dans le snack est criante à cet égard. Cette trame constitue un parallèle à la trajectoire de l'acteur Bruce Willis lui même qui se retrouve tel un symbole du cinéma d'action américain des années 90 perdu dans les affres des nouvelles dimensions intellos et tarabiscotées qui sont introduites dans les films d'action depuis les années 2000 (Inception, Matrix... pour les plus évidents).



Bruce Willis est limite nervous breakdown avec cette histoire de machine à remonter le temps



Au delà de cette mise en perspective, le film est saupoudré d'allusions cinématographiques qui témoignent de sa nature profondement post-moderne ('oyez). La plus évidente est celle faite à Terminator. La référence va bien au delà de la simple idée du futur lointain qui cherche à modifier le passé pour se préserver. Je tache de ne pas trop spoiler mais on peut dire que les gosses sont aussi un pivot du scénario à la différence près que ceux-ci se révèlent être une véritable plaie vis-à-vis de l'autorité parentale. Un indice sans trop spoiler mais un peu quand même ? Voyez ce clip de M83. Symptomatique d'une époque ?..

Emily Blunt joue quant à elle la Sarah Connor de service. Enfin pas tout à fait. Elle doit elle aussi se débattre avec une trame bien plus emberlificotée que celle de Terminator. Je n'en dis pas plus mais on retrouve ce caractère revêche de la résistante qui n'a pas froid aux yeux. Reste que c'est un plaisir de retrouver Emily Blunt qui commençait déjà bien à me plaire avec sa prestation dans L'Agence (film lui très clairement tiré de de K. Dick). Avec ce rôle dans Looper, elle devient carrément intéressante dans ses choix et la suite de son parcours pourra mériter quelque attention.


J'ai voulu inviter Emily à diner mais elle n'était pas disponible.



Autres références moins attendues, ce sont celles qui sont faites aux westerns. Pour Terminator, c'était peinard. Le futur débarquait dans les années 80 et le décor était déjà en place. C'était plutôt commode en termes budgétaires. Looper aurait pu profiter de la même facilité mais il fallait quand meme un espace-temps qui se soit arrangé avec ce futur qui téléporte à tout va des gens à abattre. Ce ne pouvait pas être le présent de nos années 2000. Le choix s'est donc porté sur une sorte de futur intermédiaire pas si lointain. Les villes y sont tenues par des mafia à la manière de Gotham City. Une atmosphère de western a été ensuite distillée dans ces milieux urbains. Ce qui y contribue le plus sont bien ces pétoires foireuses dont s'arment les looper. La peinture globale est achevée avec les "Gat Men" qui font office de Blade Runner à la solde de la mafia. Equipés eux aussi de flingues pour le moins exotiques, ils tracent les Looper qui sont en l'occurence assimilables à des réplicants.

Force est de conclure que Looper vaut le détour. La logique de la mise en abime voudrait qu'il faille reboucler et le voir une seconde fois pour comprendre de nouvelles subtilités. Et peut être que cette fois, grâce à une inflexion de la trame temporelle, je pourrais proposer un petit italien à Emily. Non ? Bon, ok ok.
Kylord @ 25/11/12 8 commentaires
  Hohé matelot, lève ton verre au Chant des Sirènes 5 

Clips

Raelsan


Plus Rien ne m'étonne


Suicide Social


Orelsan est un mec qui a des allures de Boy Next Door. L'attitude nonchalante et faussement négligée de l'adolescent distrait qu'il ne veut désespérément pas lâcher lui donne un genre qui ne laisse pas indifférent. Entre agacement et connivence, on se tâte. Mais je vais quand même choisir la deuxième voie. Ça me ferait mal de jouer les donneurs de leçon.


Mais Orelsan, avant d'être un type qui fait le buzz (grâce au soutien admirable de fans comme Ségolène Royal), est un rappeur au flow atypique, un rappeur blanc qui réussit, une sorte d'Eminem en terres françaises (arg, je suis encore frappé par la maladie du journaliste qui fait des rapprochements foireux). C'est qu'il louche vers la provocation même si elle est davantage le résultat d'une franchise portée au paroxysme plutôt qu'une volonté délibérée de choquer Michel Drucker et la famille sur le canapé le dimanche après midi. Son nouveau style à base de col en V et de coiffures rigolotes en témoigne, il sait se montrer sage et conciliant.


L'air un peu paumé mais avec un discours qui surfe sur toutes les vagues du moment de façon totalement assumée, à base de placement de produit à gogo, Orelsan symbolise cette jeunesse éprise de consommation de masse mais qui, égarée, est pourtant affamée d'authenticité. Paradoxe ? Complètement, et on va le comprendre au travers du décryptage du deuxième album d'Orelsan, Le Chant des Sirènes, sorti ce 26 septembre 2011.



Je suis sensible au chant des sirènes.


Dès le premier titre Raelsan, Orelsan le transformiste démarre plein d'ambition. Il reprend le récit de son parcours et invite l'auditeur à le suivre dans le délire, dans son échappée de lucidité crue, tel un prédicateur galvanisant son public pour les titres suivants. Mais le désenchantement arrive aussitôt dès le deuxième morceau, le titre éponyme, où le rappeur présente déjà ce qui pourrait ressembler à son propre mythe d'Icare annonçant une précoce fin de carrière musicale : "Mes ex-fans déçus cherchent le Orelsan du début, mais moi-même j’crois que j’l’ai perdu". Même s'il semble évident que la fiction dépasse la réalité, on en apprend des belles comme celle révélée par l'extrait "J’ai la chanteuse du moment en featuring, y’a deux ans je l’aurais sûrement insultée au fil d’une rime". Diantre mais quoi ? qu'est ce ? Je me suis précipitée sur l'internet des jeunes pour comprendre. Et la découverte fut cruelle : Orelsan a chanté en duo avec Jena Lee. Confirmation sur la chanson 2010 : "J’suis pas là pour me faire des amis, j’préfère extorquer des gamines suicidaire featuring Jena Lee". Jena Lee, en effet. Oh my god.


Tel le dérapage d'Orelsan se prenant le mur, il y a alors un titre important puisque reprenant tous les éléments de perte de repères et de fuite en avant qui caractérisent ici le rappeur encore plus que dans son premier album : Plus Rien ne m'étonne. Dans le clip (visionnable juste ici), marques commerciales et produits manufacturés s'enchainent dans le texte comme à l'écran, le tout comme mis en orchestre par un lapin déluré que le jeune Caennais poursuit éperdument. Ah il est loin le lapin blanc de la matrice après lequel Orelsan courait gentiment dans Changement. Ils se tapaient même des bières ensemble à l'époque. Là, le lapin est débilitant et a même viré au violet. Musique au rythme mécanique et name-dropping qui fuse donnent cette sensation d'oppression qui va conduire irrémédiablement - au volant d'une Chevrolet.. - à la rupture finale salvatrice. Orelsan redevenu Aurélien n'a plus qu'à rentrer à pied chez lui à Caen. C'est un aspect nouveau de ce deuxième volet : après avoir suivi le chant des sirènes à l'issue de son premier album, il y a une volonté de prendre du recul et de la distance, défendant même l'idée dans La Terre est Ronde que, "après avoir fait le tour du monde, tout ce qu'on veut, c'est être à la maison". Mais il n'oubliera pas dans l'intervalle de faire de la pub pour la PS3...


