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  Hohé matelot, lève ton verre au Chant des Sirènes 5 
Orelsan est un mec qui a des allures de Boy Next Door. L'attitude nonchalante et faussement négligée de l'adolescent distrait qu'il ne veut désespérément pas lâcher lui donne un genre qui ne laisse pas indifférent. Entre agacement et connivence, on se tâte. Mais je vais quand même choisir la deuxième voie. Ça me ferait mal de jouer les donneurs de leçon.


Mais Orelsan, avant d'être un type qui fait le buzz (grâce au soutien admirable de fans comme Ségolène Royal), est un rappeur au flow atypique, un rappeur blanc qui réussit, une sorte d'Eminem en terres françaises (arg, je suis encore frappé par la maladie du journaliste qui fait des rapprochements foireux). C'est qu'il louche vers la provocation même si elle est davantage le résultat d'une franchise portée au paroxysme plutôt qu'une volonté délibérée de choquer Michel Drucker et la famille sur le canapé le dimanche après midi. Son nouveau style à base de col en V et de coiffures rigolotes en témoigne, il sait se montrer sage et conciliant.


L'air un peu paumé mais avec un discours qui surfe sur toutes les vagues du moment de façon totalement assumée, à base de placement de produit à gogo, Orelsan symbolise cette jeunesse éprise de consommation de masse mais qui, égarée, est pourtant affamée d'authenticité. Paradoxe ? Complètement, et on va le comprendre au travers du décryptage du deuxième album d'Orelsan, Le Chant des Sirènes, sorti ce 26 septembre 2011.



Je suis sensible au chant des sirènes.


Dès le premier titre Raelsan, Orelsan le transformiste démarre plein d'ambition. Il reprend le récit de son parcours et invite l'auditeur à le suivre dans le délire, dans son échappée de lucidité crue, tel un prédicateur galvanisant son public pour les titres suivants. Mais le désenchantement arrive aussitôt dès le deuxième morceau, le titre éponyme, où le rappeur présente déjà ce qui pourrait ressembler à son propre mythe d'Icare annonçant une précoce fin de carrière musicale : "Mes ex-fans déçus cherchent le Orelsan du début, mais moi-même j’crois que j’l’ai perdu". Même s'il semble évident que la fiction dépasse la réalité, on en apprend des belles comme celle révélée par l'extrait "J’ai la chanteuse du moment en featuring, y’a deux ans je l’aurais sûrement insultée au fil d’une rime". Diantre mais quoi ? qu'est ce ? Je me suis précipitée sur l'internet des jeunes pour comprendre. Et la découverte fut cruelle : Orelsan a chanté en duo avec Jena Lee. Confirmation sur la chanson 2010 : "J’suis pas là pour me faire des amis, j’préfère extorquer des gamines suicidaire featuring Jena Lee". Jena Lee, en effet. Oh my god.


Tel le dérapage d'Orelsan se prenant le mur, il y a alors un titre important puisque reprenant tous les éléments de perte de repères et de fuite en avant qui caractérisent ici le rappeur encore plus que dans son premier album : Plus Rien ne m'étonne. Dans le clip (visionnable juste ici), marques commerciales et produits manufacturés s'enchainent dans le texte comme à l'écran, le tout comme mis en orchestre par un lapin déluré que le jeune Caennais poursuit éperdument. Ah il est loin le lapin blanc de la matrice après lequel Orelsan courait gentiment dans Changement. Ils se tapaient même des bières ensemble à l'époque. Là, le lapin est débilitant et a même viré au violet. Musique au rythme mécanique et name-dropping qui fuse donnent cette sensation d'oppression qui va conduire irrémédiablement - au volant d'une Chevrolet.. - à la rupture finale salvatrice. Orelsan redevenu Aurélien n'a plus qu'à rentrer à pied chez lui à Caen. C'est un aspect nouveau de ce deuxième volet : après avoir suivi le chant des sirènes à l'issue de son premier album, il y a une volonté de prendre du recul et de la distance, défendant même l'idée dans La Terre est Ronde que, "après avoir fait le tour du monde, tout ce qu'on veut, c'est être à la maison". Mais il n'oubliera pas dans l'intervalle de faire de la pub pour la PS3...


