La salle de jeu et la peur
Chez moi, vous ne connaissez pas
Vous en avez entendu parler
Aux infos, dans les journaux, peut-être chez des amis
Y'avait une réponse à donner sur un carton de Trivial Pursuit
Mais dans le fond, vous ne connaissez pas
Ça n'est pas juste qu'une question de paysage
Ici, je ne suis pas chez moi
Mon frère y est enterré mais ça n'est pas chez moi
D'ailleurs je n'ai pas de chez moi, j'en sais rien
Peut-être la salle de jeu, c'est chez moi
J'y passe la plupart de mes journées à trainer, à observer
Quand je rentre là bas, personne ne me regarde
Tout le monde est concentré pour battre des scores sur des machines
Patrons, ouvriers, VRPs, fils à papa, racailles s'y croisent tous les joues sans jamais s'adresser la parole
De toute façon, ils n'ont rien à se dire
Ils s'affrontent juste à travers des chiffres sur des tableaux de score
Le peu de fric que je gagne, je le dépense là
Même quand j'en ai plus, j'y vais
Malgré tout le bruit qui va avec
Et les morceaux pourris à la radio
Je préfère être là que devant la télé
Ou dans un bar à discuter avec des cons de leurs projets Et je ne sais quoi d'autre
Qui feraient d'eux des gens heureux, responsables
Et qu'après tout, c'est peut être eux qui ont raison, j'ai pas envie de me le dire
Ni de me rassurer
Et de les voir indifférent à la peur qui gagne, y'aurait de quoi vouloir être rassuré


Moi aussi j'ai peur
C'est la seule chose qui nous rapproche
La peur nous rapproche
Je l'ai lu dans des yeux à l'hôpital
C'est pas le temps qui fait vieillir
C'est la peur qui rabat le caquet de tout le monde
Et croyez-moi, y'a toujours de bonnes raisons d'avoir peur


Guerres dans l'espace, guerres sur la terre,
Nouveaux monstres de la vitesse
Combats de rue, championnats
Matchs au sommet avec des idoles
Massacres au flingue dans des blockhaus
Les machines pissent le sang
Les machines sont des poubelles
C'est pas un reproche
Grâce à elles, j'ai peur sans que ça nous rapproche
Du coup, j'ai l'impression de passer à côté vous comprenez ?
Vous avez de la chance si vous comprenez.
Que la peur de vivre l'emporte, je suis pas sûr que vous compreniez.


Demain à la même heure, je serai là
Avant j'aurais fait 2-3 fois le tour du quartier en passant toujours aux mêmes endroits
Accrocher 2 ou 3 regards pour savoir si ma façon de marcher est la bonne
Qu'est ce que ça peut foutre ?
Direction : la salle de jeux.

J'en ai assez vu.
Les types comme moi et d'autres, ils ont tous à prouver quelque chose
Marre de devoir tenir le coup, marre de grossir la foule des pleureuses
Ils sentent le cœur battre dans leurs genoux
C'est pas un reproche
Je vais à la salle de jeu pour avoir peur sans que ça nous rapproche
Du coup, j'ai l'impression de savoir où je vais.
Même si ça mène à rien, qu'est ce que ça fait ?