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Lofofora et sa mémoire de fou furieux

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Programme

Issu de Diabologum, groupe de rock aux orchestrations mélanc...
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  Programme - Mon cerveau dans ma bouche 0 

Et après
Le meilleur moyen pour y rester
Boomerang
Demain

Paroles
Demain
Le Meilleur Moyen Pour Y Rester
Boomerang
La salle de jeu et la peur
Le jour est le brouillon de la nuit
Début du programme.

Mon cerveau dans ma bouche, c'est une image parlante : on se met le cerveau dans la bouche et on le mastique. C’est pourquoi on ne sera pas étonné que, parmi les idées abordées dans cet album transgenre, l’égarement aura une place de choix. Entre se remettre en question jusqu’à en perdre pied ou, à l’inverse, écarter les questions par peur de perdre pied, on en revient effectivement au même : on se bouffe le cerveau ou, comme diraient les jeunes, on se prend la tête grave chanmé.

Programme.

Dans Mon cerveau dans ma bouche, Programme renvoie ainsi des visions optimistes et positives dans l’allégresse et la légèreté. Dois je préciser que je suis un poil ironique. Comme inspiré par le nom du groupe, on aura droit à une description des déterminismes sociaux et personnels dans tout leur triste état. Elle sera bien sûr accompagnée de sa jumelle "la fausse dramatique du choix permanent".

Programme.

Mais Mon cerveau dans ma bouche est une expression qui peut avoir une autre signification. Il peut s’agir d’expliquer la démarche de l’auteur Arnaud Michniak , c’est à dire l’aspect totalement direct et sans fioriture de l’expression artistique contenu dans le disque par la mise à nu des pensées dans la voix. Comme nous allons le voir, c’est exactement ce qu’on va ressentir tout au long de l’écoute du disque. C’est brut et sans adoucissant (on ressort pas indemne au lavage). Dès le premier morceau de Mon cerveau dans ma bouche, Demain, c’est bien de ça dont il s’agit. D’entrée, Programme s’affirme : on fera pas trop dans le compromis. Dans une sorte de schizophrénie insaisissable, Programme en vient même à remettre en question sa propre création musicale « ne tenant pas à faire du style mais [y étant] obligé».

Programme.

Mais d’abord musicalement, c’est quoi ? Hé bien, on retrouve la forte influence de guitare issue de Diabologum, magnifique par ailleurs - c’est beau - mais qui s’inscrit dans une toute nouvelle façon de composer la musique sur des lignes de samples et d’arrangements électro. Demain et Le meilleur moyen pour y rester, les deux premiers morceaux, sont construits de façon assez proche : les deux entament sur une rythmique très mécanique (inspiré d’un charmant son de ventouse sur Le meilleur moyen pour y rester) sur laquelle le chanteur, d’une voix monocorde implacable, lâchent ses vérités « sans précaution ni détour ». Puis petit à petit viennent s’ajouter des instruments : la guitare arrive en dernier à chaque fois pour offrir un final totalement saisissant. Il y a là une construction des morceaux véritablement soignée : c’est un réel plaisir de vivre cette musique. En même temps, c’est pour mieux saisir les sombres constats soulevés. C’est là toute l’étrangeté de la musique mais c’est ce qui en est fait toute sa puissance évocatoire.

Programme.

C’est alors que vient le morceau qui sera sans doute le moins choquant pour l’oreille peu habituée aux structures éclatées : Boomerang. Peut être est ce pour renvoyer l’idée qu’on en revient toujours au même point. Bien loin de l'élan positif même si nuancé de Lofofora, Programme exprime l’impossibilité de s’extraire de soi, de ses conditionnements. Les accords de piano et les percutions utilisées sont absolument géniaux pour suggérer ces départs, ces décollages « plein d’espoir et de joie » mais qui n’empêchent pas de se « retrouver comme avant, les pieds pris dans la colle ». En tache de fond, une guitare prononcée laisse la place à un son comparable à une alarme stridente, hystérique, qui aurait pris le sens de la musique. C’est la crise.

Programme.

Et puis… l’album rentre dans une autre phase : la musique devient ambiance (mais savamment travaillée en tout point), les textes suivent une élocution lente et posée. C’est La salle de jeu et la peur. Dans une posture subjective, Programme rentre dans un discours plus littéraire. C’est en cet instant que le groupe va au plus loin dans l’évocation de la peur car « c’est la seule chose qui nous rapproche ». On pourra se poser des questions telles que : est ce qu’on saurait se parler si on avait pas des ennemis communs pour nous unir dans la peur ? est ce que la prétendue solidarité existerait si elle n’était pas déjà destinée à rassurer ceux qui l’organisent ?