Clairement, il y a du nihilisme dans le discours. Ce nihilimse pleinement assumé fait penser à une autre artiste contemporaine : Lady Gaga (lady gogole comme on dit par chez nous). Ça me fait mal de comparer un troubadour que j'apprécie avec cette pouf déglinguée mais il faut reconnaitre qu'il y a chez l'un comme chez l'autre cette façade qui fait parti intégrante du propos. Pour la parenthèse, on remarquera que les deux ont comme autre point commun de rendre hommage à Michael Jackson sans réserve, Orelsan ayant "perdu une partie sa jeunesse le 25 juin" (Raelsan). Qu'est ce que ça veut dire, j'en sais rien, mais ça fait giga-réfléchir. Aussi, reprocher à Orelsan de ne pas incarner un point de vue personnel, c'est comme reprocher à Lady Gaga d'être superficiel. C'est les attaquer sur l'essence philosophique de leur démarche qu'ils revendiquent totalement. "Je suis plus assez naïf pour avoir un point de vue..." (Plus Rien ne m'étonne), "Je prends même plus la peine d’avoir une opinion" (Le Chant des Sirènes) sont en effet les propos avancés par Orelsan. Celui-ci reflète avant tout autre chose une époque et son point de fixation est d'en être un canal d'expression sans filtre et sans filet. Suicide Social est totalement dans cet esprit. On y retrouve pêle-mêle tout ce qui forme les malaises actuels dans la société. Peu importe qui les affirme, peu importe à qui c'est adressé, ce sont des formules clichées qui sont autant de bonnes raisons d'en vouloir à autrui, autant de bonnes raisons d'en finir.



Plus dure fut la chute.

Le nihilisme latent n'est pas de conviction. C'est en tout état de faits qu'il s'impose à Orelsan qui s'en accommode, qui "n'attend pas grand chose de spécial" (Si Seul). Logiquement, la résignation s'installe et elle atteint même la sphère de l'intime. Dans le joliment construit Double Vie, on aperçoit un Orelsan qui tente le compromis avec le sexe opposé (ça change de Sale Pute) mais qui, face aux réalités, fait le constat irrévocable d'une fin tragique inéluctable : "Je sais déjà comment ça va finir : mal !". Ces paroles ne sont pas jetées en l'air car c'est bien cette issue que va matérialiser le morceau suivant tout bonnement intitulé Finir mal. Sans complexe, Orelsan s'aventure alors à exposer une vulnérabilité prononcée. Cet enchainement entre les deux morceaux est le symbole de la cohérence extraordinaire qui est tissée tout au long de l’œuvre. Cette démarche revendiquée est réussie, car l'écoute n'en est que plus stimulée et plaisante.


Orelsan est peut être bien souvent tenté par le fatalisme absolu, un sursaut d'empathie lui échappe parfois comme dans La Petite Marchande de Porte-Clefs où il raconte les affres de l'existence d'une petite chinoise bien malmenée. Déjà conteur dans Perdu d'avance avec Un Gros Poisson dans une Petite Mare où il s'en tenait à des considérations locales, sa vision est désormais internationale et mondialisée. Bien sûr, le texte est dur, froid et les expressions de compassion ne sont là que pour être tournées en dérision. Le tragique du récit s'oppose à la petite musique faisant figure de berceuse dans une douce et atroce ironie. Orelsan ne voudrait pas trop avoir "l'impression de faire la morale" car ça "l'énerve" (La Morale). Mais on voit bien que, quelque part, il cache un coeur gros comme ça (...non ?).