Clairement, il y a du nihilisme dans le discours. Ce nihilimse pleinement assumé fait penser à une autre artiste contemporaine : Lady Gaga (lady gogole comme on dit par chez nous). Ça me fait mal de comparer un troubadour que j'apprécie avec cette pouf déglinguée mais il faut reconnaitre qu'il y a chez l'un comme chez l'autre cette façade qui fait parti intégrante du propos. Pour la parenthèse, on remarquera que les deux ont comme autre point commun de rendre hommage à Michael Jackson sans réserve, Orelsan ayant "perdu une partie sa jeunesse le 25 juin" (Raelsan). Qu'est ce que ça veut dire, j'en sais rien, mais ça fait giga-réfléchir. Aussi, reprocher à Orelsan de ne pas incarner un point de vue personnel, c'est comme reprocher à Lady Gaga d'être superficiel. C'est les attaquer sur l'essence philosophique de leur démarche qu'ils revendiquent totalement. "Je suis plus assez naïf pour avoir un point de vue..." (Plus Rien ne m'étonne), "Je prends même plus la peine d’avoir une opinion" (Le Chant des Sirènes) sont en effet les propos avancés par Orelsan. Celui-ci reflète avant tout autre chose une époque et son point de fixation est d'en être un canal d'expression sans filtre et sans filet. Suicide Social est totalement dans cet esprit. On y retrouve pêle-mêle tout ce qui forme les malaises actuels dans la société. Peu importe qui les affirme, peu importe à qui c'est adressé, ce sont des formules clichées qui sont autant de bonnes raisons d'en vouloir à autrui, autant de bonnes raisons d'en finir.



Plus dure fut la chute.

Le nihilisme latent n'est pas de conviction. C'est en tout état de faits qu'il s'impose à Orelsan qui s'en accommode, qui "n'attend pas grand chose de spécial" (Si Seul). Logiquement, la résignation s'installe et elle atteint même la sphère de l'intime. Dans le joliment construit Double Vie, on aperçoit un Orelsan qui tente le compromis avec le sexe opposé (ça change de Sale Pute) mais qui, face aux réalités, fait le constat irrévocable d'une fin tragique inéluctable : "Je sais déjà comment ça va finir : mal !". Ces paroles ne sont pas jetées en l'air car c'est bien cette issue que va matérialiser le morceau suivant tout bonnement intitulé Finir mal. Sans complexe, Orelsan s'aventure alors à exposer une vulnérabilité prononcée. Cet enchainement entre les deux morceaux est le symbole de la cohérence extraordinaire qui est tissée tout au long de l’œuvre. Cette démarche revendiquée est réussie, car l'écoute n'en est que plus stimulée et plaisante.


Orelsan est peut être bien souvent tenté par le fatalisme absolu, un sursaut d'empathie lui échappe parfois comme dans La Petite Marchande de Porte-Clefs où il raconte les affres de l'existence d'une petite chinoise bien malmenée. Déjà conteur dans Perdu d'avance avec Un Gros Poisson dans une Petite Mare où il s'en tenait à des considérations locales, sa vision est désormais internationale et mondialisée. Bien sûr, le texte est dur, froid et les expressions de compassion ne sont là que pour être tournées en dérision. Le tragique du récit s'oppose à la petite musique faisant figure de berceuse dans une douce et atroce ironie. Orelsan ne voudrait pas trop avoir "l'impression de faire la morale" car ça "l'énerve" (La Morale). Mais on voit bien que, quelque part, il cache un coeur gros comme ça (...non ?).


Mais si Orelsan s'épanche dans de sombres turpitudes d'un côté, ça ne l'empêche pas de kiffer de l'autre. Sur 1990, il se fait plaisir en se rappelant au bon souvenir du hip hop des nineties, tout en se la donnant sur l'égotrip 2010 en faisant "du rap comme il veut" (20 ans de kiff autrement dit). Le Chant des Sirènes donne aussi lieu à des rapprochements inattendus comme Des trous dans la tête dont la construction fait furieusement penser à celle utilisée par Tryo dans Désolé pour hier soir, certes dans une version plus trash et radicalisée. Pour l'anecdote, parmi les autres petits kiffs qui font sourire, on retrouve chez Orelsan le constat évoqué par Emily de Metric sur Handshakes : "T'as besoin d'une voiture pour aller travailler, tu travailles pour rembourser la voiture que tu viens d'acheter, tu vois le genre de cercle vicieux, le genre de truc qui donne envie de tout faire sauf mourir vieux" (La Terre est Ronde). Voilà un gage de l'aptitude du rappeur à la lucidité élémentaire et à la perception de l'absurde.


Voilà, on papote, on joue sur les mots, on écoute de quoi il cause Orelsan et on en oublierait presque qu'il y a aussi et surtout de la musique. C'est du hip hop en l'occurence et on retrouve les structures en boucle propres à l'exercice. Assez tournées vers le son électro, faisant place parfois aux claviers, elles n'en restent pas moins éclectiques et variées. Des gros beats de 2010, de Mauvaise idée (avec des "bips" façon Norman-fait-des-vidéos) ou de Ils sont cools (mais un peu casse couilles aussi là), on imagine facilement à l'opposé Elisa Tovati & Tom Dice s'inviter sur La Morale. Le producteur Skread, qui bosse entre autres pour Booba, officie aux manettes. Euh what's the fuck ??! Booba ?... Ça commence à être compliqué de soutenir Orelsan au vu des drôles de connexions dans le monde musical que j'accumule dans cet article. A moins que je me trompe sur le compte de Booba. Souffrirait-il tout comme Orelsan d'une image illégitime, la subtilité de son oeuvre serait-elle injustement méconnue ? Ok, je suis prêt à me remettre en question et écouter plus en avant les dernières productions de Booba.... * écoute en cours *......euh...... Booba, non merci. C'est juste pas possible. Skread doit être un mercenaire de la musique et Orelsan sait tirer parti habilement de ses compos. C'est la seule explication que je peux trouver à ce lien entre Booba et Orelsan.


Alors qu'il avait "presque abandonné le son avant de faire sa deuxième livraison", Orelsan propose en fin de compte un Chant des Sirènes envoutant. Si le premier album Perdu d'avance impliquait logiquement ce deuxième album ("Orelsan a-t-il perdu finalement ?"), celui-ci complique les choses pour la suite puisqu'il se termine par l'implacable Suicide Social pour conclure alors sur la mort, celle qui "viendra quand même". Il existe un autre rappeur qui avait choisi de finir son album phare de façon aussi radical : c'était Fuzati avec Vive la vie....et on attend toujours la suite.

Kylord @ 17/10/11 5 commentaires
  The Office VS The Office 9 
ou comment appréhender différentes cultures d'entreprise à travers une adaptation télévisuelle

Attention - Post avec des spoilers à tous les étages

Sur la planète, de nombreux gens sont des "actifs". En France par exemple, il y a grosso modo 28 millions d'actifs. Ça fait du monde, mine de rien. Ça en fait des gens qui remuent. Mais qu'est ce qu'ils font au juste ? On ne sait pas trop mais ils sont "actifs". Ils font des trucs. Ils se meuvent, bougent dans un sens ou dans un autre, ils s'agitent et on leur donne des sous pour ça. Possiblement vous en êtes un (ou alors vous êtes un "inactif"... bref une grosse loque... un peu comme mondedemerde.net ces derniers temps).

Le pire dans tout ça, c'est qu'un actif peut le rester trèèèèèès longtemps. Il commence à bouger et il n'en finit plus de gesticuler. Il y a quelque temps, on avait un concept qui permettait aux gens qui ne s'arrêtaient plus d'être actif de stopper tout ce foin. Ça s'appelait la retraite. Mais un petit nerveux drogué à l'hyperactivité a fait appel à un grand mytho à lunettes pour en finir avec cette drôle d'invention. Maintenant, les actifs, ils vont le rester à vie. Comme ça, les actifs, en collectant toujours plus de slips et en faisant ainsi toujours plus de profits, évitent que les inactifs qui ont des sous donnent des sous aux inactifs qui n'en ont pas. Parce que les inactifs qui ont des sous deviendraient actifs pour le coup, et ça leur foutrait bien les boules.

