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  La Rumeur - L'ombre sur la mesure 3 
Suite à mes pérégrinations dans le monde adolescent, c'est dans les méandres du hip hop que je zigzague désormais armé des mes maigres doigts et d'une planche de plastique équipée de petits boutons poussoir (oui, un clavier). Ma mission : reconstituer le triptyque légendaire du rap français d'excellence. Le hip hop français de qualité retrouve en effet ses bases au travers de trois formations complémentaires (un jour je vous présenterai peut être ma théorie fumeuse de la règle de trois applicable à tout). Elles ont les trois un caractère commun : leur propos est marqué par une lucidité exacerbée.

Je vous ai déjà évoqué le cas du Klub des Loosers de Fuzati et son album Vive la vie. Il incarne la partie du triptyque représentant le cynisme monté en dérision. C'est une contestation individuelle face à un système qui le dépasse.

La deuxième partie du tryptique représente le mouvement dont le fer de lance est I am et son album L'école du micro d'argent, leur meilleur album sans aucun doute. I am incarne la conscience éclairée et le rap ludique. C'est une contestation civique face à une société d'inégalités. Le groupe étant tout de même très mainstream, je n'ai pas encore éprouvé la nécessité d'en faire une thèse dans ces colonnes. Peut être que je le ferai lorsque cela sera suffisamment dépassé de telle sorte que cela apparaitra totalement underground d'en parler (y'a une ligne éditoriale à tenir).

La troisième partie du tryptique - et c'est celle-ci qu'on va percer à jour - est La Rumeur et son album L'ombre sur la mesure. La Rumeur incarne la noirceur brute et rude dans la représentation triangulaire. Pas besoin d'inventer ici des raisons à la con pour donner une image underground, le groupe tenant un discours radical jusqu'à se faire poursuivre en justice par le Ministère de l'Intérieur. Cela met en exergue leur contestation politique face à un système d'injustices.



Etudions La Rumeur. Pour présenter la démarche du groupe, je ne vois pas meilleure façon que l'écoute de la première piste de l'album. Ce sont des extraits de textes de Frantz Fanon, psychiatre de son état et homme de luttes. Cette référence met en évidence un point qui n'est pas négligeable : les MC de La Rumeur se la jouent intellos et ce n'est pas seulement un style qu'il se donne. Les deux rappeurs qui constituent le noyau dur du groupe sont largement diplômés. Le premier, Ekoué, est sorti diplômé de Sciences Po et de Droit Public. Le second, Hamé, est titulaire d'un DEA de Cinéma et de Sociologie.

Les propos utilisés de Frantz Fanon ainsi présents sur cette première piste, parasitée par des interférences qui s'effacent progressivement, se renvoient la balle sous forme d'échos : cela évoque la rumeur qui s'apprête à se propager au fil de l'album. Les propos eux-mêmes servent à définir la rumeur et ce qu'elle évoque. Est-ce du concept ou du groupe dont il est question ? Sûrement les deux car le but est vraisemblablement de les confondre et ce n'est pas l'imagerie de l'album, plongée dans le noir avec quelques soubresauts de lumière, qui va me dire le contraire. Au final, on retiendra cette incantation finale : "il y a toujours un double discours dans la rumeur". La démarche est affichée et c'est peu dire qu'elle n'est pas prétentieuse tant les degrés de lecture sont riches. La qualité des morceaux qui vont suivre atteint un sommet jusque là peu égalé dans le hip hop français.


Rentrons dans le coeur du sujet. Le coeur à vif. Ce qui saisit d'emblée, c'est la spécificité des boucles utilisées dans les morceaux. Le beat est lourd, marqué, inspirant la mélancolie (la dureté d'un quotidien inévitable) et la nostalgie (le devoir de mémoire aux parents sacrifiés). Les samples sont jazzy pour certains comme sur L'ombre sur la mesure ou Le coffre fort ne suivra pas le corbillard, sans doute deux des plus puissants morceaux de l'album. Parfois, ils semblent venir d'une musique plus traditionnelle (Ecoute le sang parler, A 20000 lieux de la mer).

Comme Fuzati, pour Ekoué de La Rumeur, le rap est une instru sur laquelle on pose un flow et basta. Comme quoi, avec une démarche simple au départ, on peut aboutir à une œuvre aux multiples ramifications. On sent bien en effet qu'il y a une volonté essentielle et fondamentale de trouver une première boucle inédite qui va graver le flow dans le marbre de nos cerveaux malades.

L'autre aspect majeur qui nous saisit à l'écoute des premières minutes est la qualité littéraire extraordinaire au service du discours du groupe (je rêverais de voir les rappeurs de La Rumeur fermer le clapet d'Eric Zemmour même si c'est techniquement impossible à part avec un fer à souder). C'est dans la perspective de peindre sèchement une réalité crue que ce lyrisme profond et intérieur est mis en œuvre. Les mots sont justes mais aussi durs que les vérités exprimées.