Mais si Orelsan s'épanche dans de sombres turpitudes d'un côté, ça ne l'empêche pas de kiffer de l'autre. Sur 1990, il se fait plaisir en se rappelant au bon souvenir du hip hop des nineties, tout en se la donnant sur l'égotrip 2010 en faisant "du rap comme il veut" (20 ans de kiff autrement dit). Le Chant des Sirènes donne aussi lieu à des rapprochements inattendus comme Des trous dans la tête dont la construction fait furieusement penser à celle utilisée par Tryo dans Désolé pour hier soir, certes dans une version plus trash et radicalisée. Pour l'anecdote, parmi les autres petits kiffs qui font sourire, on retrouve chez Orelsan le constat évoqué par Emily de Metric sur Handshakes : "T'as besoin d'une voiture pour aller travailler, tu travailles pour rembourser la voiture que tu viens d'acheter, tu vois le genre de cercle vicieux, le genre de truc qui donne envie de tout faire sauf mourir vieux" (La Terre est Ronde). Voilà un gage de l'aptitude du rappeur à la lucidité élémentaire et à la perception de l'absurde.


Voilà, on papote, on joue sur les mots, on écoute de quoi il cause Orelsan et on en oublierait presque qu'il y a aussi et surtout de la musique. C'est du hip hop en l'occurence et on retrouve les structures en boucle propres à l'exercice. Assez tournées vers le son électro, faisant place parfois aux claviers, elles n'en restent pas moins éclectiques et variées. Des gros beats de 2010, de Mauvaise idée (avec des "bips" façon Norman-fait-des-vidéos) ou de Ils sont cools (mais un peu casse couilles aussi là), on imagine facilement à l'opposé Elisa Tovati & Tom Dice s'inviter sur La Morale. Le producteur Skread, qui bosse entre autres pour Booba, officie aux manettes. Euh what's the fuck ??! Booba ?... Ça commence à être compliqué de soutenir Orelsan au vu des drôles de connexions dans le monde musical que j'accumule dans cet article. A moins que je me trompe sur le compte de Booba. Souffrirait-il tout comme Orelsan d'une image illégitime, la subtilité de son oeuvre serait-elle injustement méconnue ? Ok, je suis prêt à me remettre en question et écouter plus en avant les dernières productions de Booba.... * écoute en cours *......euh...... Booba, non merci. C'est juste pas possible. Skread doit être un mercenaire de la musique et Orelsan sait tirer parti habilement de ses compos. C'est la seule explication que je peux trouver à ce lien entre Booba et Orelsan.


Alors qu'il avait "presque abandonné le son avant de faire sa deuxième livraison", Orelsan propose en fin de compte un Chant des Sirènes envoutant. Si le premier album Perdu d'avance impliquait logiquement ce deuxième album ("Orelsan a-t-il perdu finalement ?"), celui-ci complique les choses pour la suite puisqu'il se termine par l'implacable Suicide Social pour conclure alors sur la mort, celle qui "viendra quand même". Il existe un autre rappeur qui avait choisi de finir son album phare de façon aussi radical : c'était Fuzati avec Vive la vie....et on attend toujours la suite.

Kylord @ 17/10/11
 
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19/10/11
Très bon article sur un très bon rappeur. Je suis un peu surpris du duo avec Jenna Lee mais quand on écoute les paroles finalement il reste fidèle à lui-même.

Quant à Booba, il parait que c'est un grand littéraire : http://www.slate.fr/story/30525/booba-rap-francais-prof


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20/10/11
C'est vrai, j'exagère un peu mon effet, j'avais trop envie de ressortir le OMG cat (je crois que j'ai au fond de moi un OMG cat en perpétuelle stupéfaction). Ce featuring Jena Lee est pas si mal foutu finalement, le choc des cultures donne un résultat intéressant. Et pour Booba... ok, soit, c'est de la merde travaillée... mais bon, ça reste de la merde.


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18/11/11
"Je pense que tu es un ouf, toi. Un ouf malade. En plus c'est du racisme."


 
Fried
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04/04/12
Et on peut espérer une mise à jour de ce site avant la fin du monde ?


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09/04/12
Rien n'est moins sûr mais j'y songe.

 
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