Bref, tout ça pour dire qu'il y a beaucoup de gens actifs, que cela ne risque pas de changer et que tant de gens actifs, ça interroge. On se demande bien ce que ça peut leur faire d'être actif à tous ces gens-là. Pour cela, les anglais - qui sont pas les derniers pour la déconne quand ils veulent bien s'y mettre - ont créé une série dans les années 2000 : The Office. En un comme en cent, l'Entreprise. Les auteurs Ricky Gervais et Stephen Merchant (ce dernier mêle le stéréotype anglais et le cliché de l'auteur branché de façon assez stupéfiante) ont fait appel aux procédés de la télé-réalité et à un humour cruel saupoudré d'une touche de Monty Python pour illustrer le monde du travail. Le résultat est tout simplement brillant.... et les américains se sont forcément jetés dessus comme les gros voraces qu'ils sont pour en faire leur propre version sous l'oeil avisé des auteurs d'origine. Une fois n'est pas coutume, ils en ont fait une recette à succès car la production américaine vient d'achever tranquillou sa 7ème saison.

Nous avons donc The Office (UK) vs The Office (US). La subtilité so british contre les gros sabots de la cavalerie USA. Le docu-fiction humoristique contre la comédie de bureau bon enfant. Dans les deux séries, les fondamentaux sont les mêmes (avec des histoires qui frôlent le copier coller au départ de la série US) et pourtant le sens de l'interprétation diffère radicalement. C'est révélateur d'un choc de cultures même s'il ne faut pas oublier qu'il y a plusieurs années d'écart entre les deux séries (les écrans CRT affichant "It is now safe to turn off your computer" dans la production UK, c'est émouvant). Toutes les différences ne sont donc pas à mettre au grief de la seule question spatiale (Europe / USA) mais à mettre aussi au compte de la question temporelle (Britney Spears / Justin Bieber) comme en témoigne dans la version US les références aux réseaux sociaux chers à notre ami Louis-Serge Real del Sarte.

Cela étant, j'en viens à mon but final : révéler au grand jour les différences entre les deux productions à travers la revue les troupes de chacune des déclinaisons. Non pas pour voir qui c'est le plus fort de l'éléphant ou du rhinocéros, mais parce que chaque personnage nous en apprend un peu plus sur les spécificités des mœurs de la société qu'il représente et que la comparaison rend la chose encore plus évidente. C'est encore sans compter que cette galerie d'employés de bureau parlera sans aucun doute au petit actif surexcité qui est en chacun d'entre nous.

Le directeur régional

===> David Brent vs Michael Scott <===
Le manager responsable de la succursale du groupe de papier mise en scène est en quelque sorte le fil rouge de la série. Ses frasques, entre gestion calamiteuse des équipes et égocentrisme maladif, impulsent le rythme de chaque épisode. D'emblée, sur ce personnage fondamental, les américains impriment leur marque : si David Brent (incarné par Ricky Gervais) et Michael Scott (interprété par Steve Carell) élèvent tous deux la bêtise à un niveau extraordinaire, le manager américain se distingue par un narcissisme encore plus marqué que son homologue anglais. Chez l'américain, l'exubérance de ce trait va jusqu'à l'outrance auquel s'ajoute un potache bien gras avec les innombrables blagues à la con qui vont avec ("That's what she said"). D'accord, David Brent se défend bien aussi mais lui se retient parfois même si c'est clair que ça l'emmerde (et cela grâce à une interprétation de la frustration de Ricky Gervais tout à fait remarquable). Tout cela illustre bien la retenue européenne face à un Michael Scott prêt à tout et presque sans limite. Il faut dire que le manager version UK est plus partagé car il est animé un peu plus par la volonté de se faire passer pour un maitre à penser (comme en témoigne son illustre conférence sur du Tina Turner ou ses lectures de la figure culturelle locale). Autre différence : réalisme oblige, David Brent est bien plus perfide et suscite moins la compassion que son équivalent américain qui, même s'il tente des saloperies, est tellement prévisible et à côté de ses pompes qu'il en est absolument pathétique. Les deux compères se réunissent de toute façon complètement quand il s'agit d'illustrer fort bien ces valeurs universelles que sont les instincts naturels du petit chef (comme ne rien faire à part plomber les équipes ou monter les uns contre les autres). Ils valident ainsi ce principe ancestral des organisations dans les entreprises : « Les gens les moins compétents sont systématiquement affectés aux postes où ils risquent de causer le moins de dégâts : l’encadrement. ». Encore qu'en l'occurrence, les dégâts restent dévastateurs.


La déléguée du siège

===> Jennifer Taylor Clarke vs Jan Levinson <===
Alors là c'est clair et net : les américains ont fait partir ce personnage complètement en vrille. Pour résumer, la déléguée du siège est la boss du directeur régional et lui transmets les directives des hautes autorités du groupe. Allure stricte et ultra professionnelle de rigueur. Si Jennifer l'anglaise, bien que foncièrement affriolante et pourtant sans rapport aucun avec la sérieuse Jennifer Ayache, affiche une sévérité sans faille, la distance glaciale de Jan Levison n'est en vérité qu'une carapace qui va rapidement craqueler pour révéler une personnalité instable (ainsi que des seins énormes, notez). Alors bon, je voudrais pas voir le mal partout mais quand même : n'est ce pas du sexisme de la part des auteurs américains que d'avoir amené le seul personnage féminin avec des hautes responsabilités à devenir émotionnellement très perturbée voire carrément psychotique ? Le statut d'autorité dans le groupe sera ainsi très vite ramené à une figure masculine en la personne posée de David Wallace, CFO du groupe (Chief Financial Officer, 'oyez).



Le vendeur cool

===> Tim Canterburry vs Jim Halpert <===
Voici un personnage essentiel à la série : le vendeur décontracté et facétieux. Que ce soit Tim d'un côté ou Jim de l'autre, ils servent à mettre en relief les exactions du directeur régional par leurs réactions ou mimiques. En un sens, c'est un peu comme si les auteurs de la série intégraient l'avis critique de leur propre récit dans l'histoire, du genre : "vous avez vu ce qu'on a fait faire au chef dans notre scénar ? ben ouais c'est vraiment débile, et Jim le fera remarquer pour nous". Mais si ce rôle est identique dans les deux séries, l'interprétation diffère. L'américain apportera ainsi sa cool attitude à base de vannes typiques façon Bruce Willis après avoir abattu 200 terroristes ("Dire que j'avais vraiment pas envie d'aller au boulot ce matin"). Tim accentuera le comique des situations bien plus en subtilité avec parfois simplement un comportement de distanciation ironique avec ce flegme si typiquement britannique. Mais il y a une autre différence très marquée dans le développement de chacun des personnages : si Jim est peu motivé dans son taff, cela n'est pas aussi marqué que chez Tim qui est sans aucune espèce d'ambition, préfère vivre chez ses parents par confort financier et va jusqu'à proposer de lui-même son pire ennemi pour devenir le nouveau manager de la succursale à sa place (si ça, c'est pas du sabordage...). Aux Etats-Unis, au pays du culte du développement personnel, raconter une telle façon de gérer sa carrière était inconcevable. Pour commencer, Jim ne vit donc pas chez ses parents mais en coloc'. Ensuite, il ne sera pas contre l'idée de titiller quelques responsabilités à l'occasion voire même progresser dans la hiérarchie en osant même pointer des dysfonctionnement auprès de la direction (le con). La différence de psychologie entre Jim et Tim est ici très révélatrice en cela qu'elle montre l'importance de l'accomplissement par le job dans la société américaine à l'inverse des européens plus critiques. Enfin, Tim et Jim ne s'illustrent pas seulement au travers de leur profession mais aussi à travers leurs sentiments pour la réceptionniste. Là encore, le pauvre Jim a beau se languir amèrement pendant moults saisons (parce que les ricains adorent les soap-opera), il se distingue puisque le positivisme forcené inhérent à la culture US rendra la romance entre Jim et Pam bien moins sentimentalo-tragique que celle entre Tim et Dawn. D'ailleurs, c'est bien Jim, symbole d'une amérique battante et toujours prête à rebondir, qui finira par se barrer face à un Tim à jamais embourbé et hésitant.