Programme.

Au final, c’est la peur qui « rabat le caquet de tout le monde » surtout qu’on a « toujours de bonnes raisons d’avoir peur ». Programme nous explique que c’est toujours la « peur de vivre qui l’emporte » mais n’est pas sûr d’être compris. En effet, l’abstraction du propos ne nous pousse t elle pas à y voir ce qu’on veut bien y voir ? Chacun a sa propre peur de vivre. Bref, pour Programme, l’être humain vit plus motivée par la peur qu’il fuit qu’autre chose.

Programme.

Avant même de considérer tout cela, on s’interroge déjà sur la peur initiale : le discours en lui même, ce discours direct et sans faux semblants, ne suscite-il pas déjà la première peur, la peur des peurs, en révélant toutes les peurs qui nous animent ? Comme le précise le titre Je sais où je vais, « on ne dit pas les choses telles qu’elles sont, ça n’intéresse personne ». Ainsi, on peut s’aventurer à spéculer et considérer que cette inintérêt pour connaître les choses telles qu’elles sont est le point de départ de la galvanisation de toutes les peurs. C’est lui qui explique que « la vue du sang fait peur » et que « ça veut tout dire ».

Programme.

On dénotera une capacité impressionnante de Programme à maîtriser le propos afin que rien de léger ne surnage. Tout est grave, tout est désolant, seule la musique parvient parfois à ressortir telle une libération (pensons aux guitares des premiers morceaux ou du rythme explosif et sourd de Et après)

Programme.

Mais allez : soyons réactifs, mobiles, agiles et souples comme le voudrait un système mercantile phagocytant et récupérateur de toute création : ne sommes nous pas, vous et moi ici présents, participants d’une désobéissance dès lors qu’on écoute Programme ? En effet, écouter Programme c’est aller à l’encontre même des constats que le groupe relève (ce groupe qui est celui de « quelqu’un qui sait et qui n’en retire aucune fierté »). En prenant acte de leur propos, nous constituons ceux qui les démentons... N’est ce pas fabuleusement tortueux ?

Programme.

Mais Programme n’a pas dit son dernier mot, même si « un suicide par les mots, c’est tout ce qu’il [lui] faut ». Le morceau Je sais où je vais conclut ainsi ironiquement l’album : les répétitions en écho de « Je sais où je vais » sont à l’antithèse de la perte de repères exprimée depuis le début de l’œuvre jusqu’au sein même de ce titre. S’opposant à la masse des gens qu’il assimile à des singes apeurées (ceux décrits dans Des singes déboulent de partout et tabassent tout ce qui passe ), Arnaud Michniak s’embarque en contre-sens dans un monologue schizophrénique.

Programme.

Malgré tout ça, malgré cette poésie sombre habitant les morceaux telles que La rime en or, il subsiste un espace de survie, que ça soit dans les allusions à l’avenir dans Demain, ou dans la grande question essentielle qui constitue la réponse possible à l’album dans Et après. Pour faire très schématique : c’est la merde mais « ceux qui voudront refuser quand même le pourront », idem pour « ceux qui voudront crier » ou « pleurer ». Bref, il reste des libertés, même si ça n’enthousiasme pas pour autant le propos. Toutefois, en contraste avec le ton général, le morceau Et après prend une dimension impressionnante. Oh oui, on est pas vraiment dans le questionnement innocent de Cox dont le morceau homonyme était plutôt jovial : « on dit bonjour, on dit merci, et après ? :p ». , « on fait des études, et après ? et après ? :D ». Quoique, remarque, tout est question d’approche.

Programme.

Jim Morrison disait que le jour détruisait la nuit et que la nuit divisait les jours. Chez Programme, tout n’est que brouillard : « le jour est le brouillon de la nuit qui est le brouillon du jour qui est le brouillon de la nuit qui est le brouillon du jour qui est le brouillon de la nuit qui est le brouillon du jour qui est le brouillon de la nuit qui est le brouillon du jour qui est le brouillon de la nuit qui est le brouillon du jour… »

Fin du programme.
Kylord @ 01/12/06
 
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