Ok d'accord : dans L'ombre sur la mesure, on ne va pas se marrer mais on va aller au bout des choses et ça va être bien crade. Quoique, pas se marrer ? Si, peut être, mais d'un rire jaune. Voire noir. Les petites annonces du carnage est le symbole d'un humour cynique clamé qui rappelle la verve cinglante de Dieudonné avant qu'il ne parte en bad trip dans ses délires victimaires à qui mieux mieux. D'ailleurs, ce qu'on peut retenir de La Rumeur, c'est cela : une démarche initiale de mémoire et de révolte comparable à celle de Dieudonné mais appliquée avec une exigence intellectuelle portée aux nues. Point de dérive ici bas. Même quand le propos se radicalise, il prend corps dans un cheminement artistique intéressant et justifié. Les juges qui ont relaxé trois fois La Rumeur suite aux attaques du Ministère de l'Intérieur ne me contrediront pas.


Parlons-en du cheminement. Comme tous les grands albums de musique de ce monde, L'ombre sur la mesure est un tout. L'attention qui est portée aux interludes à la con entre les morceaux m'en est témoin (en fait ils sont pas cons, ils sont très intelligents). On repérera un fil conducteur particulièrement sophistiqué. Les premiers morceaux installeront un climat anxiogène (un mot qu'ils aiment bien les psychologues) avec la présentation d'un décor sombre (Les coulisses de l'angoisse, Je connais tes cauchemars) contre laquelle des réponses agressives seront données (Le prédateur isolé). Puis, parce qu'on ne peut pas tenir dans ces conditions, le groupe va prendre du recul : Ecoute le sang parler, Le cuir usé d'une valise, Moha. On remonte peu à peu aux origines des maux d'aujourd'hui, de ces générations urbaines d'origine immigrée et stigmatisées dans le malaise. Il est fascinant de remarquer à quel point ces phénomènes ancestraux sont admirablement décrits tant est si bien qu'ils semblent pouvoir se généraliser aux problèmes d'exclusion de toutes les sociétés humaines.

Puis... blam. La compréhension des maux d'aujourd'hui par la connaissance d'hier n'a pas du tout apaisé les esprits, bien au contraire. Cela n'a permis que de mieux cerner les injustices en cause. L'album finit alors dans une colère, une révolte qui ressurgit encore plus violemment qu'au début. Elle est tellement puissamment authentique qu'on sera surpris de trouver des morceaux aussi sublimes en fin d'album. Les plus belles illustrations sont Le silence de ma rue et A les écouter tous dans lequel on trouvera en featuring Le Téléphone Arabe (La Rumeur feat Le Téléphone Arabe, ça ne s'invente pas).



Contrairement à d'autres artistes qui terminent dans l'apaisement en fin d'album (les choses sont dites, voilà c'est cool), La Rumeur fait l'inverse et conclut par un morceau de sortie clair et net : "Un maximum de bruit, il reste plus que ça à faire".


La Rumeur n'a pas fini de circuler.
Kylord @ 20/05/09
 
 
cereal politic

20/05/09
C'est les enarques qui proposent toujours trois eventualités...Je suis lent a apprecier et longtemps , j'ai trouvé le rap hideux.Mais il faut reconnaitre qu'il y a de bon trucs.Ce que je reproche c'est qu'il s'agit souvent d'un groupe social particulier (urbain/pauvre/lie aux citées; la rumeur=la rue meurt), ou , du moins le rap le plus sombre et radical est lié a un milieu urbain.Je ne vis pas en ville et je ne m'identifie pas.Je lui prefere le ragga euh...Regional: http://www.deezer.com/track/il-nous-ment-T773382 .Mais je ne connais pas la rumeur et tu m'a donné envie d' ecouter...


  page web

20/05/09
hehe faut croire que j'ai raté ma vocation. Sinon, j'avais même pas fait gaffe que la rumeur = la rue meurt. Incroyable révélation. Pour l'identité sociale très marqué chez le rap, ça se vérifie tout particulièrement il est vrai mais il n'empêche que c'est vrai partout aussi. Toutes les musiques ont leur origines sociales spécifiques. Mais quand tu regardes la rumeur par rapport à d'autres groupes plus classiques, je trouve que la démarche ne va pas dans le confinement dans cette identité sociale (la rumeur se diffuse, n'est il pas). Cf la remontée aux origines, cf la généralisation des vérités exprimées ("le coffre fort ne suivra pas le corbillard", c'est y pas universel ça ?).

On dirait du zebda sous acide ton morceau de troubadours.


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21/05/09
Je me refais une culture rap sur MDM, c'est encore plus underground que de lire Chronikart.

 
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