La réceptionniste

===> Dawn Tinsley vs Pam Beesly <===
Si les récits amoureux de Dawn et Pam prennent des chemins qui divergent (...et c'est énorme), c'est aussi parce que Pam est bien moins fataliste que Dawn. Au fil des saisons, elle apparaitra de plus en plus pugnace et moins prompt à subir les fantaisies de son patron contrairement à Dawn qui ne cesse de les accepter bon gré mal gré. Il y a sans doute une explication à ce caractère plus trempé : si Dawn est plutôt laissée pour compte et passe plutôt inaperçue dans l'entreprise (une collègue le lui fera gentiment remarquer dans l'épisode finale), ce n'est pas le cas de Pam qui fait l'objet de nombreuses attentions (flattée par son patron, jalousée par ses collègues...). Certes, la production anglaise est plus réaliste... mais il ne faut pas oublier pour autant qu'il existe une représentation particulière du travail aux USA qu'on pourrait juger plutôt positive en l'occurrence : le poste occupé par un individu n'est pas un statut comme c'est bien (trop) souvent le cas en Europe mais il est considéré comme un moyen. Il n'y a ainsi pas de petit métier et Pam n'est pas réduite à ses fonctions de réceptionniste.... mais c'est aussi parce que sa vie personnelle est mise en scène bien plus largement que dans la série anglaise. Chez Office version US, on a droit aux mariages, aux diners entre collègues. Les frontières entre monde professionnel et vie privée sont bien moins marquées et cela révèle à quel point les américains se représentent l'entreprise comme un véritable lieu de vie à occuper comme un autre. Michael Scott pousse ce principe à l'extrême en s'employant à perpétrer des incursions dans la vie privée de ses employés et cela à tout bout de champ. A leur grand désespoir... et tout particulièrement celui de Pam.


Le vendeur complètement secoué

===> Gareth Keenan vs Dwight Schrute <===
Ce personnage est un ressort comique récurrent et cela pour trois bonnes raisons : il a les dents longues, il est bardé d'obsessions et il prend tout au premier degré. Bref quasi l'inverse du vendeur cool plutôt dilletant. A partir de là, c'est un régal pour les auteurs de l'utiliser voire même une valeur refuge quand l'épisode est un peu faiblard. Une particularité est à mettre au compte de la production anglaise avec un Gareth Keenan qui est totalement à contre emploi de ce qu'il prétend : passionné de la chose militaire, son physique peu imposant couplé à une élocution craintive le discréditent d'office et le ridicule le suit d'autant plus qu'il veut régulièrement soumettre autrui à ses lubies. Il est intéressant de remarquer que les américains ont choisi de coller un background plus "fermier" à ce personnage même si le dénommé Dwight Schrute se vante aussi à tort et à travers de son titre de shériff volontaire. J'aurais plus de mal à extrapoler vis-à-vis de ce choix mais je pense que les auteurs US ont voulu mettre de côté le débat politique qu'aurait suscité des références à l'armée tournées en dérision, surtout dans un pays où la question militaire relève quasiment du sacré. Pas couillus les scénaristes pour le coup.


La décomplexée

===> Trudy vs Meredith <===
Voilà un personnage très secondaire et pourtant lourd de sens tant il prend une direction bien différente selon le côté de l'atlantique duquel on se place. Le socle est commun : disons que Trudy comme Meredith n'ont pas de scrupules à profiter pleinement de tous les plaisirs de la vie. Mais si l'une, Trudy, s'éclate avant tout et n'est pas méjugée (ses collègues se feront une joie de lui offrir de quoi s'amuser à son anniversaire), Meredith accumule les tares socialement dévalorisantes : alcoolique, mère indigne, pique-assiettes... Et pourquoi les auteurs US l'ont ils accablé de la sorte ? Hé bien pour parler au téléspectateur : dans un pays où le puritanisme fait toujours loi, une femme libérée - et tu sais c'est pas si facile - ne peut pas être très équilibrée. Bon, c'est vrai qu'en déclarant coucher avec des terroristes, elle ne mets clairement pas toutes les chances de son côté. Elle offusquera ainsi à maintes reprises les représentantes du puritanisme à l'américaine que sont Phyllis, la puritaine traditionaliste, et Angela, la puritaine psychorigide tendance schizophrène (sorte d'incarnation sous forme de comptable de l'autre cinglé de Sarah Palin). Constat très symbolique : des personnages comme Phyllis et Angela n'existaient pas dans la version originale et l'une comme l'autre ne manquent pas de faire valoir leur pruderie. C'est particulièrement le cas dans l'épisode de l'exhibitionniste où Phyllis est toute retournée d'avoir vu le loup par inadvertance. De l'autre côté de l'océan, en terre anglaise, quand Trudy baise sur le parking de la boite, on n'en fait pas tout un fromage. En conclusion : quelle bande d'hypocrites ces amerloques.


L'intérimaire

===> Ricky Howard vs Ryan Howard <===
Un panel type d'employés ne serait pas complet sans l'éternel stagiaire qu'on appellera ici l'intérimaire car on est pas chien, on le fait pas bosser 10h par jour gratuitement. Mais intérimaire ou stagiaire, le jeune homme en question est la proie idéale du manager. Profitant de la soumission du débutant qui, par nécessité de se faire une première expérience professionnelle, ne souhaite pas contrarier les autochtones vivant au sein de l'entreprise, David Brent et Michael Scott, en l'absence de contradiction, vont glorifier leur personne encore plus qu'à l'accoutumée. Comme d'hab, côté américain, les scénaristes envoient lourd et Michael Scott va vouloir carrément le prendre sous son aile. Il va essayer de le contrôler à tout point de vue et à tel point que cela va même susciter en lui des envies pour le moins ambiguës... Mais si cette phase d'intégration de l'intérimaire dans l'entreprise est un phénomène intéressant en soi, son parcours par la suite mérite aussi l'attention. Côté UK, on a affaire à un grand dadet qui, même s'il vient là pour faire le taff, n'est pas spécialement emballé et concerné. Quant à Ryan, l'intérimaire américain, c'est une autre affaire et, bon dieu, je vais encore vous dire que c'est très révélateur de la mentalité américaine. D'abord, dans les premières saisons, il fait part régulièrement de son exaspération. A travers son sujet d'études à l'université, il va alors finir par exposer tout ce qui cloche selon lui. Conquérant, tel un féroce winner, il va s'appuyer là dessus pour décrocher un poste à un haut niveau dans la hiérarchie du groupe. Et hop, voili voilou, c'est la magie de l'ascenceur social à l'américaine. C'est t'y pas beau. Mais un ascenceur, ça monte et ça descends. Après moults épisodes cocainés, il va donc repartir vers le bas en 4ème vitesse tel un symbole de la récente crise financière largement produite par une économie américaine carrément surchauffée. L'intérimaire : précaire était son emploi, précaire fut sa réussite.


