Poussières D'enfants
Je me demande pourquoi ils disent que les enfants sont innocents
Je me souviens, lorsque j'avais 6 ans, la vision d'une fourmi se débattant dans un verre d'eau me donnait fréquemment des érections
J'ai pris des photos de cet hérisson écrasé sur la route
Il est mort, mais la vie grouille en lui
Il est mort, pourtant le soleil tente de réchauffer son corps
Et les effluves qui en émanent sont les mêmes que celles que l'on sent près de la tombe de mamie lorsqu'on vient en arracher les herbes durant l'été

Petit garçon, ce soir ta mère a mis ton assiette sur la table
Toute ta famille n'attend plus que toi, alors pourquoi ne réponds-tu pas lorsque l'on t'appelle ?
Parce que tu est mort ? D'accord.
Ceci explique mieux le fait que depuis 6 ans tu aies 8 ans
Dans ta chambre à présent de la poussière se répand sur tes jouets
Seul pourra l'enlever le plumeau de l'oubli
C'est vrai la vie est injuste, elle quitte très vite de petits corps
En même temps, peut-être qu'elle ne se sentait pas à l'aise dedans
Tu peux toujours chercher un sens
Tu peux aussi asperger ton corps d'essence
Craquer une allumette et ainsi permettre a un SDF de se réchauffer autrement qu'on avalant de l'alcool
Rends-toi utile, la maîtresse te l'avait dit à l'école
Mais tu ne l'écoutais pas, absorbé par l'étude de ses protubérances mammaires
Tu rêvais d'y mettre ta tête
J'aurais fait pareil.

Lalalalalala....

Où que j'aille, il me parait entendre des éclats de rire d'enfants
Pourtant mes yeux ne voient rien que des feuilles tentant de se raccrocher à des branches
En dessous desquels les terrains de jeu demeurent désertiques.
Feraient-ils une partie de cache-cache avec la mort ? Perdu.

Le vent souffle, les urnes tombent, les enfants volent
Cela fait bien longtemps qu'ils ne vont plus à l'école.
Petites créatures de l'éphémère
Vos vies furent tranchées nettes jadis
Qu'importe la cause, l'époque est à jamais figée
Mêmes abondantes, les larmes que versèrent vos mères hier ne purent éteindre les flammes qui rongèrent vos cerceuils
Vos âmes sont préservées enfermées dans des boîtes alignées dans une allée sordide que l'on parcourt le Dimanche à la recherche d'une réponse qui ne vient pas
Il n'y a que le vent.

Le petit garçon que j'étais n'aime pas du tout ce qu'il est devenu
Et lorsque je regarde profondément à l'intérieur de moi je le vois assis sur mon intestin grêle avec un porte voix s'évertuant à clamer toute sa rage enfantine.
Je lui réponds :
"Tais-toi, qu'est ce que tu vas faire toi et tes 30 kilos ?
Tu n'es rien, juste une ombre à coté de qui les autres enfants n'osent pas venir s'assoir à la cantine
Et si tu retournais plutôt dans ta chambre écrire à ton amoureuse ? "
Moi, je sais déjà qu'elle ne t'aime pas
Toi, tu ne l'apprendras que dans deux mois lorsqu'à la classe de neige c'est un autre à qui elle choisira d'offrir ses lèvres pour son premier baiser
Ne sois pas triste, je crois que l'amertume n'est pas contre te faire la bise
Le front appuyé contre un carreau de ma bouche s'échappe un soupir qui peu à peu se transforme en brise
Légère, d'abord elle s'amplifie, sous son effet savatent une a une des quilles de couleur chromée qui dans leur chute libèrent des minuscules prisonniers
Je suis toujours un petit peu triste lorsque souffle le vent
Je sais qu'il disperse de la poussière d'enfant

Lalalalalala....

Au revoir les enfants...