Perspectives
Je marche souvent de nuit encapuché même sans pluie, le dos vouté, les yeux baissés pour mieux regarder mon moral.

Visionne des films où les filles font toutes du sexe anal. L'image de ces pénis défonçant leur fondement me rappelle que si je dois placer les femmes sur un piédestal, c'est pour mieux les pousser, qu'elles tombent et se fassent mal.

Quand j'y pense notre histoire était triste comme un air d'orgue. Ne compte pas sur moi pour reconnaître ton corps à la morgue. Je dois parler à ma main droite prestamment, j'aimerais qu'elle devienne la mère de mes futurs non-enfants.

Ma vie est dispersée en morceaux telles les pièces d'un puzzle que je n'ai pas envie de réunir de peur de me rendre compte qu'il représente une nature morte.

Si je ne peux percer des coeurs, je percerai mon aorte.

Je me donne l'air d'être revenu de tout pour mieux masquer le fait de n'avoir jamais réussi à aller nulle part.

La fumée d'un cigare, un maigre rempart entre moi et le reste des gens : Dieu sait à quel point je ne les aime pas ! Dieu sait aussi que je ne croit pas en lui pas plus qu'en moi, mais contrairement à lui, pour faire le bien, on ne me prie pas.

Si les cercueils existent, c'est que tu peux toujours crever. Tu le comprends quand l'hélico ne vient pas te rechercher.

Je déteste la manière dont marche le monde : il s'arrange toujours pour écraser des centaines de milliers de gens. Tant pis pour eux ! Cela me gène juste lorsque je suis dedans.

Le matin obligé de prendre deux petit-déjeuners puisque la nervosité me fait toujours vomir le premier. C'est vrai qu'en fait je ne suis vraiment pas bien gros. J'ai donc besoin d'une corde supportant soixante kilos.

Dans les films, les types comme moi finissent par recroiser la fille qu'ils aiment un soir de pluie, au coin d'une rue. Les spectateurs sont contents, l'amour n'a pas perdu. La preuve : nos héros s'embrassent. Coupé ! Générique. Dans la vie, les types comme moi se soûlent aux packs de bières, se foutent de tout, se tranchent les veines, partent en civière.

J'espère vendre pleins de disques, que mon label gagne pleins d'argent , comme ça peut-être me lâcheront-ils un ticket restaurant.

A bac+5 je me ferais sûrement 5000€ par mois en ne dormant plus et cumulant 35 stages à la fois.
Souvent je me dis que ma retraite est comme la femme de ma vie, je risque d'être mort avant de la toucher. Je suis voué à mourir lentement comme l'industrie du disque. Mais je n'ai pas à regretter de ne pas avoir pris assez de risques. Il y a des gens qui attendent de moi des choses extraordinaires. Mais désolé ! Je n'ai pas envie de mettre un frein à la misère ! Ca bouleverserait l'économie et elle est tellement fragile ! Si je te dis que j'ai un cancer, tu me laisseras tranquille ?

Finalement, la pluie a été inventée pour que les types comme moi marchent dessous en se disant : "allez c'est décidé, demain je trouve un arbre isolé et je le fais".
Et ils pensaient que ce que je disais n'était qu'un concept. Super ! Mais je risque d'en user jusqu'à la corde...