Les autres

===> ??? vs United Colors of Benetton <===
Il reste bien quelques personnages en équivalence entre série UK et série US mais, à quelques choses près, il n'y a rien d'extraordinaire à noter. Entre autres, Chris Finch le lourdingue est repris par Todd Paker, bien lourd aussi. Je vous le donne en mille, Todd Paker l'américain est le plus lourd des deux. Keith Bishop est repris quant à lui par Kevin Malone. Le personnage original est plutôt respecté hormis que le côté pince-sans-rire du bonhomme est passé aux oubliettes chez les américains (trop subtil sans doute). Il en viendra à faire lui aussi de la grosse vanne et du give me five à la moindre occasion. Pour le reste, la série US, ambitieuse et avide d'un potentiel d'interactions toujours plus important, mets en scène de nombreux autres personnages qu'elle a totalement créés. Il y a bien Phyllis et Angela déjà mentionnées mais il y a surtout tout une ribambelle d'autres salariés qui ont comme particularité d'être issus des minorités visibles. Darryl Philbin pour les afro-américains, Oscar Martinez pour les mexicanos, Kelly Kapoor pour les indiens, c'est un vrai festival. Oscar se payera même le luxe d'être marqué par le sceau d'une deuxième communauté : les homosexuels. J'annonce cela telle une malédiction car c'est effectivement ce qui va les frapper par l'intermédiaire de Michael Scott. Bien inspiré par un David Brent qui ne se ratait pas non plus dans le genre, il va leur balancer à la figure toute la collection des préjugés associés à leur communauté d'appartenance. Tous ces personnages ainsi ciblés sont plus développés dans la comédie US que dans la comédie UK où ils s'en tenaient à des rôles de figurant. Dans cette dernière, on voyait même David Brent se mélanger les pinceaux en confondant un Pakistanais avec un autre (alors tout le monde sait qu'il faut faire super gaffe, ce sont tous des terroristes en puissance !!!!) ; ce qui illustre là une vie sociale professionnelle plus réaliste et cruelle où les employés ne se connaissent pas tous entre eux. A l'inverse, l'importance donnée aux minorités visibles par l'office américaine indique la considération si chère à Hollywood à leur endroit. Mais il faut dire que c'est l'occasion aussi pour les auteurs de réfleter cet aspect si spécifique aux Etats-Unis : la judiciarisation à outrance de la société (mis en évidence par ailleurs avec Roy qui se fait virer direct pour sa tentative d'agression alors que les anglais ont vachement plus de tolérance avec les gnons dans la gueule). Les discriminations raciales ou sexuelles sont un terrain de rêve pour en montrer les délires. Bon c'est pas tout ça mais faut bien se détendre un peu alors il y aura un deuxième noir, Stanley Hudson, une sorte de Danny Glover échappé de l'Arme Fatale, qui ne sera là que pour faire des mots croisés en attendant la retraite.


Si vous avez déjà osé vous aventurer dans le monde du travail, je veux bien mettre ma main à couper si, parmi tout ce beau monde, il n'y a pas un personnage qui vous ait rappelé une expérience vécue (hmm je vais peut être mettre juste un doigt, sait-on jamais).

Bien sûr, tout cela est de l'entertainment (particulièrement côté US) et s'il y avait tant d'animation dans tous les taffs de la vraie vie, la valeur travail, cette valeur qui devient si chère aux politiques quand il s'agit faire passer des réformes dans la douleur, serait sans doute mieux considérée. Les passages où on se fait chier au boulot, à quelques exceptions près (comme Dwight s'occupant à broyer du papier pendant que les collègues errent sur le net sans but), sont quand même pas mal occultés.

Je terminerai cette étude par une considération d'ordre général qui, comme dirait le philosophe Eric Cartman, fait giga réfléchir. N'avez vous pas remarqué que dès qu'on sort du cadre de l'entreprise les personnages n'existent plus dans la production américaine ? Jan par exemple va être petit à petit écartée. Tout se passe comme si l'entreprise était LE sujet et cette sacralisation est totalement confirmée par cet épisode où Michael Scott se couche devant la société mère et cela même au dépend de sa propre compagne. On le qualifiera de "brave type" à cette occasion (ce n'est même pas ironique). Je sais pas pourquoi mais j'imagine trop pas ça chez nous. D'ailleurs, les anglais, à l'inverse de leurs confrères américains, ne délimitent pas exactement le périmètre à l'entreprise. Même lorsque les personnages la quittent dans l'épisode finale (David Brent qui se lance dans la chanson ou Dawn Tinsley en périple aux Etats-Unis), on les suit encore. L'entreprise est ici plus une affaire de contexte que de sujet.

De toute façon, que cela soit la série britannique ou américaine (la première est plus pertinente, la seconde plus moderne), elles sont hautement recommandables d'autant plus en cas d'entrée imminente dans le monde du travail (mais garde, version originale absolument obligatoire sinon c'est le massacre). The Office vous permets d'appréhender toutes les ficelles de l'entreprise très rapidement et cela est grandement plus efficace que de se faire exploiter dans moults stages. Bon, je ne suis pas sûr que ça soit aussi payant dans le CV...
Kylord @ 21/04/11 9 commentaires
  Tuons le temps en chroniquant Paramore 3 
Piégé dans la glace, le froid et les bouchons lyonnais (les embouteillages, pas les restos), je reste tétanisé dans mon véhicule automoteur et me morfonds à la pensée d'un terrible constat : je n'ai pas publié d'article en novembre et c'est un faux pas retentissant dans le rythme journalistique mensuel que je m'étais juré de suivre sur cette année 2010 par contrat tacite avec vous, mes très chers lecteurs que j'aime et particulièrement toi qui admires tant Jennifer Ayache.

Il est urgent de se ressaisir notamment pour occuper le temps de cerveau disponible de tous les jeunes gens empêtrés dans l'oisiveté et dont tu fais sûrement parti lecteur. Je me sens investi de la mission d'apporter constamment de la nouvelle matière à vous tous, utilisateurs de moteur de recherche prospectant sur des sujets tels que "marre de ce monde de merde", "merde au monde", "la population merdique qui m'entoure", "existence de merde", "on vit dans un monde de merde", "nous somme la merde de ce monde", "vous me flattez mais poursuivez"... (je n'invente évidemment absolument rien).

A vrai dire, jeune personne, ou même toi, moins jeune personne (tu as su de toute façon rester fraiche comme te le suggères fort subtilement la campagne de Virgin Radio (je n'ai pas encore compris la raison de faire passer ce message sur du Lilly Wood & the Prick qui ne dit rien de moins que "we're a waste" (comprendre "nous ne sommes qu'un gros gachis"))), cela tombe bien que tu sois là car je veux te parler d'un groupe que tu connais peut être. Pour raviver les quelques flammes de mon inspiration agonisante, j'ai en effet décidé de m'en remettre à une étincelle insaisissable : la petite Hayley Williams de Paramore. Ce petit bout de femme rougeoyant d'1m55 (j'ai mesuré, ça fait pas haut) est une pile électrique scénique et ça fait plaisir.

Il est temps d'en parler avant qu'il ne soit trop tard. C'est que la petite Hayley semble emprunter une pente dangereuse. Après avoir déjà osé des folies capillaires sur le terrain de la blondeur extrême et des images de synthèse chatoyantes, la voilà qui exhibe des cheveux roses sur un morceau à l'excellence très relative. Cela commence ainsi et on sait comment cela se termine. C'est un signe avant coureur de la fin des temps et tu dois bien te demander lecteur pourquoi j'évoque ce soit disant groupe Paramore. Cela te semble être une bande de zikos émos tape-à-l'oeil peu enthousiasmante.

Pour que tu me comprennes lecteur, il faut revenir à l'album de référence sur lequel je vais m'étendre : RIOT ! Derrière ce titre qu'on pourrait traduire en français par "Révolte ! révolte !", on pressent la rébellion adolescente revendiquée. Chez les mecs, quand on se lance dans ce registre, on s'en prend souvent au système et à la société qui n'a que des problèmes. Chez les nanas et donc dans notre cas présent, c'est souvent plus personnel. Il s'agit davantage d'une question d'affirmation individuelle, d'indépendance déclarée, de "jefaikeskejeveudabord". Tout le défi consiste alors à ne pas sombrer dans le ridicule et se voir cantonner dans une pose ne volant pas plus haut que celle de Christelle Bazooka (ou, encore pire, paroxysme de l'horreur, celle de Jena Lee). Autant dire qu'avec RIOT !, on pouvait craindre le pire surtout quand on voit la dite Hayley Williams entourée d'une bande de musiciens émo-rock à mèche trop stylés. Et pourtant, malgré les gros clignotants et tous ces signaux d'alerte, cet album de Paramore dépote. L'énergie déployée par l'étincelle chantante est totalement convaincante. Elle a une puissance vocale indéniable, une pêche incroyable et elle complète le tout avec un headbanging parfaitement maitrisé . Les zikos ont l'air idiots mais ils envoient et le rythme rock & roll est là. L'exemple emblématique est assurément le titre Misery Business sur lequel Haley Williams s'éclate littéralement.

En même temps, ce Misery Business illustre les contradictions latentes desquelles Paramore ne se détache jamais complètement. Le groupe ne peut s'empêcher de faire appel aux clichés de l'adolescence de façon un poil caricatural. Pour commencer, le clip prend place dans un lycée au milieu des pom-pom girls. Déjà, tu vois le tableau. C'est à partir de là que surgit l'arrogant personnage qui incarne la cible des attaques présentes dans le texte. Si Hayley s'en prends à lui, c'est qu'il s'agit d'une jeune femme qui n'est vraiment pas gentille du tout, ouh ça non. Celle-ci ose les pires ignominies (à savoir couper les cheveux d'une fille à son insu ; ce qui est la tragédie existentielle suprême de la gente féminine par excellence), embrasse les garçons dans les couloirs (olala c'est vraiment pas bien du tout ça), jette les handicapés par terre (Didier Super aurait approuvé)... en fait, cette figure de pouffiasse serait presque sympathique si elle n'était pas maquillée comme une voiture volée. La chanteuse le fera justement remarquer à la fin en tentant plus ou moins d'essuyer la peinture du visage de la belliqueuse personne. Mais euh... à ce propos, Hayley n'est-elle pas aussi ensevelie sous des kilos de maquillage ? C'est l'hôpital qui se fout de la charité et c'est révélateur de la contradiction permanente d'une soi-disante rébellion contre des symboles pourtant tout à fait intégrés.

Mais n'est ce pas signe qu'on s'en fout au final ? La contradiction est tellement évidente qu'elle semble assumée : on ne se préoccupe pas tant de la direction prise. Hayley exprime ce qu'elle ressent et peu importe la cohérence. Le sens véritable est là. Le symbole est utilisé mais pas défendu. Illustrant la pop punk, Paramore s'inspire de l'ambiance punk, mais il n'y a aucune franche revendication là dedans et encore moins d'idéologie. C'est léger, voire même festif. Hayley Williams a du coffre et un timbre habité pour l'incarner et cela suffit au plaisir du rock qui entraîne. For a Pessimist, I'm Pretty Optimistic, That's What You Get, Hallelujah en sont autant de très bonnes démonstrations. Elles expliquent pourquoi Paramore dépasse les habituels régiments de rock émos américains. Ceci n'empêche pas aussi de réussir sur un registre plus introspectif comme sur Crush Crush Crush. Bon, il y a bien quelques ratés, le groupe se laissant aller parfois à des titres bétassons et monotones pour meubler entre les nombreux tubes (When It Rains, We Are Broken).

Avec du punch rock à revendre, ne livrant pas de message dérangeant ou tendancieux, Paramore a visiblement de quoi plaire aux investisseurs et aux marchés. Aux US, c'est le cas et ça cartonne. Chez les anglais, cela fonctionne aussi. Mais en France, non, ça ne passe pas tout à fait. Le public de dépressifs chroniques que constitue majoritairement la populace française n'est pas vraiment rentrée en phase avec la musique de Paramore. Une autre explication à ce malentendu pourrait se trouver dans cette éclate rock engagée par Hayley Williams et ne faisant pas écho au modèle de soumission de la femme française contemporaine. Sans déconner, c'est encore un état de fait qui montre que le féminisme moderne a du plomb dans l'aile (les icônes les plus récentes sont Simone Veil et Françoise Sagan, non ? outch). Paramore est alors obligé d'utiliser des subterfuges indécents pour percer : le groupe a participé avec Decode à la BO du premier Twilight (le seul volet ayant un peu de sens, les suivants n'étant que de sombres histoires de chippendales déguisés), éclipsant même les autres contributions de poids lourd comme celle de Muse.

L'ironie du sort fait que le constat d'échec en France n'est pas aussi catégorique. Hayley Williams a fini par infiltrer les radios françaises par le biais.... du rap. Quand je disais qu'elle était sur une pente dangereuse, là voilà qui poursuit le destin de Gwen Stefani en jouant les princesses Leia du dimanche. Nous avons en plus clairement affaire à un assemblage préfabriqué typique de maison de disques : on construit deux pistes et on alterne deux artistes qui n'ont rien à voir sur le même morceau. Cela permet ainsi d'optimiser les ventes afin de préserver les 15 à 20 % de profit exigé par les actionnaires (c'est la crise 'oyez). Notez comment BoB le rappeur et Hayley ne sont jamais sur le même plan dans Airplanes. L'arnaque des artistes jouant ensemble sans même s'être rencontrés devient un grand classique : Zaho et Justin Nozuka nous ont fait le coup, Ours et Lilly Allen de même. Même Didier Super a usé de ce fallacieux procédé avec les Rois de la Suède. Voyez comment il n'est jamais filmé avec les autres chanteurs le fourbe ! Quel vendu je rêve... mais achetez sa BD, lui au moins nous raconte comment il fait pour nous escroquer.

Il est temps de conclure et de lancer un appel solennel en ce 5 décembre 2010 : Français, Françaises. Sachez dire non à vos anti-dépresseurs. Entrez en résistance. Chacun a en son pouvoir de faire en sorte que les fonds sonores inopinés de demain ressemblent davantage à Paramore qu'à Jena Lee. Franchement on s'en porterait pas plus mal.
Kylord @ 05/12/10 3 commentaires
  International Worldwide Music Male Pouf Contest (*) 12 
Aujourd'hui est un grand jour. Aujourd'hui je mets fin à l'exclusivité dont jouissait jusqu'à présent la gente féminine. Aujourd'hui des titres poufs vont être distribués à des mecs. Des hommes. Des mâles. La période automnale étant propice à célébrer la pouf (on a toujours en mémoire les envahissantes poufs d'été auxquels se joignent les non moins présentes poufs de rentrée), l'occasion est toute trouvée pour récompenser des poufs masculines. Nous allons en l'occurrence les cueillir parmi les poufs d'excellence que sont les poufs chantantes. Sélection internationale je vous prie.

Ce sacrifice sur l'autel de la parité vient à point nommé pour me permettre de préciser cette notion très floue de "pouf". Elle est forte symboliquement. Elle nous parle. Mais savons-nous vraiment ce qu'elle signifie ? Peut-être même certains d'entre vous ne pensaient même pas qu'elles pouvaient être appliquée au sexe fort. Je mets en branle vos acquis culturels et c'est le monde de vos certitudes qui s'écroule. Rassurez-vous, nous allons reconstruire patiemment les fondations de vos repères sémantiques.

Bref, pouf ? de quoi s'agit-il au juste ? Le grand écart d'interprétation qui est fait systématiquement à la formulation du mot crée bien souvent moultes incompréhensions. Elles se sont d'ailleurs largement entrechoquées dans les colonnes de notre monde de merde. D'un côté, l'amalgame est vite fait entre une personne coquette qui s'apprête et une pouf. Raccourci simpliste qui revient à une vision très superficielle d'un concept bien plus sophistiqué qu'il n'y parait. Ici, nous ne nous sommes jamais fondés sur cette unique disposition pour attribuer un titre pouffien. Foi de journaliste total. Se parer de maquillage ou passer chez le coiffeur pour se teindre en blond - pour ne citer que les lieux les plus communs - ne sont pas des critères suffisants pour devenir une pouf accomplie. L'un peut être un préalable à l'autre mais n'est en aucun cas une condition sine qua non.

A l'autre extrême, il y a ceux qui déboulent avec leurs gros sabots pour nous expliquer qu'une pouf n'est ni plus ni moins qu'une grosse pouffiasse, c'est à dire une personne qui se fait outrageusement remarquée par son attitude et son style au goût plutôt discutable. Le sort de la pouffiasse est peu enviable en somme. Une foi encore, une pouf peut être aussi une pouffiasse mais pas nécessairement. Certes, les dictionnaires, oublieux de leur retard systématique de 10 ans sur la société et de leur incapacité à suivre une langue vivante, nous rappellent sommairement que, dans l'élan de normalisation abusive qui leur est propre, le mot pouf n'est que l'abréviation de pouffiasse. Mais lorsque je qualifie ma prochaine de sombre conne, est-ce je veux dire pour autant que c'est une connasse ? Meuh non, que nenni, connasse, ça n'a carrément rien à voir. Et c'est pareil pour pouf avec pouffiasse.

Si ce n'est déjà fait, je vous suggère donc urgemment d'en finir avec le schéma erroné "coquet -> pouf -> pouffiasse" avant de finir par traiter tous vos congénères de grosses pouffiasses. Vous partez comme ça et vous finissez par vous en prendre à tout ce qui bouge y compris aux animaux (en commençant naturellement par les chats mais vous n'auriez pas complètement tort en l'occurrence, les chats sont un peu des pouffiasses). Cela serait quand même assez pathologique. Cela dit, malgré toute ma vigilance, je concède volontiers avoir moi même parfois mélangé les notions dans l'emballement lyrique propres aux instants poufs. C'est dire si l'exercice de justesse est complexe.

C'est que nous savons désormais ce qu'une pouf n'est pas. Mais qu'est ce alors ? Il faut nous plonger dans le sens du mot au quotidien pour découvrir sa véritable nature. Quand nous vient-il ? C'est très simple : quand une personne focalise immédiatement l'attention par de vils et faciles procédés visant à mettre en scène son narcissisme, une pulsion irrépressible monte en nous et nous fait nous écrier intérieurement "mais quelle pouf !". La dimension de spectacle public est très importante chez la pouf. Elle sait mêler comédie et racolage afin de s'assurer les égards. Peu importe les raisons, qu'elles soient valables ou non. Etre pouf, c'est d'abord se donner les moyens d'avoir de l'audience et donc, souvent, de faire du business.

L'autre aspect pour compléter la notion de pouf est son caractère avenant. Du moins se doit-elle de s'afficher ainsi. On peut être certes agacé par la pouf et sa capacité à générer tant d'attention à la légitimité contestable. Mais en elle-même, la pouf n'est pas très contrariante. Ce n'est pas un hasard si l'autre sens du mot pouf sert à définir ce support molletonné dans lequel nous pouvons nous affaler en abandonnant ce qu'il peut bien nous rester de dignité. Pour résumer, une pouf est aussi par définition confortable. Mais il ne faut pas pour autant la confondre avec la potiche - autre notion pouvant porter à confusion - qui n'est certes pas contrariante non plus mais qui n'a aucune propension à se mettre en scène.

Mais j'interromps ce cours de pouf philosophie car j'entends pointer quelques houhoutements. Ok, j'admets, nous manquons de matière première. Passons donc illico aux travaux pratiques. Voici les grandes poufs masculines de la musique de l'année 2010 !



Catégorie Révélation pouf
Robert Francis est LA grande révélation pouf de cette année 2010. Bon dieu ce qu'il nous a gavé de son Junebug le salaud. C'est seulement au cours de ces dernières semaines que sa diffusion démarrée en début d'année a commencé à cesser. Et pourquoi je vous le demande ? Je vous le donne en mille : parce que Robert est une grosse pouf ! Son clip est une véritable compilation. Le coup des poses tourmentées ou faussement introspectives avec les "I remember everything", qu'est ce que c'est pouf ! Robert Francis utilise une technique en vogue ces temps chez les poufs qui est de faire dans le vintage. Les concurrentes féminines ont donné notamment dans le registre fifties (je pense à Christina Aguilera, Beyonce et.... Jennifer Ayache). La différence est que Robert nous la joue non seulement vieille école mais il le fait dans une approche country très spécial. Chemise de bucheron et chapeau de paille sont au programme. Voilà la preuve qu'on peut adopter une pouf attitude très prononcée derrière un style faussement négligé. Il est clair que tout cela est en réalité parfaitement soigné. L'éternelle barbe de 3 jours est un signe qui ne trompe pas. Je ne parle même pas du torse à moitié exhibé les 3/4 du temps y compris lors de quelque interview où l'animatrice Olia Ougrik tombe complètement dans le panneau. Môssieur Robert épate la galerie car il est soit disant capable d'expulser la spiritualité qui le submerge à travers son instrument. Mouais... (le problème avec les instants poufs masculins, c'est que ça me rend jaloux et aigri). Robert Francis est donc notre espoir pouf et il semble bien tenir la ligne avec son dernier clip justement intitulé Keep On Running dans lequel il nous fait le coup du noir & blanc pseudo romantique (mais quelle pouf !).



Catégorie Pouf Grand Public
James Blunt a débarqué de façon fracassante chez les poufs masculines avec You're Beautiful et c'est cela qui lui vaut d'officier dans la catégorie grand public. Clamer un message de l'ordre du "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" est une déclaration suffisamment puissante pour gagner ce prix bien mérité. Nous pourrons remarquer que Christina Aguilera a appliqué le pendant féminin de l'exercice avec son propre Beautiful. Christina a toujours cherché à aller sur tous les terrains et le grand public n'y a pas coupé. C'est une grande malade celle-là. Récemment, elle a même cherché à contrer Lady Gogole sur son propre terrain au festival du plagiat fétichiste. Quel fiasco ceci dit. Mais je m'égare dans les ébats de la compétition féminine (ouais je sais, ça fait deux fois). Revenons à James et décortiquons l'impact pouf du clip Beautiful. C'est quand même un mec qui, pendant 3 minutes, se déssappe devant nous en fixant la caméra avec ses yeux bleus comme un ciel de printemps ensoleillé. Le niveau pouf de la séquence est assez démentiel. Je ne sais pas si vous vous rendez compte. Je ne crois pas avoir en tête d'équivalent féminin. Il faut dire qu'il y a une cruelle injustice car la prétendante féminine aurait beaucoup plus de mal à rester dans la catégorie grand public avec un tel concept. Il faudrait qu'elle précède tout cela de toute une pédagogie sur la présence naturelle des seins. Je t'explique pas le bordel en commençant par les Etats-Unis. Concernant le numéro de James Blunt, on se rappellera quand même que Chris Martin, chanteur de Coldplay et éminente référence pouf, avait pudiquement ouvert la voie avec Yellow (le coup de la ballade sur la plage... sérieusement...). Il restera toutefois cette année dans l'ombre de James Blunt car il est en nette baisse de régime. C'est bien James Blunt le grand vainqueur du titre de pouf grand public. Son dernier single, Stay The Night, toujours sur la plage, est vraiment de la soupe. Y'a pas de doute, on s'est pas trompé de classement.




Catégorie Pouf Rock
Égérie du glam' rock, Brian Molko, leader de Placebo, est un pionnier de la mouvance pouf dont les préceptes ont été fixés par David Bowie. C'est un véritable parcours dont il est question ici. Brian a eu des hauts et des bas. S'il sait toujours manier la pouf attitude et particulièrement quand il se mets à parler français, il n'est plus à l'apogée de l'exercice comme à l'époque où sa seule présence suscitait des "Briiiaaaaaaaaaaaaaaaaaaan" qui n'avaient rien à envier aux pâmoisons similaires déclenchés par un Justin Bieber de sortie. Cette période, mise en exergue avec Without You I'm Nothing et qui a perduré dans les années 2000 jusqu'à Sleeping with Ghosts, était un âge d'or de Placebo avec un Brian au sommet de son côté pouf. Puis l'album Meds est arrivé et ce fut beaucoup moins pouf. Brian n'était pas bien dans son assiette. Alors pourquoi le primer ? En fait, il est revenu avec le dernier album Battle For The Sun que nous pourrions renommer en quelque sorte Battle For The Pouf. A la force du mental, Brian Molko revient sur scène pour faire la pouf et il s'est même octroyé les services d'une petite blonde nommé Steve Forrest pour l'épauler dans cette épreuve (et accessoirement jouer de la batterie). Globalement, il est tout de même plus en retrait comme en témoigne certains des derniers clips où il n'apparait même pas comme le très étrange The Never Ending Why. Cela n'est pas très pouf. Malgré tout, pour son come back et bien sûr pour l'ensemble de son oeuvre, Brian Molko est la pouf rock de notre sélection internationale. Même si les prix pouf n'ont que faire du contenu musical, nous pourrons oser la remarque que nous parlons là d'une pouf qui fait de la zik vraiment pas dégueulasse.



Catégorie Pouf R&B
Et voici l'inévitable catégorie R&B. Le R&B en musique, c'est un peu comme l'athlétisme en sports : il n'y en a que pour les ricains gonflés aux stéroides. A ce titre, aux USA, le R&B est une catégorie poids lourds pour nous générer tout un tas de grosses poufs mâles ou femelles. Usher est le pilote de la mouvance masculine. Il est certes bien concurrencé notamment par un Enrique Iglesias en fulgurante progression. Mais Usher a clairement un pas d'avance sur ses camardes de cordée. Se mettant en scène de façon totalement mégalomaniaque dans chacun de ses clips, il sait appliquer cette stratégie bien connue dans le milieu qu'est le featuring à tout va. En fait, Usher chante avec tout ce qui bouge et si possible toutes les autres poufs. Parmi tant d'autres collaborations, on peut évoquer celles avec Alicia Keys ou Beyonce. Usher a aussi déjà fait un duo avec le Enrique suscité. Plus récemment, il s'est mis en scène avec Will I Am dans le morceau OMG ; ce qui est la réaction naturelle provoquée par l'écoute du titre (c'est beau tant de lucidité sur son propre travail). Avec ce genre de personnage, le R&B aux USA ressemble un peu à une partouze géante. A force, on ne sait plus qui a chanté avec qui et sur quoi. Aux dernières nouvelles, il voudrait chanter avec Britney Spears et la gogole. Ah quelle grosse pouf ce Usher ! Il est très envahissant. A priori peu concerné par la retraite, il s'assure tout de même d'avoir le contrôle pouffien sur les générations qui arrivent comme le ferait une Madonna. Usher est quand même un soutien actif au phénomène Justin Bieber (oh le con). Bref, y'a pas à dire, Usher remporte le titre R&B haut la main.


Et voilà que cette première cérémonie des poufs masculines se termine. Je vous laisse méditer là-dessus en laissant quelques questions en suspens : Robert Francis fermera-t-il sa chemise un jour ? Est-ce que James Blunt arrêtera un jour de se foutre la gueule du monde avec des morceaux pareils ? Ou encore est-ce que les récentes annulations de concert de Placebo feront à nouveau oublier à Brian Molko son rôle sur la scène internationale pouf ? Et enfin Usher va-t-il piquer la copine de Justin Bieber ? Tout cela, vous ne le serez sans doute pas dans le prochain épisode de ... l'instant pouf !

(*) Concours international des poufs masculines de la musique de tout le monde entier
Kylord @ 18/10/10 12 commentaires
Flux RSS
Des gens connus

Celle qui joue du violon

(sisi on le voit à un moment)

0

Une fois encore j'arrive après la bataille avec une belle découverte : Lindsey Stirling. Cette violoniste surdouée a repris des musiques de jeu vidéo et autres icônes de la culture geek (Star Wars, Lotr...), avec parfois un type qui fait des beuleubeuleu avec la bouche. Mais c'est surtout avec ses 2 albums qu'elle a cristallisé un art du violon qui transcende le moindre beat idiot de dubstep et permet au passage d’assommer moults zombies et autres cowboys. Sa maîtrise est parfaite, sans ombrage. Elle domine les éléments. Mais j'ai peur qu'elle se brise. Hors Shatter Me avec l'énervée Lzzy Hale, les collaborations sont souvent foireuses et pourtant de plus en plus fréquentes. Une telle virtuosité au service d'une production massive de soupe musicale est totalement angoissante. Normal que Lindsey en vienne à se poser des questions métaphysiques, mais quelle tristesse de la voir jouer un morceau 1000 fois entendus dans le métro et s'en remettre alors à Jésus parce qu’on l’écoute pas (alors qu'il suffisait de jouer autre chose et laisser ce Jésus là où il est)


Celui qui aime bien la pipe

Usul parle à ses chers contemporains

0

Usul est devenu mon mentor. Il a d'abord modestement élaboré des chroniques sur le jeu vidéo, avec une distance qui le distingue de la presse spécialisée partisane et une acuité qui le sépare du "journalisme" généraliste (qui massacre le jeu vidéo habituellement, à l'exception d'arrêt sur images). Il nous a remémoré de grands moments télévisuels (El Didou, Anne-Lise, spéciale dédicace). Il a introduit cette juste dose de réflexion philosophique dans les débats, en évoquant des thèmes aussi variés que la violence, l'humour ou le rêve. Il s'est moqué allégrement de la gente féminine et, là où c'est fort, avec sa contribution. Il a même charmé le sexe opposé sans vergogne. Désormais, il développe des analyses politiques à travers de savantes vidéos (tu ne t'intéresses pas à la politique ? tu devrais). Je n'ai jamais fait de commentaire de people aussi long. Usul je t'aime. Et puis je suis sûr que Drolyk s'entendrait bien avec Unul.


Celui qui va vous révéler un secret gratuitement car l'industrie du tabac le déteste

Alby's Hobbies

0

Alby a eu un parcours difficile. Se perdant d'abord dans des créations hasardeuses mettant en scène des licornes (ça n'a jamais rien donné de bon, enfin il me semble), il a fini par se trouver en réalisant de vrais chefs d'oeuvres tel son hommage au bilboquet (quelqu'un a le tel number de la brune de la vidéo?). Les plus grands talk show font désormais la promo de son film de ninjas (oui c'est l'émission d'une patate qui parle) et il réalise des montages bistrip avec les plus grandes célébrités. Forcément à ce stade, il ne lui restait plus qu'à produire une sex tape. Trop cool.


Celle qui rêvait d'un autre monde

0

Sponsor malgré elle de Monde de Merde™, Jennifer Ayache retrouve Superbus pour chanter un autre monde de Téléphone, hommage à peine dissimulé au susdit Monde de Merde™. Mais ça ne reste que du rock quoi. La reprise de Nirvana avec des paillettes était plus audacieuse.


Ceux qui faisaient du tourisme en Grèce

(et prédisaient les dégats de l'austérité avant l'heure)

0

Cette série abrégée des Chevaliers du Zodiaque est datée mais un tel cas d'école de détournement sous cocaine ne peut rester sous silence. Les mangas me sortent souvent par les yeux (qu'ils ont énormes) et l'astrologie me fait une sorte de fussoir mais ce dessin animé à l'imagerie ambiguë a carrément de la gueule vu sous cet angle. Moins frime que le remake d'Orelsan.


* tous les people *